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Qu'est-ce que le hantavirus, le virus responsable d'un possible cluster sur un navire de croisière ?
D’ordinaire transmis par les rongeurs et peu contagieux entre humains, un hantavirus est aujourd’hui suspecté d’être à l’origine d’un foyer mortel à bord d’un navire de croisière, le MV Hondius, placé sous haute surveillance sanitaire au large du Cap-Vert.
Le hantavirus est un virus qui se transmet par l'urine, les excréments ou la salive des rongeurs sauvages. © Frank Franklin II, AP

C'est un virus qui n'est généralement pas transmissible entre humains. À bord du MV Hondius, un navire de croisière reliant le sud de l'Argentine au Cap-Vert, plusieurs personnes ont été touchées par un "événement de santé publique", a communiqué dimanche 3 mai l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Trois sont mortes, précise l'OMS, qui évoque un possible foyer d'infection à hantavirus, un cas ayant déjà été confirmé.

Le hantavirus, zoonose virale transmise par des rongeurs à l'humain par inhalation de particules provenant de la salive, de l'urine ou d'excréments séchés de ces animaux, peut provoquer deux maladies graves, dont le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), rare, mais dont le taux de mortalité se situe autour de 40 %, selon les chiffres des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC).

Qu'est-ce que le hantavirus, le virus responsable d'un possible cluster sur un navire de croisière ?
Image d'archive du navire de croisière MV Hondius, à Vlissingen, aux Pays-Bas, le 17 mai 2025. © via Reuters

Un virus aux multiples formes, selon la région et les rongeurs

Le hantavirus couvre plusieurs dizaines d'espèces ou de génotypes dans le monde, différant par leur virulence à l'humain. Chaque hantavirus possède une espèce hôte spécifique de rongeur (rat noir, mulot à collier, campagnol roussâtre, souris sylvestre...) ou un groupe d'espèces hôtes étroitement apparentées.

🔎 Les hantavirus peuvent être classifiés en deux groupes :

• Ceux de "l’Ancien Monde", qui entraînent des fièvres hémorragiques à syndrome rénal (FHSR) en Europe et en Asie.

• Ceux du "Nouveau Monde", responsables de syndromes pulmonaires à hantavirus (SPH), dans les Amériques.

À chacun de ces deux groupes a été associée une famille de rongeurs considérés comme étant le réservoir naturel : les muridés pour les virus de l’Ancien Monde (mulot, rat noir, ou encore gerbille, communs dans les champs et forêts) et la sous-­famille des sigmodontidés pour ceux du Nouveau Monde (rat du coton, rat du riz, ou encore souris pygmée d'Amérique, souvent liés à des habitats spécifiques comme les zones humides).

Source : Anses

Le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), l'une des maladies graves provoquées par le virus, débute souvent par de la fatigue, de la fièvre et des douleurs musculaires, suivies de maux de tête, de vertiges, de frissons et de troubles abdominaux.

La seconde maladie induite par le hantavirus, la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) – plus grave encore – touche principalement les reins. Les symptômes peuvent inclure une hypotension, des hémorragies internes et une insuffisance rénale aiguë.

Aucun traitement curatif spécifique contre le hantavirus n’est disponible. L'élimination ou la minimisation du contact avec les rongeurs est le meilleur moyen de prévenir l'infection, précise l'Institut Pasteur.

En février 2025, alors que l'acteur oscarisé Gene Hackman et son épouse, la pianiste classique Betsy Arakawa, ont été retrouvés morts à leur domicile dans l'État du Nouveau-Mexique, les analyses ont révélé que cette dernière avait succombé à une maladie respiratoire liée au hantavirus (HPS), souche la plus répandue aux États-Unis. Des nids et des rongeurs morts avaient été retrouvés dans les dépendances de sa maison.

Espace confiné et transmission interhumaine

Un rapport des Instituts nationaux de la santé (NIH), l'agence nationale américaine de recherche médicale, estime à 150 000 le nombre de cas de fièvre hémorragique avec syndrome rénal (FHSR) chaque année dans le monde, principalement en Europe et en Asie. Plus de la moitié de ces cas surviennent généralement en Chine. Cependant, le virus de Séoul, l'une des principales souches d'hantavirus transmises par les rats bruns (également connus sous le nom de rats d'égout), est présent dans le monde entier, y compris aux États-Unis.

Concernant le syndrome pulmonaire à hantavirus (SPH), environ 200 cas surviennent chaque année, principalement en Amérique du Nord et en Amérique du Sud.

Si cette épidémie suscite l'inquiétude, c'est notamment en raison des conditions particulières qui règnent sur les navires de croisière, le confinement et la forte densité de population facilitant la transmission du virus.

"En tant que moyens de transport mobiles, les navires de croisière peuvent également propager les virus dans les ports d'escale, ce qui peut entraîner des mesures de quarantaine plus strictes dans les lieux d'amarrage concernés", explique au Global Times Zhuang Shilihe, experte médicale basée à Guangzhou.

"Le risque de transmission de l'épidémie d'hantavirus sur ce navire de croisière est relativement gérable", rassure cependant l'experte, ajoutant que l'hantavirus n'est pas une souche nouvelle. "En Chine, des protocoles éprouvés de lutte contre le virus, incluant l'identification, la prévention et le traitement, ont été mis en place. Il n'est donc pas nécessaire de surestimer les risques de transmission."

Mais surtout, contrairement au Covid-19, le hantavirus ne se transmet habituellement pas entre humains : il est donc normalement très difficile de propager le virus loin du foyer d'infection initial.

"Au lieu d'une transmission par l'homme, ce sont les rongeurs qui sont les principaux responsables", rappelait en 2020 Charles Patrick Davis, médecin urgentiste, expert en microbiologie et auteur pour la revue médicale en ligne MedicineNet.

"Les hantavirus accomplissent leur cycle de vie chez les rongeurs, mais apparemment sans leur causer de dommages", précisait-il.

Il y aurait cependant eu quelques rares exceptions en Amérique du Sud, le Dr Davis évoquant des "patients pour lesquels les chercheurs ont considéré qu'ils avaient présenté une transmission interhumaine d'un type de hantavirus [sud-américain] appelé 'Virus des Andes'".

Face à cette situation, l'OMS a indiqué de nouveaux tests biologiques, une enquête épidémiologique détaillée et un séquençage du virus détecté chez le patient hospitalisé à Johannesbourg. Cela pour retracer la source des infections et comprendre comment un virus d’ordinaire marginal a pu devenir l’épicentre d’un foyer mortel en mer.