logo

Cessez-le-feu au Liban : les déplacés rentrent chez eux malgré les avertissements israéliens
Après un mois et demi de conflit qui a fait près de 2 200 morts côté libanais, de nombreux déplacés retournent dans leurs foyers. Un ministre israélien avertit cependant que "l'opération" contre le Hezbollah pro-iranien n'est pas terminée.
Des bâtiments noircis et des voitures calcinées dans la banlieue sud de Beyrouth. © Fadel Itani, AFP

Premier jour de cessez-le-feu dans la guerre entre Israël et le Hezbollah au Liban, ce vendredi 17 avril. Alors que de nombreux déplacés retournaient dans leurs foyers, un ministre israélien avertit que "l'opération" contre le mouvement pro-iranien n'est pas terminée.

Le cessez-le-feu a débuté à minuit heure locale (21 h GMT jeudi), dans la nuit du jeudi 16 au vendredi 17 avril, après un mois et demi de conflit qui, côté libanais, a fait près de 2 200 morts et jeté sur les routes plus d'un million de personnes.  

Dès jeudi soir, des tirs de célébration ont retenti dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, selon des journalistes de l'Agence France-Presse (AFP). Et vendredi, l'autoroute du sud s'est remplie d'une longue file de voitures, les toits chargés de matelas et de meubles.

Un embouteillage monstre s'est formé devant le pont de Qasmiyeh qui relie la région de Tyr (sud) au reste du pays. Le pont, endommagé la veille par des frappes israéliennes, a été rendu praticable dans l'urgence par l'armée libanaise.

"Heureusement, nous rentrons chez nous et nous sommes vainqueurs malgré les bombardements", affirme Mohammad Abou Raya, 35 ans. 

"Même si nous ne retrouvons pas nos maisons, l'important c'est de rentrer sur notre terre", ajoute ce père de trois enfants, interrogé par l'AFP.

Les gens rentrant dans la région sud, un fief du Hezbollah, ont manifestement décidé d'ignorer les appels de l'armée israélienne à ne pas revenir sur la rive sud du fleuve Litani, près de la frontière israélo-libanaise.

Avertissant qu'Israël n'avait pas terminé son "opération" contre le Hezbollah, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, les a avertis qu'ils devront à nouveau quitter la zone "si les combats reprennent".

Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, avait par ailleurs prévenu jeudi que l'armée resterait présente dans une bande de 10 km de profondeur depuis la frontière pendant la trêve. 

"J'espère que la guerre va s'arrêter"

Dans la banlieue sud de Beyrouth, lourdement pilonnée par Israël et où beaucoup d'immeubles sont détruits, des habitants reviennent dans leurs quartiers découvrir l'étendue des dégâts.

"On allait chaque jour dans un lieu différent, parce qu'on ne trouvait pas de place dans le centre d'accueil", raconte Insaf Ezzeddine, qui revient à moto avec son mari et sa fille dans leur quartier.

"Notre maison a été très endommagée par les frappes, mais grâce à Dieu il y a eu le cessez-le-feu et j'espère que la guerre va s'arrêter", ajoute cette femme de 42 ans.

Jusqu'aux derniers instants avant l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, le Hezbollah a continué à revendiquer des tirs contre le nord d'Israël et contre l'armée israélienne présente sur le sol libanais.

Et au moins 13 personnes ont été tuées, 35 blessées et 15 étaient portées disparues après des frappes israéliennes vendredi sur Tyr quelques minutes avant la fin des combats, selon un responsable de la municipalité.

L'armée libanaise a dénoncé vendredi des violations de l'accord de trêve, appelant aussi les déplacés à s'abstenir de retourner immédiatement dans le sud du pays. 

"Doigt sur la gâchette"

Le Hezbollah, qui a attaqué Israël le 2 mars en représailles à l'attaque israélo-américaine contre l'Iran, a prévenu que ses combattants gardaient le "doigt sur la gâchette", car ils se méfient de "la traîtrise de l'ennemi".

Israël a indiqué de son côté se réserver le droit "de prendre à tout moment toutes les mesures nécessaires à sa légitime défense contre des attaques planifiées, imminentes ou en cours".

Le département d'État américain a affirmé que l'armée libanaise devait "empêcher le Hezbollah et les autres groupes armés non étatiques" de frapper des cibles israéliennes, avec un "soutien de la communauté international" dont les contours n'ont pas été précisés. 

L'accord a été arraché par Donald Trump, qui a annoncé jeudi ce cessez-le-feu de dix jours, ajoutant qu'il s'efforçait d'organiser la première rencontre à la Maison Blanche entre le président du Liban Joseph Aoun et le dirigeant israélien Benjamin Netanyahu.

Joseph Aoun a jugé "cruciaux" les pourparlers avec Israël et Benjamin Netanyahu a qualifié la trêve d'occasion de "paix historique", tout en rappelant son exigence d'un désarmement du Hezbollah comme préalable.

La trêve était réclamée par Téhéran, qui a affirmé qu'il s'agissait de l'une des conditions à la reprise de pourparlers avec Washington en vue de prolonger le cessez-le-feu entre l'Iran et les États-Unis et de travailler aux conditions d'une paix durable. 

Ces tractations se poursuivent, sous l'égide du Pakistan, pour organiser une deuxième session de négociations après une première qui s'est tenue à Islamabad le week-end dernier. Le cessez-le-feu, entré en vigueur le 8 avril, tenait toujours vendredi.

Le président américain a assuré que les deux pays étaient "très proches" d'un accord. Il a aussi affirmé que Téhéran avait accepté de céder son uranium enrichi, une de ses principales exigences. Des propos non confirmés, depuis, par le gouvernement iranien.

Avec AFP