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Mercredi ou jeudi ? L'imbroglio français sur le début du ramadan
Mercredi ou jeudi ? Cette année, la date retenue pour commencer le mois du jeûne musulman du ramadan n'est pas la même pour tout le monde en France. La Grande Mosquée de Paris et le Conseil français du culte musulman ne sont pas parvenus aux mêmes conclusions malgré les calculs astronomiques. Un imbroglio qui sème l'incompréhension voire la colère chez les fidèles.
La Grande Mosquée de Paris. © Ian Langsdon, AFP

Les musulmans de France ne savent plus à quel minaret se fier. Le ramadan, mois de jeûne musulman, a commencé mercredi 18 février pour les uns mais ne débutera que jeudi 19 pour d'autres. Une situation normale quand il s'agit de pays différents car la date de début du jeûne est décidée à l'issue de l'observation de la lune, lors de la nuit du Doute. Mais la situation est ubuesque cette année dans l'Hexagone, les institutions centrales de l’islam de France ayant annoncé deux dates différentes pour le pays.

La Grande Mosquée de Paris a déclaré mardi, "grâce à une méthode mêlant calcul scientifique et observations lunaires", que le ramadan commencerait mercredi 18. Une décision alignée avec celle de l’Arabie saoudite et d’autres pays comme le Qatar, les Émirats arabes unis, le Yémen et la Palestine.

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De son côté, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a fixé le premier jour du jeûne au jeudi 19, en se fondant uniquement sur les calculs astronomiques. Les conditions de visibilité du croissant lunaire en France ne sont réunies qu’à partir de mercredi, rendant impossible le début du mois sacré aujourd'hui.

La Belgique, la Jordanie, la Turquie, l'Algérie ont également tranché pour le jeudi 19. Le Maroc pourrait commencer jeudi 19 ou... vendredi 20. Jamais la nuit du Doute n'a aussi bien porté son nom.

Des fidèles perdus

Résultat : cinq à six millions de fidèles français perdus, parfois même sidérés par la possibilité de ne pas jeûner le même jour au sein d'une même famille.

"Mais déjà, le fait que dans le même pays, on jeûne pas tous en même temps, c’est bizarre, mais bon ramadan kareem", écrit une internaute sur le réseau social X.

"Cela dit, c’est quand même fou qu’une instance déclare une date deux semaines avant le début du mois de ramadan, puis se rétracte lors de la journée du Doute et qu’en plus de ça, toutes les villes de ce même pays ne commencent pas en même temps….", s'étonne une autre.

Si pour les profanes, ce décalage peut paraître anecdotique, c'est loin d'être le cas. Il cristallise des visions différentes de l’islam de France, de son rapport à la tradition, à la science, à la gouvernance mais aussi à la politique.

La Grande Mosquée de Paris, inaugurée en 1926, constitue la principale institution historique de l’islam en France. Elle s'est rapidement imposée comme la référence. Son recteur, Chems-Eddine Hafiz, a même créé un institut dédié à la formation des imams.

Le CFCM, pour sa part, est né dans un contexte radicalement différent. Fondé en 2003 à l’initiative de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, il avait pour vocation de devenir l’interlocuteur officiel de l’État sur les questions relatives au culte musulman. Sa mission affichée consistait à structurer un "islam de France" en cohérence avec les principes de la loi de 1905.

Très vite, l’institution s’est retrouvée fragilisée par des rivalités entre ses principales composantes : la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF), traditionnellement proche du Maroc ; l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), réputée proche des Frères musulmans ; et la Grande Mosquée de Paris, historiquement liée à l’Algérie.

Le ramadan 2026 est donc tout un symbole : celui de la difficulté à parvenir à une parole religieuse unifiée en France.