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"La machine de répression est toujours déployée" : témoignage exclusif d'un habitant de Téhéran
France 24 a recueilli des témoignages rares d'habitants de Téhéran, touchés de plein fouet par les frappes américano-israéliennes depuis le 28 février. Vahid, opposant au régime, anonymisé pour des raisons de sécurité, décrit la vie quotidienne dans la capitale iranienne. Partisan d’une intervention militaire, il confie ses doutes et ses craintes pour l'avenir.
Un agent de sécurité lors d'une manifestation en faveur de la nomination de Mojtaba Khamenei comme successeur du Guide suprême, à Téhéran, le 9 mars 2026. © Vahid Salemi, AP

"La nuit de samedi [7 mars] ça a commencé très fort, avec des sons terrifiants. Le ciel était complètement illuminé. Les frappes ont touché des dépôts de pétrole. Les conditions de vie sont déjà mauvaises et ça rend les choses encore plus difficiles pour nous.

Tout était noir dimanche matin à Téhéran. Je n'avais jamais rien vu de tel de ma vie. L'air était sale, la pluie tombait dans la cour de la maison où j'étais - c'était comme si on avait déversé du pétrole par terre, tout était couvert de suie.

Je ne sais pas dans quelle mesure c'est nocif pour la respiration, à quel point l'air était toxique. Mais c'est clairement de la fumée chimique, je me dis que ça fait forcément du mal.

La seule chose que l'on puisse faire face à ça, c'est de porter un masque. Je suis sorti une ou deux fois faire des courses, et il n'y avait personne dans la rue. 

La seule chance qu'on a eue, c'est qu'ensuite, un bon vent s'est levé, et la pluie a permis à l'air de se purifier.

Que ce soit Trump, Netanyahu, [le ministre américain de la Défense] Pete Hegseth, je ne comprends pas quel est leur plan. Que prévoient-ils ? Ils parlent de façon vraiment confuse.

Je préférerais que les bombes qu'ils larguent ciblent les bases militaires, il y a tellement de bases, tellement de check-points, tellement de casernes… plutôt que de cibler nos entrepôts pétroliers.

Dehors, les forces de sécurité sont encore solidement installées

Peut-être que quelques cibles importantes ont déjà été frappées, mais il reste tous ces centres de répression. Qu'ils commencent par ceux-là ! Ils les ont recensés, qu'ils les frappent maintenant. Toutes ces installations sont encore intactes.

Ils nous disent : ‘Vous devez prendre la rue quand nous l'annoncerons'. Mais les conditions pour que les gens ordinaires descendent dans la rue ne sont pas réunies, parce que dehors, les forces de sécurité sont encore solidement installées.

D'ailleurs les pro-régime se mobilisent tous les soirs, entre 20 h et 22 h, comme s'ils avaient rendez-vous. Et la machine de répression est toujours déployée. Je dirais que 70 % est toujours là. Dans les rues et sur les places principales, on voit des véhicules militaires qu'on a vu que dans les films hollywoodiens. Ces véhicules et tous les équipements font tellement peur qu'on n'ose pas s'en approcher.

Et puis il y a des check-points. Sur certains, ils ont même fait appel à de très jeunes hommes. Sur un des check-points que j'ai traversé, le garçon qui était posté là avec une arme n'avait même pas encore de moustache.

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"La machine de répression est toujours déployée" : témoignage exclusif d'un habitant de Téhéran
© France 24
04:25

La désignation de Mojtaba Khamenei : "un coup de massue"

Jusqu'à dimanche soir, avant que Mojtaba Khamenei soit désigné [comme nouveau Guide suprême], j'avais vraiment espoir. Je me disais qu'on allait enfin être sauvés. On avait vraiment besoin d'une intervention extérieure.

Mais depuis dimanche soir, depuis que ça s'est passé, je me sens vraiment mal. Je me dis : 'Et si la situation se retournait contre nous ? Et si des compromis avaient lieu ? Et si des conditions de paix étaient créées, s'ils faisaient des concessions ou autre chose ?'

La désignation de Mojtaba Khamenei c'était la pire nouvelle qu'on pouvait nous annoncer pendant cette guerre, c'est comme un coup de massue, alors qu'on a déjà des conditions de vie difficiles. Ça m'a procuré une horrible sensation…. la pire qu'on puisse éprouver.

J'espère que, comme ils [les Israéliens] le disent, ils l'élimineront rapidement parce que le peuple - aussi divisé soit-il - a un point commun : vouloir en finir avec la République islamique.

Le peuple iranien a été trompé tant de fois. J'espère que cette fois ce ne sera pas le cas, et que le véritable objectif sera la liberté pour les Iraniens. Même si c'est une façon de penser très idéaliste, j'en ai conscience."

Ce témoignage exclusif, traduit du persan vers le français, a été recueilli par la rédaction des Observateurs de France 24 et Julie Dungelhoeff, grand reporter à France 24.