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Le bombardement d'une école en Iran, cible d'intox
Une frappe présumée samedi contre une école de filles à Minab, dans une province du sud de l'Iran, est la cible d'une désinformation. Elle aurait causé la mort de 165 personnes, selon les autorités iraniennes.
Depuis le 28 février 2026, le bombardement d'une école à Minab est la cible d'une désinformation. © X

Au premier jour des bombardements américano-israélien sur l’Iran, une école pour filles à Minab, une localité du sud du pays, a été touchée. Selon les autorités iraniennes, qui en attribuent la responsabilité aux forces armées israéliennes et américaines, la frappe aurait fait 165 victimes. Il est, pour le moment,  impossible de vérifier indépendamment le bilan du bombardement avancé par le gouvernement iranien et d'établir sa paternité. Ni les États-Unis, ni Israël, n'ont confirmé avoir réalisé cette attaque. 

Mais depuis son annonce le 28 février, le bombardement de l'école des filles de Minab fait l'objet de désinformation, notamment sur son attribution.

Une photo prouvant la défaillance d'une roquette des gardiens de la Révolution ? Elle a été prise à 1 300 km de Minab 

Le 28, février un internaute affirme ainsi dans un post vu plus de 1,3 millions de fois que l'école de Minab aurait en fait été frappée par "une roquette défaillante lancée par les Gardiens de la révolution" iraniens. Il avance pour preuve une photo qui montrerait un panache erratique de fumée semblant avoir été laissé par un missile ou un engin volant à la trajectoire perturbée.

Le 28 février un internaute affirme que le bombardement de l'école de Minab a été causé par une roquette défaillante des Gardiens de la Révolution. L'image qu'il présente pour le prouver a été prise dans une localité éloignée de 1 300 km de Minab. Source X/

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Cependant, comme l'ont révélé les enquêteurs en sources ouvertes Tal Hagin et Stinky91584609, cette photo a été prise dans la ville de Zanjan, dans le nord-ouest de l'Iran, située à 1 300 km de Minab.

Les images satellites de Google Map permettent de situer l'endroit où a été prise la photo aux coordonnées 36°41'05.8"N 48°29'17.4"E. Il est possible de repérer sur ces dernières une antenne sur un bâtiment administratif (rouge dans l'image ci-dessous), un toit en forme de pointe avec des fenêtres étroites (vert dans l'image ci-dessous) et un bâtiment à la façade marron (bleu dans l'image ci-dessous).

Le bombardement d'une école en Iran, cible d'intox
La géolocalisation de la photographie de la roquette défaillante censée documenter le bombardement de l'école de Minab. La photo a en fait été prise dans la ville de Zanjan, dans le nord-ouest de l'Iran, à 1 300 km de Minab. Le détourage a été réalisé par la rédaction des Observateurs © @talhagin @Stinky915846091

Les autorités iraniennes qui reconnaissent avoir bombardé l'école par erreur ? Il s'agit d'un faux communiqué 

Selon une information donnée le 1er mars par Simon Weinberg, un internaute aux positions proches du gouvernement israélien, le régime iranien aurait reconnu une erreur des Gardiens de la révolution qui auraient tiré sur l'école de Minab.

Il présente comme une preuve une information publiée sur la chaîne Telegram d'un média en persan, "Radio Gilan", qui serait selon lui affilié au régime iranien. "L’incident est présenté comme une ‘erreur involontaire’. Les autorités affirment que des mesures seront prises contre les responsables", rapporte Radio Gilan. 

"Ce développement intervient après plusieurs heures de récits contradictoires suite à la dépêche de l’AFP, reprise sans vérification par la presse française et internationale ainsi que des influenceurs pro régime, attribuant initialement la frappe à Israël et aux États unis", analyse Simon Weinberg

Contrairement à ce qu'affirme Simon Weinberg le 1er mars 2026, les autorités iraniennes n'ont pas admis leur responsabilité dans le bombardement de l'école de Minab.Source X.

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Seulement le média cité par Simon Weinberg n'est pas affilié au régime iranien. Il s'agit en fait d'une chaîne Telegram d'information pro monarchiste qui diffuse des messages en faveur de Reza Pahlavi, le fils du shah d'Iran. Enfin, aucun communiqué des autorités iraniennes reconnaissant l'implication des Gardiens de la révolution dans le bombardement de l'école  de Minab n'a été diffusé par les médias officiels iraniens, notamment l'Agence d'informations de l'Iran.

Une école accolée à une caserne militaire

Comme l'a révélé Nathan Ruser, enquêteur en sources ouvertes, l'école des filles de Minab est directement adossée à un complexe militaire de l'armée iranienne, la caserne Sayyid al-Shohada. Les images satellites disponibles sur Google Earth révèlent que cette zone occupée par l'école faisait partie de la caserne jusqu'en 2013. Les images satellites ultérieures montrent qu'un mur a été ensuite construit pour séparer l'établissement scolaire de la zone militaire.

Le bombardement d'une école en Iran, cible d'intox
Une image satellite de la caserne de Sayyid al-Shohada (tracé rouge) et de l'école de filles de Minab (tracé bleu). © X

Ainsi que le rapporte la BBC, des représentants de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ont affirmé que l’école a été "visée par trois attaques de missiles".

L'armée israélienne par la voix de son porte-parole a affirmé avoir "connaissance d'aucune frappe israélienne ou américaine dans cette zone".

De son côté, le porte-parole du Centcom, le commandement militaire des États-Unis au Moyen-Orient, a répondu :"Nous sommes au courant des informations faisant état de victimes civiles à la suite des opérations militaires en cours. Nous prenons ces informations au sérieux et nous enquêtons. La protection des civils est primordiale et nous continuerons de prendre toutes les précautions nécessaires pour minimiser les risques de dommages involontaires".