logo

Traitement VIH contre terres rares : l'odieux chantage de l'administration Trump en Zambie
Selon une note du Département d'État, l'administration Trump envisage de suspendre son aide aux personnes séropositives en Zambie si les autorités refusent un accord bilatéral sur ses minerais stratégiques. Un document qui met en lumière les méthode brutales de Washington pour tordre le bras aux pays africains.
Des ouvriers zambiens lors de la construction d'une fonderie de cuivre à Chingola, en Zambie, en décembre 2006. © Joseph Schatz, AP

Entre droits de douanes exorbitants, coupes dans l'aide au développement et propos méprisants, le cynisme de l'administration Trump envers les pays les plus fragiles ne semble pas de connaître de limites. Une note du Département d’État, chargé des relations internationales, propose de suspendre l’aide vitale destinée aux personnes séropositives en Zambie pour contraindre le gouvernement de ce pays d’Afrique australe à signer un accord sur ses minerais stratégiques.

"Nous ne pourrons mener à bien nos priorités qu’en démontrant notre volonté de retirer publiquement notre soutien à la Zambie à très grande échelle", indique ce projet de note préparé pour le secrétaire d’État Marco Rubio par le personnel du Bureau Afrique.

Partagé par l’ONG Health GAP, le mémorandum américain prévoit pour 2026 un investissement de 320 millions de dollars dans le système de santé zambien, un montant amené à diminuer chaque année pour atteindre 112 millions de dollars en 2030, selon le document. À titre de comparaison, Lusaka avait reçu plus de 400 millions de dollars d’aides de Washington dans le secteur de la santé en 2024, d’après le site ForeignAssistance.gov.

Par ailleurs, le texte prévoit que l’accord soit "immédiatement suspendu, si les participants ne parviennent pas à s’entendre avant le 1er avril 2026" ou sur la "mise en œuvre d’un accord bilatéral".

"Outre le fait de conditionner le financement à des accords miniers secrets, ce projet d'accord contient certaines des conditions les plus défavorables parmi tous les protocoles d'accord bilatéraux négociés à ce jour", déplore Health GAP dans un communiqué.

En Zambie, quelque 1,3 million de personnes dépendent d’un traitement quotidien contre le VIH, fourni dans le cadre du Plan présidentiel américain d’aide d’urgence à la lutte contre le sida (Pepfar), mis en place il y a plusieurs décennies, ainsi que de médicaments contre la tuberculose et le paludisme qui sauvent chaque année la vie de dizaines de milliers de Zambiens, rappelle le New York Times.

Inquiétudes sur les données de santé

Depuis les coupes massives décidées dans les programmes financés par l'USAID, Washington fait monter la pression sur les pays africains pour négocier de nouveaux accords à géométrie variable, dont une partie du contenu est parfois tenu secret.

Premier à ouvrir le bal, le Kenya en décembre 2025. D'un montant de 2,5 milliards de dollars sur cinq ans, l'accord fait polémique en raison d'une clause prévoyant le partage de données médicales. La justice kenyane a suspendu son application après une plainte déposée par une association de défense des consommateurs.

Sur le papier, ce partage de données doit aider les États-Unis à faciliter la détection des épidémies mais l'objectif est aussi de "donner aux entreprises américaines un accès exclusif à ces informations, ce qui leur permettra de fabriquer des vaccins, des médicaments et des outils de diagnostic pour lutter contre ces agents pathogènes", estime Sophie Harman dans une tribune publiée par le British Medical Journal, repérée par Courrier international.

L'experte en relations internationales explique que les États-Unis pourraient également revendre ces données à des pays tiers ou développer des médicaments qui seront ensuite revendu au prix fort sur le continent.

Si plus d’une douzaine de pays ont paraphé de tels contrats, dont le Rwanda, l’Ouganda, le Lesotho et l’Eswatini ces derniers mois, d'autres ont décidé de rompre les négociations. C'est le cas du Zimbabwe. Fin février, le gouvernement a déploré un arrangement "asymétrique", opposant une fin de non-recevoir aux États-Unis.

"L'aide au développement devrait renforcer les nations, et non créer des dépendances ou servir de moyen d’extraction stratégique", a fait valoir dans un communiqué le porte-parole du gouvernement, Nick Mangwana. Dans la foulée, l'ambassade américaine avait immédiatement annoncé la suspension progressive de son "assistance humanitaire au Zimbabwe".

Traitement VIH contre terres rares : l'odieux chantage de l'administration Trump en Zambie

La Chine en ligne de mire

Quant à la Zambie, elle garde sa porte ouverte aux négociations mais sans cacher ses réticences sur une contrepartie sur le partage des données de santé et l'accès à ses minerais stratégiques. Le pays est le deuxième producteur de cuivre d’Afrique, derrière la République démocratique du Congo, et le huitième au monde, selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS), un "or rouge" indispensable aux réseaux électriques, centres de données pour développer l'IA et véhicules électriques. 

En plus de ses vastes réserves de cuivre, Lusaka dispose d’un certain potentiel en cobalt, nickel et manganèse, autant de matières premières stratégiques aiguisant les appétits américains et chinois. Le cas de ce pays d’Afrique australe est d'ailleurs symbolique de la course à laquelle se livrent Pékin et Washington pour contrôler les ressources du continent.

Située entre d’un côté le couloir de Lobito modernisé par Washington, qui donne sur l’Atlantique, et la ligne Tazara rénovée par Pékin, qui atteint l’océan Indien, la position géographique de la Zambie alimente la compétition entre les deux superpuissances.

Traitement VIH contre terres rares : l'odieux chantage de l'administration Trump en Zambie
La Zambie au coeur des rivalités sino américaines en Afrique australe. © Studio graphique de France 24

Pour contrer la Chine, le nouvel accord bilatéral proposé par les États-Unis exige un accès facilité aux entreprises américaines aux gisements du pays. Il demande également une vaste réforme de la gouvernance d'un secteur minier réputé pour son haut niveau de corruption. 

Les États-Unis ont beaucoup de retard à rattraper sur Pékin, premier créancier et premier investisseur de Lusaka, et omniprésent dans le secteur minier. En janvier, les autorités zambiennes ont même autorisé certaines entreprises chinoises à payer leurs impôts en yuan, une première en Afrique. Une manière pour la Chine de concurrencer la domination du dollar et pour la Zambie de sortir de sa dépendance au billet vert.