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Émirats, Liban, détroit d’Ormuz… focus sur l’armada française au Moyen-Orient
Alors que la guerre menée en Iran par les États-Unis et Israël s'étend à l’ensemble du Moyen-Orient, Emmanuel Macron a annoncé, lundi, lors de sa visite à Chypre, le renforcement des moyens militaires français dans la région dans une posture "strictement défensive". France 24 fait le point sur le dispositif déployé. 
Le porte-avions français Charles-de-Gaulle naviguant en Méditerranée, le 28 novembre 2024. © Clément Mahoudeau, AFP (archives)

Lors de sa visite à Chypre, le 9 mars, Emmanuel Macron a appelé l’armée française à mobiliser, outre le porte-avions Charles-de-Gaulle, "huit frégates" et "deux porte-hélicoptères amphibies" dans une vaste zone incluant la Méditerranée orientale, la mer Rouge et le détroit d'Ormuz dans le golfe Persique.

Un déploiement en mer destiné à défendre les intérêts français et les pays alliés frappés par la riposte iranienne aux attaques israélo-américaines. Depuis le début du conflit, les forces françaises ont contribué à la protection de l’espace aérien de certains partenaires en interceptant et détruisant des drones en situation de légitime défense.

Ce déploiement s’ajoute à la présence française déjà dans la région dans le cadre “d’accords de défense et d’engagements de sécurité”. 

Lors de son allocution du 3 mars, le chef de l’État avait rappelé que la France était liée par des accords de défense avec plusieurs pays de la région, notamment le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis. Paris maintient également des engagements de sécurité en Jordanie et en Irak, où des forces françaises sont déployées dans le cadre de l’opération Chammal.

Émirats, Liban, détroit d’Ormuz… focus sur l’armada française au Moyen-Orient
Le dispositif militaire français au Moyen-Orient. © Studio graphique France Médias Monde
  • Les bases militaires permanentes

Forces françaises aux Émirats arabes unis (FFEAU)

Les Émirats arabes unis sont un partenaire stratégique de la France. Depuis janvier 2008, un accord intergouvernemental a acté la création d’une implantation militaire française permanente dans ce pays. La base des FFEAU aux Émirats participe “à la protection des Émirats arabes unis et du Qatar”, en conformité avec les accords de défense signés avec ces deux pays. “Prêtes à intervenir sur toute crise dans la région”, ces forces sont mobilisables à tout moment pour assurer “la sécurité des ressortissants et des intérêts français dans la zone”, selon le ministère des Armées.

Sur place, le commandant qui exerce son autorité sur une zone maritime “s’étendant du sud du canal de Suez à l’ouest, et à l’est jusqu’aux limites ouest des eaux de la Birmanie, de l’Indonésie et de l’Australie”, dispose d’un état-major interarmées et commande environ 900 militaires et civils de la défense.

Émirats, Liban, détroit d’Ormuz… focus sur l’armada française au Moyen-Orient
Des soldats français photographiés lors d'un entraînement dans la base du 5e régiment de cuirassiers à Zayed Military City, le 22 décembre 2025. © Ludovic Marin, AFP (archives)

La présence française s’appuie sur une base navale à Abu Dhabi, capable d’accueillir tous les bâtiments de la Marine nationale, dont le porte-avions Charles-de-Gaulle, une base aérienne à Al Dhafra, à 60 km de la capitale émiratie, et une autre abritant le 5° Régiment de Cuirassiers, implanté à Zayed Military City, à 65 km d’Abu Dhabi.

L’armée française y compte notamment six avions de chasse Rafale pouvant être projetés dans tout le Moyen-Orient, un avion de transport A400M “Atlas”, une soixantaine de chars Leclerc et des canons Caesar.

Le 1er mars, un hangar de la base maritime française a été "touché dans une attaque de drone" sans faire de victime.

Forces françaises stationnées à Djibouti (FFDj)

Avec près de 1 500 militaires déployés, les Forces françaises stationnées à Djibouti contribuent “directement à la paix et la stabilité de la région”, à travers le traité de défense unissant la France et Djibouti, renouvelé en juillet 2024, pour une durée de 20 ans.

L’armée française y dispose d’une base navale, d’une base aérienne, d’un centre d’entraînement, et y déploie le 5e régiment interarmés d’outre-mer.

Y sont déployés notamment des moyens d’infanterie, d’artillerie, de génie et un détachement de l’aviation légère de l’armée de terre. Cela comprend une soixantaine de véhicules blindés, des canons Caesar, 5 avions Mirage, 9 hélicoptères de manœuvre et de combat et 3 vedettes rapides.

  • Les opérations 

- Chammal

La présence française au Proche et Moyen-Orient est également matérialisée dans le cadre d’opérations militaires à durée limitée.

Lancée en septembre 2014, dans le cadre de la coalition internationale antijihadiste Inherent Resolve contre l’organisation État islamique (EI) en Syrie et en Irak, l’opération Chammal compte 600 soldats français engagés dans ces deux pays, ainsi qu’en Jordanie, pays qui abrite une base aérienne française non permanente. La coalition ne conduisant plus d’opérations au sol depuis 2022, les forces participent “activement à l’élaboration de la stratégie militaire contre Daech (autre nom de l'EI)”, et participent notamment “à la formation des forces armées irakiennes”, selon le ministère des Armées.

- Daman (Finul)

Au Liban, quelque 700 militaires français contribuent à la Force intérimaire de l'ONU (Finul) déployée dans le sud du Liban, à la frontière avec Israël, depuis mars 1978. Cette force, qui compte quelque 7 500 Casques bleus, est chargée de surveiller la “Ligne bleue", tracée par l'ONU à la frontière israélo-libanaise, et opère actuellement aux côtés de l'armée libanaise, censée œuvrer à désarmer le Hezbollah. Son mandat expire à la fin de l'année 2026.

- Aspides 

La France participe à l'opération maritime Aspides, mise en place en 2024 par l'Union européenne (UE) pour prévenir des attaques des rebelles houthis pro-iraniens du Yémen et veiller au maintien de la navigation depuis la mer Rouge jusqu'au détroit d'Ormuz. Emmanuel Macron a annoncé, lors de sa visite à Chypre, que la France allait y contribuer "dans la durée" avec "deux frégates” au lieu d'une seule actuellement.

  • Renforcements depuis mars 2026

En raison de l’élargissement du théâtre du conflit, la riposte iranienne aux frappes israélo-américaines ayant embrasé l'ensemble de la région, le porte-avions Charles-de-Gaulle est déployé en Méditerranée orientale pour renforcer le dispositif français. 

Le navire amiral de la flotte française compte 40 aéronefs dont une vingtaine d'avions de combat Rafale à son bord ainsi que ses deux avions-radars Hawkeye. Capable de se déplacer de 1000 kilomètres par jour pendant des mois, il est escorté de plusieurs frégates spécialisées dans la lutte anti-sous-marine et dotées de missiles Aster de défense aérienne, ainsi que d'un sous-marin nucléaire d’attaque et d'un bâtiment de ravitaillement.

Émirats, Liban, détroit d’Ormuz… focus sur l’armada française au Moyen-Orient
Un Rafale décolle du porte-avions Charles-de-Gaulle, en Méditerranée orientale, le 9 décembre 2016. © Stephane de Sakutin, AP (archives)

Lors de son allocution du 3 mars, le président Emmanuel Macron a annoncé "le déploiement à ‌titre défensif" dans la région de chasseurs Rafale et de systèmes de défense antiaérienne et radars aéroportés supplémentaires, ⁠en vertu des accords qui lient la France au Qatar, au Koweït, aux Émirats arabes unis d'une part, à l'Irak et à la Jordanie d'autre part.

La ​frégate Languedoc est également déployée au large de Chypre, où une base britannique a été touchée par un drone. Le pays membre de l'UE va bénéficier également de systèmes de défense anti-aérienne.