
Charles Alloncle, député de l'Union des droites pour la République, à l'Assemblée nationale le 10 juin 2025. © Geoffroy van der Hasselt, AFP
Un audiovisuel public en "crise" financière et administrative. C'est ainsi que le député Union des droites pour la République (UDR) Charles Alloncle présente les médias de service public dans son rapport issu des travaux de la commission d'enquête, publié mardi 5 mai. Le parlementaire estime par ailleurs que l'audiovisuel public a perdu le "contact avec les attentes des Français".
"Il semblerait, en synthèse, que notre audiovisuel public soit inadapté aux enjeux de notre époque", écrit-il, préconisant une "refonte totale ou partielle du fonctionnement des grandes entités du secteur, à commencer par France Télévisions et Radio France".
Dans ce rapport de quelque 400 pages, le député ciottiste dénonce, en outre, "un certain nombre de dysfonctionnements, dont le plus grave est sans équivoque le désengagement des autorités de tutelle et de contrôle, lequel a permis les dérives de ce service public". Il vise par là l'État et la Cour des comptes notamment.
"Occasion manquée"
Charles Alloncle formule 69 recommandations, qui soumettraient en particulier France Télévisions à une cure d'austérité. Il prône notamment la fusion de France 2 et France 5, ainsi que celle de franceinfo et France 24. Il veut réduire de trois quarts le budget des jeux télévisés et d'un tiers le budget des sports du groupe public.
Il est "malhonnête de dire que l'objectif de la commission d'enquête était de 'sauver l'audiovisuel public'", fustige Jérémie Patrier-Leitus, le président de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public dans son avant-propos au rapport Alloncle. Selon ce député Horizons, "on ne cherche pas à sauver un secteur ou une entreprise quand on propose de diminuer son budget de 25 % et d'un milliard d'euros".
Issu de six mois de travaux de la commission, sous haute tension, le rapport est très critiqué par la gauche et les députés du bloc central de la commission d'enquête, qui accusent Charles Alloncle de vouloir affaiblir France Télévisions et Radio France.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a lui regretté mardi que le rapport "passe malheureusement à côté de l'essentiel" et constitue une "occasion manquée". "Des réformes seront nécessaires" mais elles doivent "répondre à une vision", a-t-il écrit sur la plateforme X. "Ni démantèlement, ni immobilisme."
"Tout ça pour en arriver là ?"
La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, n'a pas mâché ses mots mardi sur X après la publication du rapport. Six mois de travaux, "tout ça pour en arriver là ? Pour en arriver à un rapport à charge, construit sur des insinuations, des approximations et des contre-vérités ?", s'interroge la patronne du groupe public, qui a été auditionnée deux fois par la commission. "Pour en arriver à un texte qui prétend renforcer l'audiovisuel public tout en proposant, en réalité, son affaiblissement historique ?"
Selon Delphine Ernotte Cunci, "en réduisant le divertissement, il porte une vision élitiste, éloignée des familles, des publics les plus populaires". Et "il rendra payant l'accès au sport pour ceux qui n'ont pas les moyens de payer".
"En réalité, le rapport élude les vrais enjeux d'avenir : la désinformation, la concurrence des grandes plateformes internationales, la pérennité de la création française et européenne", relève-t-elle. "Ce que propose ce rapport, c'est le plus grand plan social de l'histoire culturelle française", critique encore la dirigeante.
"Cela ne signifie pas que rien ne doit changer" et "France Télévisions continuera d'évoluer", s'engage-t-elle. Ainsi, "tout ce qui est réalisable, utile, source d'économies et cohérent avec nos missions sera mis en place", selon elle.
Delphine Ernotte Cunci, qui pointe en outre des "attaques personnelles" et des "procès d'intention" de la part de Charles Alloncle, promet de répondre "sur tous les points de ce rapport".
Dans la foulée du vote pour sa publication il y a une semaine, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a promis qu'il engagerait "la privatisation de l'audiovisuel public" s'il accédait au pouvoir.
Avec AFP
