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Moyen-Orient : comment la Chine s'est armée face à un choc pétrolier
Premier importateur mondial de pétrole, la Chine est en première ligne de la hausse des cours provoquée par le conflit au Moyen-Orient. Cependant, Pékin s'est préparé depuis de longues années à ce type de scénario en misant sur de gigantesques réserves stratégiques, les énergies renouvelables, ainsi qu'en accélérant la diversification de ses sources d'approvisionnement.  
Un pétrolier est guidé vers un poste d'amarrage dans un port de Qingdao, dans la province du Shandong, à l'est de la Chine, le 16 mars 2026. © AFP

En raison de sa dépendance au pétrole du Moyen-Orient, elle est présentée comme la grande perdante du conflit ouvert par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Mais la Chine semble pour le moment résister à la tempête qui balaie les marchés de l'énergie, avec un prix du baril qui dépassait encore lundi 16 mars la barre des 100 dollars.

Sur le papier, l'exposition du géant asiatique saute aux yeux : en 2025, le Moyen-Orient représentait près de 57 % des importations chinoises directes de pétrole brut transporté par voie maritime, l'essentiel en provenance d’Iran. En bloquant le détroit d’Ormuz, qui connecte le golfe Persique à l’océan Indien, les Gardiens de la révolution ont fermé un point de passage crucial où transitent 20 % des hydrocarbures mondiaux.

"Objectivement, la Chine a de bonnes raisons d'être inquiète. Elle est le deuxième consommateur mondial et le premier importateur de pétrole, ainsi que le premier importateur mondial de gaz naturel liquéfié, avec une bonne part de ses approvisionnements venant du Moyen-Orient", rappelle Francis Perrin, directeur de recherche à l'IRIS et chercheur associé au Policy Center for the New South.

Filet de sécurité

Cependant, Pékin dispose d'atouts non négligeables pour limiter la casse, à commencer par d'immenses réserves stratégiques agissant comme un filet de sécurité pour l'économie chinoise. Plusieurs médias évoquent entre 1,2 et 1,4 milliard de barils de pétrole brut – assez pour couvrir ses importations pendant environ 100 jours, calcule le Wall Street Journal.

"La Chine a constitué et reconstitué ses réserves stratégiques au cours des vingt dernières années, précisément pour se préparer à des moments comme celui-ci", explique Erica Downs chercheuse au Centre de politique énergétique mondiale de l’université de Columbia, citée par le quotidien singapourien Lianhe Zaobao.

Signe que Pékin se préparait à l'hypothèse d'une attaque américaine d'ampleur sur l'Iran, des données douanières publiées la semaine dernière ont révélé que les importations chinoises de pétrole brut avaient augmenté de près de 16 % au cours des deux premiers mois de 2026 par rapport à la même période de l'année précédente.

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Moyen-Orient : comment la Chine s'est armée face à un choc pétrolier
La Chine reste le principal client de l'Iran. © France 24
03:19

Pékin avait également commencé à diversifier ses sources d'approvisionnement, se reposant notamment sur les hydrocarbures russes, malgré les sanctions occidentales liées à l'invasion de l'Ukraine. La guerre en Iran pourrait renforcer ce partenariat et accélérer le vieux projet d'un nouveau gazoduc reliant les deux pays, connu sous le nom de "Power of Siberia 2".

Sur l'année écoulée, la part du Moyen-Orient dans les approvisionnements chinois de pétrole a ainsi diminué de 60 % à 50 %, selon l'Oxford Institute for Energy Studies.

Pour renforcer son autonomie énergétique, le gouvernement chinois a aussi soutenu sa production domestique depuis 2019. Elle dépasse aujourd'hui les quatre millions de baril par jour.

Cette stratégie a permis à la Chine de réduire, jusqu'à présent, l'impact de la guerre en Iran. Si les prix à la pompe ont augmenté, comme partout ailleurs, la hausse reste raisonnable. Comme le rapporte les Échos, un plein d'essence de 50 litres coûte environ 27,5 yuans (3,4 euros) de plus depuis la semaine dernière. Pour stabiliser son marché intérieur, Pékin a décidé au début du mois de suspendre ses exportations de pétrole raffiné, dont une large part est habituellement destinée aux pays d'Asie du Sud-Est.

Un régime de faveur pour le pétrole chinois ?

L'autre pilier de la résilience chinoise tient à son rôle de leader dans les énergies renouvelables qui lui permet de dépendre de moins en moins du reste du monde. En 2025, 38 % de l'électricité de la Chine ont été produites grâce à des sources bas-carbone, en particulier le solaire et l'éolien.

"Au départ, il s’agissait surtout d’un effort visant à développer de nouveaux secteurs économiques, plutôt que d’une stratégie de sécurité énergétique. Au fil des ans, l’aspect 'sécurité énergétique' a pris progressivement de l’importance", explique Anders Hove, expert au sein du programme de recherche sur l'énergie en Chine de l'Oxford Institute for Energy Studies. "Aujourd'hui, l’économie chinoise tire moins de la moitié de son énergie primaire du pétrole, contrairement aux États-Unis ou à l’UE".

Au printemps 2025, Pékin a annoncé que le solaire et l'éolien avait dépassé le charbon dans la capacité de production d'électricité. Selon le think thank Ember Energy, entre 2022 et 2030, la Chine va doubler sa production d'électricité renouvelable. Premier émetteur mondial de gaz à effet de serre responsables du changement climatique, s'est engagée à plafonner ses émissions de carbone d'ici à 2030 et à atteindre la neutralité carbone d'ici à 2060.

Contrainte par des réserves de pétrole et de gaz limitées et coûteuses à exploiter, le pays a aussi donné la priorité à l'utilisation de l'électricité dans le secteur automobile. Le parc total de véhicules particuliers compte désormais 12 % de véhicules électriques. Le transport de marchandises fait également sa révolution : l'an dernier, 30 % des ventes de camions neufs en Chine ont concerné des poids-lourds électriques.

Alors que de nombreux pays s'interrogent sur leur dépendance énergétique dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient, la Chine, leader dans la fabrication de panneaux solaires, pourrait en profiter pour augmenter ses exportations de technologies vertes, estime Anders Hove.

"La volonté d’adopter une politique industrielle stricte à l’égard de la Chine pourrait s’affaiblir face à l’urgence d’importer des technologies chinoises, telles que les véhicules électriques et les batteries, alors que, sans cela, on aurait peut-être adopté une approche plus prudente concernant l’ouverture aux importations chinoises", souligne l'expert.

Reste que la guerre au Moyen-Orient est loin d'être une bonne affaire pour la Chine sur le long terme. Dans l'industrie, plusieurs secteurs comme la chimie, le verre ou encore l'acier pourraient subir de plein fouet la hausse des prix du gaz.

"On ne peut pas toujours remplacer une énergie par une autre. C'est bien la raison pour laquelle le monde continue à consommer plus de pétrole et de gaz", tranche Francis Perrin. "On ne fait pas des plastiques avec le solaire et l'éolien. Tous les produits de la pétrochimie, industrie clé dans n'importe quelle économie moderne, ont besoin de pétrole."

Une vulnérabilité dont les dirigeants chinois ont bien conscience. Depuis le début du conflit, la Chine tente de faire baisser le niveau de tensions multipliant les appels à la négociation en vue d'obtenir un cessez-le-feu. Interpelé par Donald Trump, le gouvernement chinois n'a pas donné suite à la proposition du président américain de se joindre à une coalition militaire pour sécuriser le détroit d'Ormuz, devenu de facto une zone de guerre.

Pékin espère toujours obtenir un régime de faveur de la part de Téhéran pour son pétrole transitant par cette voie stratégique. Dans une rare entorse au bouclage du détroit, un pétrolier pakistanais l'a franchi dimanche, système de traçage allumé, selon le site MarineTraffic, suggérant que certains navires bénéficient peut-être d'un droit de passage négocié avec l'Iran.