
Gisele Pelicot, au centre, participe à une marche organisée à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes à Paris, le 8 mars 2026. © Thibault Camus, AP
Une "forte mobilisation" : des centaines de milliers de personnes manifestaient dimanche 8 mars en France, dont Gisèle Pelicot et Caroline Darian à Paris, pour défendre les droits des femmes, dénoncer les violences sexuelles et la montée du conservatisme.
Gisèle Pelicot, victime des viols de dizaines d'hommes organisés par son ex-mari et devenue une figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles, et sa fille Caroline Darian, ont rejoint les rangs de la Fondation des femmes au moment où le cortège parisien s'est élancé de Stalingrad.
"On ne lâchera rien !", a lancé Gisèle Pelicot à la foule, acclamée par les manifestants. "Je suis extrêmement honorée d'être ici en présence de ma maman, qui envoie un vrai message d'espoir à toutes les victimes de France", a assuré Caroline Darian, qui a porté plainte contre son père, qu'elle accuse de l'avoir agressée sexuellement.
La septuagénaire est partie après quelques dizaines de minutes, laissant sa fille au côté de la chanteuse Suzane, dont la chanson "Je t'accuse" dénonce les violences sexuelles.
"La voix de toutes les femmes qui n'ont plus la leur"
Quelque 200 000 personnes étaient rassemblées en France, dont 130 000 à Paris, selon la CGT. Cette "forte mobilisation rappelle que nous ne laisserons pas le gouvernement et le patronat enterrer les droits des femmes comme ils le font actuellement sur la directive européenne sur l'égalité salariale", a dit la leader du syndicat, Sophie Binet.
"'Non lieu' n'est pas 'innocent'" : dans le cortège parisien mêlant hommes et femmes, où dominait le violet, beaucoup de pancartes dénonçaient les violences de genre. Plusieurs critiquaient aussi le "sales connes" lâché par Brigitte Macron contre des militantes féministes en décembre.

Alice, 39 ans, venue avec ses enfants, voulait leur "expliquer" que c'est "important d'exprimer ce qu'on pense", qu'"en France, on est chanceuses, ce n'est pas le cas partout", a-t-elle dit.
Bordeaux, Lyon, mais aussi La Rochelle ou Auch... Le collectif organisateur, Grève féministe, avait donné rendez-vous dans 150 lieux en France.
Dans le cortège lillois, où 3 300 personnes ont défilé selon la police, Jeanne Delplanque, 20 ans, étudiante et victime de violences conjugales, avait "à cœur" de manifester pour porter "la voix de toutes les femmes qui n'ont plus la leur" ou "n'ont pas trouvé le courage d'en parler", a-t-elle dit.
"Gisèle PéliQueen", "Mascu, t'es foutu, toutes les femmes sont dans la rue", "Not all men but a lot quand même", clamaient plusieurs pancartes dans la manifestation toulousaine, organisée dans la matinée.
Le "danger" de l'extrême droite
Grève féministe veut exprimer sa "solidarité avec les femmes du monde entier qui subissent les guerres parce qu'elles en sont les premières victimes", a déclaré Alexandra Nougarede (FSU), non loin de manifestants arborant des drapeaux palestiniens ou libanais.
Les associations alertent aussi sur le "danger" que représente selon elles l'extrême droite, à l'approche des élections municipales, pointant un récent recul des droits des femmes dans divers pays du monde, comme aux États-Unis.
"Nous sommes en alerte", a indiqué Sarah Durocher, du Planning familial, qui observe en France "des difficultés d'accès à l'avortement sur le terrain", liées à un "manque de moyens" et à la "fermeture de structures de proximité".
À Lyon, 9 600 personnes ont manifesté, selon la préfecture, encadrées par un important dispositif policier après la mort de Quentin Deranque, militant nationaliste battu à mort le 12 février dans cette ville.
"Le féminisme d'extrême droite n'existe pas", pouvait-on lire sur une pancarte, en référence au groupuscule identitaire Némésis, accusé "d'instrumentaliser" la lutte féministe pour diffuser des idées "xénophobes".
Némésis a manifesté de son côté dans l'ouest de la capitale.
Une vingtaine de militantes Femen ont elles mené une action à la mi-journée devant la pyramide du Louvre pour dénoncer "l'impunité, la criminalité et le déni total" des personnes impliquées dans l'affaire Epstein.
Avec AFP
