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La bataille pour Paris : Bournazel, Knafo et Chikirou donnent des sueurs froides aux favoris
Les campagnes de Pierre-Yves Bournazel, Sarah Knafo et Sophia Chikirou perturbent le duel des favoris entre Rachida Dati et Emmanuel Grégoire, au point de créer une grande incertitude concernant la configuration et l’issue du second tour des municipales dans la capitale. La bataille pour Paris, épisode 5.
Sophia Chikirou (à gauche), Pierre-Yves Bournazel (au centre) et Sarah Knafo (à droite) sont des outsiders sérieux dans la bataille pour Paris. © AFP / Studio graphique France Médias Monde

Les Parisiens auront-ils droit à une quinquangulaire au second tour des élections municipales (15 et 22 mars) ? Derrière les deux favoris du scrutin, Rachida Dati et Emmanuel Grégoire, trois outsiders pourraient en effet se maintenir dans la course au soir du premier tour : Pierre-Yves Bournazel (Horizons), Sarah Knafo (Reconquête) et Sophia Chikirou (La France insoumise).

Candidat quelques semaines aux élections municipales de Paris en 2020 avant de rallier Benjamin Griveaux (qui a ensuite été remplacé par Agnès Buzyn), l’ancien député du 18e arrondissement de 2017 à 2022, Pierre-Yves Bournazel, assure avoir le profil le plus "rassembleur" face à ceux qu'il considère être "sous la pression de l'extrémisme".

Ce conseiller de Paris de 48 ans propose une candidature susceptible de plaire à un électorat de centre droit peu en phase avec les méthodes et les discours de Rachida Dati, mais aussi à un électorat de centre gauche déçu par Anne Hidalgo et pas vraiment convaincu par Emmanuel Grégoire.

Avec un tel positionnement, il n’est pas surprenant qu’il soit soutenu par deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron : Édouard Philippe – dont il est proche – et Gabriel Attal, mais aussi par les anciens ministres Clément Beaune et Marlène Schiappa, respectivement troisième et sixième sur sa liste.

"Ce sera une liste de rassemblement central, de la gauche sociale-démocrate à la droite républicaine", a insisté son entourage auprès de l’AFP. Au sein de la liste Bournazel figurent des élus issus de la liste de Rachida Dati en 2020 ou encore des élus issus du mouvement écologiste indépendant d'Antoine Waechter, et de Cap21, le parti de Corinne Lepage, ex-ministre de l'Environnement sous Jacques Chirac.

Dati prise en tenaille entre Bournazel et Knafo

Pierre-Yves Bournazel a peu de chances de l’emporter, mais séduit assez d’électeurs pour affaiblir Rachida Dati comme Emmanuel Grégoire. Longtemps silencieux sur ses intentions pour le second tour, il a suffisamment laissé planer le doute sur une possible alliance avec le candidat socialiste pour décider son directeur de campagne, Cédric Guérin, et le coprésident de son groupe au Conseil de Paris, Paul Hatte, à claquer la porte. Tous deux ont démissionné début février en dénonçant une "gauchisation" de sa campagne.

L’ancien député a mis fin au suspense mercredi 25 février en annonçant qu’il ne rejoindrait "ni Grégoire ni Dati". "Je mène campagne pour gagner et je crois que les Parisiens méritent un autre chemin que celui proposé par M. Grégoire et Mme Dati", a-t-il déclaré au micro de France Inter, malgré les appels au "rassemblement" de la candidate Les Républicains (LR), qui l’implore de ne pas être "l’artisan de la défaite" de la droite à Paris.

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Pierre-Yves Bournazel a toutefois été contredit quelques heures plus tard par Édouard Philippe, patron du parti Horizons. "Ce que je peux vous dire, moi, c'est que la compétition doit être projet contre projet au premier tour, elle ne doit pas être personnelle, et qu'au soir du premier tour, je ferai tout ce que je peux pour qu'on fasse l'union, et qu'on ait l'alternance à Paris, avec un grand rassemblement de la droite et du centre", a-t-il déclaré à l'AFP.

De quoi rassurer un peu Rachida Dati, dont la fébrilité s’explique notamment par la présence sur sa droite d’une autre candidature mettant à mal ses chances de victoire. L’entrée en campagne de Sarah Knafo, début janvier, a stoppé son élan et lui a fait perdre des intentions de vote.

La compagne d’Éric Zemmour, élue eurodéputée Reconquête en 2024 sur la liste conduite par Marion Maréchal, bénéficie d’une attention médiatique assez inhabituelle pour l’extrême droite à Paris. C’est d’ailleurs au 20 h de TF1 qu’elle a pu annoncer sa candidature le 7 janvier, devant plusieurs millions de téléspectateurs.

Comme Rachida Dati, Sarah Knafo, 32 ans, mise beaucoup sur les réseaux sociaux. Elle n’a pas hésité à reprendre la charte graphique du maire démocrate de New York Zohran Mamdani, avec son jaune printanier et ses messages "positifs" pour "une ville heureuse", allant jusqu'à copier la vidéo tournée dans la station de métro de l'hôtel de ville de New York que ce dernier avait publiée au lendemain de sa victoire.

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Autant d'ingrédients qui permettent au parti Reconquête de "passer d'une image grinçante, agressive, très masculine et très liée à l'extrême droite, à une image souriante et consensuelle", a décrypté Philippe Moreau Chevrolet, professeur en communication à Sciences Po, pour l’AFP.

Violentes attaques de Chikirou visant Grégoire

Selon lui, Sarah Knafo n’a même plus besoin de parler explicitement des sujets migratoires : "Il suffit d'y faire allusion, son électorat décode", juge-t-il, faisant un parallèle avec la campagne de Donald Trump.

La candidate, qui a été prise en défaut sur plusieurs dossiers, dont le tarif du passe Navigo (l'abonnement permettant d’accéder aux transports en commun), joue la carte de "l’union des droites" chère à Éric Zemmour. "Le vote utile, aujourd'hui, dans cette campagne, c'est de voter pour moi, parce que si vous votez pour moi, vous êtes sûr d'avoir au second tour quelqu'un qui tendra la main aux autres mouvances de droite et qui gagnera avec les voix de toute la droite", a-t-elle déclaré, lundi 23 février, au micro de Sud Radio.

De l’autre côté du spectre, Sophia Chikirou (LFI) s’inspire également de la campagne du maire new-yorkais et, à sa manière, pimente elle aussi la campagne. "Nous allons faire de Paris la plus grande ville insoumise de France, mais aussi du monde, après New York, après Zohran Mamdani", a lancé la candidate insoumise lors de son meeting au Cirque d’Hiver le 30 janvier, devant près de 1 500 sympathisants gonflés à bloc.

La députée de Paris s’attaque frontalement à Emmanuel Grégoire, ciblé comme "héritier" d’Anne Hidalgo, dont il fut le premier adjoint de 2018 à 2024. "Il ne faut pas qu’un socialiste soit maire de Paris", affirmait Sophia Chikirou au Parisien en novembre, laissant supposer qu’elle pourrait maintenir sa candidature au second tour, quitte à faire perdre Paris à la gauche.

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La candidate, qui sera par ailleurs jugée le 12 mai par le tribunal correctionnel de Paris pour "escroquerie", ne retient aucun coup. En pleine polémique sur les violences sexuelles dans le périscolaire parisien, elle a publié un visuel de campagne, également collé dans les rues de Paris, visant la gestion socialiste, sur lequel était écrit : "Leur bilan 2025 : 1 enfant mort noyé, 52 signalements pour violences sexuelles".

À quinze jours du premier tour, les outsiders Pierre-Yves Bournazel, Sarah Knafo et Sophia Chikirou n’ont pas fini de donner des sueurs froides aux favoris. L’issue de la bataille pour Paris est en grande partie entre leurs mains.