
Un électeur s'apprête à déposer son bulletin dans l'urne d'un bureau de vote lillois, le 15 mars 2026, lors des élections municipales en France. © Élise Houben, AFP
D’élections en élections, le constat reste le même. L’abstention gagne inexorablement du terrain en France. Malgré un regain de la participation au premier tour des élections municipales, dimanche 15 mars, après un scrutin 2020 marqué par la crise sanitaire du Covid-19, les chiffres sont en recul par rapport aux municipales de 2014.
La participation dimanche a ainsi été de 57,17 %, soit le deuxième plus faible taux sous la Ve République après le scrutin de 2020 (44,66 %), selon les données complètes du ministère de l'Intérieur.
La participation 2026 se situe plus de 15 points sous la moyenne de participation à une élection municipale entre 1959 et 2014 (72,35 %). Elle est en baisse sensible par rapport aux élections de 2014 (63,55 %, -6 points).
La chute est particulièrement spectaculaire dans les villes de moins de 1 000 habitants, où elle passe de 75 % à 64 % (-11). La baisse s'amenuise quand la taille des communes augmente.
La guerre en Iran a éclipsé la campagne
Dans les villes de plus de 100 000 habitants, l'électorat s'est même un peu plus mobilisé qu'en 2014 (+0,6 point). À Paris, l’abstention est ainsi passée de 42,8 % en 2014 à 41,1 %. À Lyon, celle-ci est passée de 42 % en 2014 à 35,5 %. À Toulouse, elle est passée de 47,8 % en 2014 à 43,6 %.
"Là où l’élection paraissait très disputée, dans des villes qui sont fortement clivées politiquement, où le clivage gauche-droite est très fort, la participation a été élevée. Ça montre que les enjeux comptent et que quand les électeurs perçoivent qu’ils sont face à des choix importants, ils tendent à se mobiliser", a analysé lundi Jean-Yves Dormagen, professeur de sciences politiques à l’Université de Montpellier, auteur de plusieurs livres sur l’abstention et fondateur de l’institut de sondage Cluster17, sur la radio Franceinfo.
La réforme du mode de scrutin dans les petites communes a par ailleurs engendré une réduction importante de l’offre, avec "deux tiers des communes représentant un quart des électeurs où il n’y a[vait] qu’une seule liste", a expliqué à l’AFP François Kraus, directeur du pôle politique de l'Ifop.
Le contexte médiatique n’a pas non plus aidé les électeurs à s’intéresser au scrutin. La guerre en Iran a éclaté fin février, entraînant une faible couverture médiatique de la campagne des municipales alors que celle-ci entrait dans la dernière ligne droite.
La légitimité des maires en question
"C’est l’une des campagnes municipales les moins médiatisées sous la Ve République. On en a extrêmement peu parlé. La campagne n’a jamais vraiment débuté. Et au moment où on aurait dû être au maximum de l’intensité électorale, on a surtout parlé de la guerre en Iran et des enjeux internationaux", a ainsi souligné Jean-Yves Dormagen sur Franceinfo.
Enfin, la mal-inscription, en particulier des jeunes qui déménagent davantage que leurs aînés, n’aide pas à améliorer les chiffres de la participation. "La moitié de la jeunesse n'est pas en situation de voter sur son lieu d'habitation, si l'on inclut la petite partie de jeunes non-inscrits qui n'ont pas bénéficié de l'inscription automatique à 18 ans", avait affirmé Jean-Yves Dormagen lors de son audition par la commission d'enquête de l'Assemblée nationale en mai 2025.
Un problème qui a des conséquences très concrètes sur la légitimité des maires : dans les grandes villes, les étudiants ne représentent qu’entre 3 % et 4 % des votants, alors qu'ils constituent environ le quart des habitants, selon le spécialiste, qui souligne que "beaucoup de maires sont élus par moins d’un habitant sur dix".
Les élections municipales s’inscrivent toutefois dans une tendance plus profonde. La participation à l’élection présidentielle était de 79,5 % en 2012, 77,8 % en 2017 et 73,7 % en 2022. Quant à la participation aux élections législatives, elle était de 57,2 % en 2012, 48,7 % en 2017 et 47,5 % en 2022. La dissolution de 2024 avait toutefois été marquée par un regain de la participation avec un taux de 66,7 % aux législatives anticipées. Un sursaut démocratique qui ne s’est pas confirmé dimanche soir.

