
Donald Trump a menacé de retirer au moins 5 000 militaires américains d'Allemagne. REUTERS - Jonathan Ernst
S’agit-il de 5 000 troupes américaines en moins, ou davantage ? Le retrait militaire annoncé par Donald Trump vendredi 1ᵉʳ mai ne concerne que l’Allemagne, mais le président américain va-t-il décider de s’arrêter là, ou élargir cette initiative à d’autres pays européens ?
La décision du président américain ressemble, a priori, à un "accès de colère après les critiques du chancelier allemand Friedrich Merz" concernant la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, note Emma Salisbury, spécialiste des questions militaires américaines au Foreign Policy Research Institute, un cercle de réflexion américain.
"Accès de colère" de Donald Trump
Le chef du gouvernement allemand avait déploré fin avril le "manque manifeste de stratégie" américaine au Moyen-Orient et suggéré que les négociations tournaient en faveur des Iraniens. De quoi mettre Donald Trump – qui affirme depuis des semaines que les États-Unis n’en finissent plus de gagner la guerre – hors de lui.
La menace par les Américains de retirer une partie de leurs troupes touche une corde sensible en Allemagne. Ces "GIs" sont à la fois un vestige encombrant de la guerre froide tout en étant perçus comme une garantie de sécurité de l’"ami américain", ont souligné plusieurs médias allemands.
Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixUne extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.
Réessayer
Pour certaines villes allemandes, la présence américaine est même vitale sur le plan économique, précise la Süddeutsche Zeitung, grand quotidien du sud de l’Allemagne. C’est le cas à Ramstein, "où la base américaine représente une ville dans la ville. Et Donald Trump a d’ailleurs regretté que ce personnel militaire dépense son argent en Allemagne plutôt qu’aux États-Unis", souligne Dafydd Townley, politologue et spécialiste des questions de sécurité nationale aux États-Unis à l’université de Portsmouth.
Ce retrait annoncé doit cependant être remis dans le contexte plus global de la présence militaire américaine en Europe. Washington dispose d’un contingent de 36 436 militaires en Allemagne, et "les États-Unis pourront continuer à remplir leurs missions, même avec 5 000 soldats en moins, sauf si Donald Trump décide de rapatrier des troupes très spécialisées", estime Emma Salisbury.
En fait, "la présence militaire américaine en Europe a augmenté d’environ 5 000 hommes depuis le début de la guerre d’invasion russe en Ukraine", précise cette experte. Si Donald Trump met sa menace à exécution, il s'agira simplement d'un retour à la situation d’avant 2022.
"Nous allons réduire davantage encore"
Pas de quoi craindre pour la sécurité européenne à l’heure où la possibilité d'une agression russe de l'Europe semble plus pressante que jamais ? Friedrich Merz a tenté de minimiser l’impact d’un éventuel retrait des troupes américaines en assurant qu’il "n’était pas inattendu". Il est vrai que Donald Trump avait déjà menacé de rapatrier près de 10 000 militaires stationnés en Allemagne en 2019, lors de son premier mandat.
Sauf que le président américain a profité du week-end pour surenchérir sur sa menace initiale. "Nous allons réduire considérablement. Et bien davantage que 5 000", a déclaré dimanche Donald Trump lors d’un déplacement en Floride.
Impossible de savoir si cette extension du domaine du retrait concerne uniquement l’Allemagne, ou si c’est le début d’un désengagement plus large en Europe. En effet, les Américains comptent 86 000 soldats dans toute l’Europe.
Pour le magazine Time, le locataire de la Maison Blanche aurait l’Italie et l’Espagne dans le viseur. Ces deux pays hébergent respectivement un contingent de plus de 12 000 hommes pour l’Italie et près de 3 900 pour l’Espagne. C’est, avec l’Allemagne en première position, le trio de tête des États européens où sont stationnés le plus grand nombre de militaires américains.
Ce sont aussi deux pays qui ont irrité Donald Trump dernièrement. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a fermement critiqué la guerre contre l’Iran, allant jusqu’à interdire aux avions militaires américains de survoler son espace aérien. Giorgia Meloni, Première ministre italienne, a quant à elle eu le malheur de défendre le pape Léon XIV, qui avait critiqué le bellicisme de la Maison Blanche.
Tout se passe donc comme si Donald Trump envisageait son personnel militaire à l’étranger comme une variable d’ajustement pour se venger des pays qui l’ont critiqué. "C’est la preuve qu’il ne comprend absolument pas la raison d’être de ces contingents en Europe. Donald Trump semble penser que ces bases sont uniquement un service de protection fourni à l’Europe par Washington, alors qu’elles sont cruciales pour les opérations militaires américaines dans le monde", assure Emma Salisbury.
Une décision perdant-perdant... sauf pour Moscou ?
"Ramstein et Stuttgart, en Allemagne, sont des centres logistiques essentiels pour l’armée américaine", explique Dafydd Townley. "Elles servent de point de ralliement pour le déploiement de forces vers le Moyen-Orient, par exemple", ajoute Emma Salisbury.
En Italie, la base navale de Naples "est cruciale pour les opérations maritimes de l’armée américaine", précise la spécialiste.
Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixUne extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.
Réessayer
Des élus américains ont d’ailleurs mis la Maison Blanche en garde contre la tentation de réduire sa présence militaire en Europe. Les pays européens comme l’Allemagne fournissent "un accès simple, des installations et un droit de survol nécessaires pour les forces américaines afin de soutenir l’opération Epic Fury", ont souligné deux sénateurs républicains dans une lettre ouverte.
Pour l’Europe, l’annonce de Donald Trump ne change peut-être pas la donne sécuritaire à court terme, "mais c’est un signal aux gouvernements européens que le président américain ne bluffe plus lorsqu’il menace de se désengager en Europe", estime Dafydd Townley.
Un message qui devrait également être reçu cinq sur cinq à Moscou. Ce retrait "pourrait enhardir la Russie à regarder au-delà de l’Ukraine car cette décision donne l’impression que l’Otan n’est peut-être plus le formidable moyen de dissuasion qu’elle était autrefois", craint Dafydd Townley.
Vu de Russie L’UE face à Trump : une déroute annoncée par le Kremlin
Pour les experts interrogés, il est essentiel que les dirigeants européens s’emparent à Erevan de "cette énième piqûre de rappel qu’il ne faut plus compter comme avant sur les États-Unis et doivent renforcer leur défense commune", note Emma Salisbury.
Plus facile à dire qu’à faire. "L’Europe n’a pas encore la capacité de production des États-Unis pour faire face rapidement à une agression extérieure. Elle dépend aussi technologiquement des Américains pour ses systèmes de défense. Sans compter qu’il n’y a, à l’heure actuelle, aucun consensus sur quel pays pourrait diriger une telle défense commune", énumère Dafydd Townley. Et en attendant que les pays européens se mettent d’accord, il y aurait un réel vide sécuritaire. Pour les experts interrogés, l’Europe doit surtout espérer que la pression politique interne aux États-Unis empêchera Donald Trump de se retirer trop vite et trop fort d’Europe.
