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Hommages, fleurs et slogans : les Iraniens continuent de défier le pouvoir malgré la répression
Alors que des rassemblements ont eu lieu mardi dans les cimetières en Iran en hommage aux​ jeunes manifestants tués en janvier, de nombreux actes de résistance localisés témoignent que les Iraniens continuent de défier le régime malgré la répression en cours. 
Des personnes se rassemblent dans un cimetière à Abdanan, dans la province d'Ilam, en Iran, sur cette capture d'écran tirée d'une vidéo publiée sur les réseaux sociaux le 17 février 2026. © Reuters / DR

"Pour chaque personne tuée, mille se soulèvent". Ce slogan a résonné, mardi 17 février, à travers l'Iran, lors de multiples rassemblements organisés en hommage aux jeunes manifestants tués pendant la violente répression de janvier.

Selon la tradition, les familles iraniennes commémorent la mort d'un proche quarante jours après son décès. Malgré les pressions exercées par les autorités, qui avaient déjà tenté d'empêcher les cérémonies funéraires après les journées sanglantes des 8, 9 et 10 janvier, les proches de victimes ont maintenu ces commémorations. Celles-ci se sont transformées, une nouvelle fois, en manifestations publiques de résistance.

Attention, cette vidéo est susceptible de heurter la sensibilité du public.

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Dans un cimetière de Téhéran, le père de Sepehr Shokri a pris la parole. Son visage est déjà connu de nombreux Iraniens : quelques jours après la disparition de son fils, une vidéo bouleversante le montrait arpentant la morgue de Kahrizak, au milieu de dizaines de corps, et criant : "Sepehr, mon fils, où es-tu ?"

Mardi, il a rendu hommage au sacrifice de son fils pour l'Iran.

Une foule, compacte et en colère, a scandé des slogans dénonçant la répression : "Mort au régime tueur d'enfants", "Pour chaque personne tuée, mille se soulèvent".

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La famille a eu du mal à contenir la foule. Le père de Sepehr a alors lancé un appel au calme, demandant aux participants de ne souhaiter la mort de personne.

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Des slogans similaires ont été entendus à Zanjan, à Mashhad, ainsi que dans le vaste cimetière de Behesht-e Zahra à Téhéran. Partout, les manifestants endeuillés ont insisté sur le sacrifice des victimes, érigées au rang de héros et héroïnes, avec un slogan revenant avec insistance : "Cette fleur aux pétales arrachés est notre cadeau pour la patrie."

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Des tirs sur la foule à Abdanan

Sur les milliers de photos de victimes qui circulent encore sur les réseaux sociaux, certains noms se détachent. Comme celui de Mohammad Goli, un pompier

Après avoir vu des policiers tirer sur des manifestants le 8 janvier, depuis l'intérieur du commissariat de Najafabad, ce père de famille a conduit son camion de pompiers vers l'entrée du poste de police afin de protéger les protestataires. Il a été tué par les forces gouvernementales, touché par au moins 11 balles.

À Najafabad, une foule dense lui a rendu hommage.

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Dans d'autres vidéos, des manifestants appellent au retour de Reza Pahlavi, fils de l'ancien chah d'Iran. À Bouchehr, ces slogans ont notamment été scandés lors de la cérémonie de deuil de Nima Jozayi, tué à l'âge de 16 ans.

Ces rassemblements, surveillés de près par les autorités, ne sont pas sans risques. À Abdanan, dans l'ouest du pays, des détonations ont retenti alors que des habitants brandissaient des fleurs et des portraits d'un jeune homme tué, tout en criant "mort à Khamenei" et "longue vie au chah". La panique s'est emparée de la foule et les manifestants se sont enfuis.

Sur une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, un homme armé vise la foule depuis le toit d'un véhicule blindé, sans que son arme puisse être identifiée.

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Les fleurs, symboles de résistance

D'autres gestes, plus silencieux, témoignent d'une résistance persistante. Depuis plusieurs semaines, les fleurs sont devenues un symbole central du mouvement.

Des roses rouges ont été déposées sur les trottoirs autour de l'hôpital Tehranpars, situé dans un quartier de la capitale iranienne où la répression a été particulièrement meurtrière.

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Sur plusieurs vidéos, on peut voir des mères de famille et des sœurs déposer délicatement des pétales, tandis que les voitures ralentissent et les contournent avec précaution. Disposées à l'endroit même où des manifestants ont été tués, ces fleurs forment des autels improvisés.

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À Chiraz, sur la rue Bahonar, la famille et les proches de Saeid Tavakolian distribuent des fleurs rouges et blanches aux automobilistes. C'est ici même que, le 7 janvier, ce jeune homme de 26 ans a été tué, atteint au visage par un plomb de fusil de chasse tiré par les forces de sécurité, alors qu'il se trouvait dans sa voiture.

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Sur une autre vidéo, une mère se tient debout devant des fleurs posées à même le sol, la photo de son fils à la main. Elle répète inlassablement : "Je suis la mère de Behrouz Nikkhwa. C'est ici qu'ils ont tiré une balle sur son front. Il est mort. Il était venu aider les blessés".

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"Un point de non-retour"

Dans plusieurs universités, la contestation se poursuit. Des étudiants ont appelé à la libération de leurs camarades emprisonnés. Les derniers en date, ceux de l'Université des sciences médicales de Téhéran, ont boycotté les examens de fin d'année et organisé un sit-in samedi. Tenant la photo d'Aïda Heydari, étudiante en médecine tuée en janvier, ils ont exigé la libération immédiate des détenus.

Selon l'ONG Human Rights Activists in Iran (Hrana), basée aux États-Unis, le nombre total d'arrestations depuis le début du mouvement de protestation atteint 53 552, dont 144 étudiants. Les interpellations se poursuivent dans de nombreuses villes.

Le Centre pour les droits humains en Iran précise pour sa part que les personnes arrêtées ne sont pas seulement des manifestants. "Il y a aussi des adolescents accusés d'avoir scandé des slogans, des passants blessés, des médecins et infirmières ayant soigné les victimes, des avocats et des citoyens ayant exprimé leur soutien sur les réseaux sociaux", explique cette ONG, basée à Oslo.

Les ONG de défense des droits humains basées à l'étranger estiment qu'au moins 7 000 personnes ont été tuées lors de la répression. D'autres estimations évoquent plus de 30 000 morts, selon des hauts responsables du ministère iranien de la Santé cités par le média américain Time.

Après la sidération ayant suivi la découverte des tueries de masse orchestrées par les forces de sécurité début janvier, ces nouveaux rassemblements dans les cimetières et la multiplication des actes de résistance localisés montrent que la contestation n'est pas éteinte. "Un point de non-retour a été atteint", estime Aïda Tavakoli, doctorante franco-iranienne et présidente de l'association We Are Iranian Students, sur l'antenne de France 24. "Il n'y a pas d'autre option que de tout faire pour que ce régime chute."