
Emmanuel Bompard (LFI) et Jordan Bardella (RN). © Sameer al-Doumy, Romain perrochea, AFP
Un avant-goût de ce qui se prépare pour 2027 ? Le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) peuvent, chacun pour des raisons différentes, se féliciter de leurs résultats obtenus, dimanche 15 mars, au premier tour des élections municipales, qui valident leurs stratégies respectives à un an de l'élection présidentielle.
Le parti d'extrême droite de Jordan Bardella, en dynamique constante depuis la présidentielle perdue de 2022, a revendiqué la réélection, dès le premier tour, de plusieurs maires sortants dont Nelson Chaudon à Beaucaire (Gard), Louis Aliot à Perpignan (Pyrénées-Orientales), Steeve Briois à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) ou David Rachline à Fréjus (Var). Marine Le Pen a assuré que son parti avait aussi décroché de nouvelles communes.
À Toulon (Var), la députée RN Laure Lavalette arrive largement en tête, avec environ 40 % des voix et une dizaine de points d'avance par rapport à la maire Les Républicains (LR) sortante Josée Massi, mais avec peu de réserves pour le second tour.
Le combat est plus serré à Nîmes (Gard), où le RN Julien Sanchez et la liste de gauche hors LFI menée par Vincent Bouget sont dans un mouchoir de poche, tandis que centre et droite sont en mesure de les supplanter en cas d'alliance.
La bataille a en revanche été perdue à Lens (Pas-de-Calais), où le maire sortant socialiste, Sylvain Robert, a été réélu dès le premier tour, devançant de peu le candidat RN Bruno Clavet.
Le RN tend la main "aux listes de droite sincères"
Premier dirigeant politique à prendre la parole dès 20 h 05, Jordan Bardella s'est félicité des bons scores obtenus par son parti et a "tendu la main aux listes de droite sincères" pour l'emporter, opérant un virage stratégique pour le RN, qui avait toujours refusé jusqu'ici de faire alliance avec Les Républicains. Un discours qui s'éloigne de la position de Marine Le Pen qui a déclaré en début de semaine sur Sud Radio préférer "rassembler les Français, pas la droite".
Pas intéressé, le patron de LR, Bruno Retailleau, a répondu à Jordan Bardella en appelant à un "grand rassemblement de la droite" pour "battre la gauche ou le RN".
La proposition de Jordan Bardella est toutefois dans la lignée du rapprochement à l'œuvre entre droite et extrême droite et pourrait se concrétiser localement. Les regards sont d'ores et déjà tournés vers Marseille, où le candidat du RN Franck Allisio est au coude-à-coude, avec environ 35 % des suffrages, avec le maire sortant de gauche Benoît Payan. Arrivée quatrième, tout juste au-dessus de la barre des 10 %, Martine Vassal, soutenue par LR, Renaissance, Horizons et l'UDI, va devoir faire un choix.
Si elle a répété ces dernières semaines qu'elle comptait se maintenir au deuxième tour et que "jamais Marseille, ville multiculturelle et ouverte, n'élira un maire RN", elle a aussi un temps paru hésiter sur l'attitude à adopter au second tour et a fait polémique lors d'un débat télévisé en revendiquant les valeurs "travail, famille, patrie", devise du régime de Vichy sous l'Occupation.
Avec sa proposition d'alliance, le patron du parti d'extrême droite a également appelé à faire barrage à "la victoire de l'extrême gauche", désignant sans la nommer La France insoumise et poursuivant l'inversion des valeurs déjà observée durant cette campagne des municipales.
La France insoumise en force à Lille, Saint-Denis, Roubaix
Les Insoumis, justement, ont eux aussi réussi à tirer leur épingle du jeu en réalisant des scores importants et parfois inattendus dans les grandes villes, au terme d'une campagne pourtant marquée par l'implication d'un assistant parlementaire insoumis dans la mort de Quentin Deranque à Lyon et par de nouvelles diatribes de Jean-Luc Mélenchon qualifiées d'antisémites, notamment par le Parti socialiste.
À Toulouse, le député François Piquemal est arrivé deuxième (27 %), largement derrière le maire sortant de droite Jean-Luc Moudenc (37 %), mais devant le candidat socialiste François Briançon (24 %). À Lille, Lahouaria Addouche a fait quasiment jeu égal, autour de 25 %, avec le maire socialiste sortant Arnaud Deslandes.
À Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko a ravi la mairie au socialiste Mathieu Hanotin dès le premier tour. À Limoges, Damien Maudet obtient 25 % des voix, se plaçant juste derrière le président de la métropole LR Guillaume Guérin, mais nettement devant le candidat socialiste Thierry Miguel (17 %). Enfin, à Roubaix (Nord), le député David Guiraux a pris une sérieuse option sur la mairie avec 45 % des voix.
Bien qu'inférieurs, les résultats obtenus par les candidats LFI dans les trois plus grandes villes de France sont également jugés importants. À Paris, Sophia Chikirou a obtenu 13 % des suffrages. À Marseille, Sébastien Delogu termine avec 12 % des voix. Et à Lyon, Anaïs Belouassa-Cherifi est autour de 10 %, selon les estimations.
De quoi faire dire au coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, que sa formation a "doublé, triplé ou même parfois quadruplé son score par rapport aux élections municipales de 2020", que son parti avait enjambée en ne présentant que peu de listes.
"La victoire est à portée de main dans de nombreuses communes", a-t-il encore assuré, avant de tendre la main aux autres listes de gauche pour constituer "un front antifasciste", "partout où la droite et l'extrême droite menacent", alors que le PS se montre peu enclin à l'idée d'alliances avec les Insoumis au second tour et que Raphaël Glucksmann, de Place publique, a réaffirmé qu'il n'y aurait pas de candidat de son parti dans des listes de gauche où figurerait La France insoumise au second tour.
Le Parti socialiste avait d'ailleurs lui aussi quelques motifs de satisfaction dimanche soir : plusieurs centaines de maires réélus dès le premier tour, selon le premier secrétaire Olivier Faure, et des socialistes en tête à Paris, à Nantes, à Montpellier, à Strasbourg, à Lille ou encore à Rennes et bien placés à Marseille. Mais dans plusieurs villes, les candidats PS se retrouvent toutefois dépendants des Insoumis pour l'emporter dimanche prochain. La question des alliances s'annonce ainsi particulièrement explosive.
Plus ouverte sur le sujet, l'écologiste Marine Tondelier a appelé à "éliminer la droite et l'extrême droite". Son candidat à Lyon, Grégory Doucet, aura d'ailleurs bien besoin des voix obtenues au premier tour par la candidate Insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi pour s'imposer face à Jean-Michel Aulas dimanche prochain.
Les rapports de force sont désormais connus. Les négociations d'entre-deux-tours peuvent commencer.
