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Conseil de la paix de Trump : ce que l'on sait de la réunion inaugurale à Washington
Pensé à l’origine pour organiser la reconstruction de la bande de Gaza, le Conseil de la paix voulu par Donald Trump tiendra jeudi sa première réunion à Washington. Un rendez-vous très politique, qui divise les alliés des États-Unis et alimente les accusations de concurrence directe avec l'ONU. Qui sera présent et quel sera l'ordre du jour ? France 24 fait le point.
Le président américain Donald Trump signe la charte fondatrice de son Conseil de la paix lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 22 janvier 2026. © Markus Schreiber, AP

Un lancement diplomatique qui divise avant même sa première réunion. Les délégations des pays ayant accepté de rejoindre le Conseil de la paix de Donald Trump ont rendez-vous jeudi 19 février à Washington. Dirigeants et représentants de haut rang se retrouvent pour acter la naissance de cet organe controversé, un mois après la signature de sa charte au Forum économique de Davos, en Suisse.

Depuis l'adhésion d'Israël le 11 février, l'organisation revendique 27 États qualifiés de "membres fondateurs" sur son compte X. La session inaugurale se tiendra dans les locaux de l'Institut des États-Unis pour la paix, récemment rebaptisé par le département d'État "Institut Donald J. Trump pour la paix".

À l'origine, le Conseil de la paix devait superviser la reconstruction de la bande de Gaza, dévastée par la guerre lancée après les massacres du 7-Octobre. Son mandat a depuis été élargi par Donald Trump à la résolution des conflits armés dans le monde. Cette nouvelle ambition alimente les réserves de nombreux alliés occidentaux, d'autant que l'adhésion comme membre permanent s'accompagne d'un ticket d'entrée à un milliard de dollars. Un fonctionnement qui renforce les critiques voyant dans cette instance une version "payante" et politisée du Conseil de sécurité des Nations unies. 

  • Qui sera présent comme membre du Conseil de la paix ?

À ce stade, l'ampleur réelle de la participation à cette réunion reste floue. Parmi les membres confirmés figurent des dirigeants ouvertement proches de Donald Trump. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a été le premier à annoncer publiquement sa présence, dès le 7 février, lors d'un rassemblement politique. Le lendemain, c'est le président argentin Javier Milei qui a confirmé sa venue, par la voix de son chef de cabinet.

Conseil de la paix de Trump : ce que l'on sait de la réunion inaugurale à Washington
Le président Donald Trump serre la main du Premier ministre hongrois Viktor Orban lors d'une cérémonie de signature de son Conseil de la paix lors du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 22 janvier 2026. © Markus Schreiber, AP

Le Premier ministre albanais Edi Rama a lui aussi confirmé sa présence, tout en prenant ses distances sur le plan financier. "L'Albanie a le privilège d'être un État fondateur, et elle ne contribuera pas financièrement pour adhérer ou rester en tant que membre permanent", a-t-il déclaré dimanche.

Plusieurs dirigeants asiatiques sont également attendus. Le président indonésien Prabowo Subianto, à la tête du pays musulman le plus peuplé du monde, a accepté l'invitation. Le Vietnam a confirmé la présence de son dirigeant To Lam, Hanoï ayant justifié son adhésion en janvier par son soutien au plan de paix pour Gaza. Le Premier ministre cambodgien Hun Manet est également attendu

Des délégations d'Égypte, de Turquie et du Qatar devraient aussi être présentes. Les Émirats arabes unis, le Maroc et le Bahreïn figuraient parmi les premiers signataires de la charte fondatrice en janvier. Des pays également signataires des accords d'Abraham qui ont permis une normalisation des relations avec Israël en 2020, lors du premier mandat de Donald Trump.

Côté israélien, le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne devrait pas faire le déplacement, selon Associated Press, malgré des échanges récents à la Maison Blanche avec le secrétaire d'État Marco Rubio. Israël sera toutefois représenté par son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar, ont annoncé ses services mardi. 

  • Quels observateurs autour de la table ?

À défaut d'adhérer, plusieurs pays et organisations ont choisi d'assurer une présence en tant qu'observateurs. L'Union européenne sera représentée par la commissaire à la Méditerranée Dubravka Suica, avec pour objectif affiché de porter la position européenne sur la situation à Gaza, sans rejoindre formellement l'instance. 

Même approche pour l'Italie. Après avoir exclu toute adhésion pour des raisons constitutionnelles "insurmontables", Rome sera représentée par son ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani, selon le quotidien La Repubblica. Le chef de la diplomatie italienne a souligné la volonté de son pays de contribuer à la formation des forces de police à Gaza et dans les territoires palestiniens. 

La Roumanie participera également comme observatrice, son président Nicusor Dan ayant confirmé sa présence. La Grèce sera représentée par son vice-ministre des Affaires étrangères Harry Theoharis. La République tchèque et Chypre feront également partie des observateurs. 

  • Qui sera absent ?

La liste des absents sera presque aussi scrutée que celle des participants. Sur la soixantaine de pays invités par Donald Trump à rejoindre le Conseil de la paix, une part significative a décliné l'invitation ou choisi de ne pas donner suite. 

Une dizaine d'États ont ainsi explicitement refusé d'y adhérer et ne devraient pas participer à la réunion inaugurale, sauf revirement de dernière minute en tant qu'observateurs. La France a fait savoir dès le 19 janvier qu'elle ne donnerait "pas de suite favorable" à ce stade. Le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot a justifié cette position en soulignant l'incompatibilité du Conseil avec les engagements de Paris au sein de l'ONU. 

L'Espagne, la Pologne, la Croatie, la Nouvelle-Zélande et la Norvège ont également décliné l'invitation. D'autres États européens ont fait savoir qu'ils n'envisageraient une participation qu'à la condition d'une modification de la charte fondatrice. 

À ces refus s'ajoutent les silences. Plusieurs pays invités n'ont jamais répondu officiellement et devraient donc être absents jeudi. C'est le cas du Brésil de Luiz Inacio Lula da Silva, qui accuse Donald Trump de vouloir se poser en "maître" d'une "nouvelle ONU". Le président brésilien plaide pour un Conseil strictement limité à Gaza et incluant "un siège pour la Palestine".

Autre absence remarquée : celle du Canada. L'ombrageux locataire de la Maison Blanche ​​​​​​​a retiré son invitation au Premier ministre Mark Carney après que ce dernier a publiquement répondu aux attaques de Donald Trump, affirmant que le Canada "n'existe pas grâce aux États-Unis". 

  • Qui pilote le Conseil de la paix ?

Le Conseil de la paix repose sur une structure de gouvernance très resserrée autour de Donald Trump. Le président américain en assure la direction, entouré d'un comité exécutif composé de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, le secrétaire d'État Marco Rubio, l'envoyé spécial pour le Moyen-Orient Steve Witkoff, ainsi que l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair. Le comité inclut également Ajay Banga, président de la Banque mondiale, le milliardaire américain du capital-investissement Marc Rowan, et Robert Gabriel, conseiller adjoint à la sécurité nationale.

Le 21 janvier, Donald Trump a assumé le caractère clivant de ces nominations. "J'ai des personnes controversées. Mais ce sont des gens qui font le travail. Ce sont des gens qui ont une influence considérable", a-t-il déclaré.

La charte prévoit que les États membres se prononcent par vote sur les propositions soumises, celles-ci devant ensuite être validées par le président du Conseil.

Sur le terrain, le Conseil supervisera les activités du Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), chargé de la gestion logistique du territoire palestinien. Composé de quinze Palestiniens, le comité est dirigé par Ali Shaath, ancien vice-ministre de la Planification. Ses missions excluent toute responsabilité politique.

Conseil de la paix de Trump : ce que l'on sait de la réunion inaugurale à Washington
Nickolay Mladenov, Jared Kushner, gendre du président américain Donald Trump, et Tony Blair, ancien Premier ministre britannique, lors du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 22 janvier 2026. © Romina Amato, Reuters

Pour assurer la coordination entre les instances, l'ancien ministre bulgare des Affaires étrangères et diplomate onusien Nikolay Mladenov a été nommé Haut Représentant pour Gaza, chargé de faire le lien entre le Conseil exécutif et le NCAG.

  • Quel est l'ordre du jour ? 

Plusieurs annonces sont attendues. Selon Donald Trump, les États membres devraient officialiser un engagement de plus de 5 milliards de dollars (4,22 milliards d'euros) pour la reconstruction et l'aide humanitaire à Gaza, a-t-il annoncé dimanche sur son réseau Truth Social

Dans un entretien accordé au New York Post, Donald Trump a précisé que ces 5 milliards de dollars ne constitueraient qu'un "acompte" sur un total de 70 milliards de dollars de projets validés par son Conseil de la paix. L'objectif affiché : transformer la bande de Gaza en un pôle économique régional, comparé par le président américain à Dubaï ou Doha.

Le Conseil de la paix prévoit également le déploiement de "milliers de personnes" au sein d'une "force internationale de stabilisation" et de forces de police locales, censées garantir "la sécurité et la paix des Gazaouis", selon les termes employés par le président américain sur Truth Social. 

Reste une série d'inconnues majeures. Aucun détail n'a été communiqué sur les pays contributeurs, ni sur la composition exacte de la force de stabilisation. À ce stade, un seul engagement concret a été rendu public : l'Indonésie ​​​​​​​a annoncé que jusqu'à 8 000 soldats pourraient être prêts d'ici fin juin pour un éventuel déploiement à Gaza, dans le cadre d'une mission humanitaire et de maintien de la paix. 

  • Dans quel contexte intervient cette réunion ? 

Cette réunion inaugurale se tient alors que l'administration américaine tente d'engager la deuxième phase du plan porté par Donald Trump pour mettre fin durablement à la guerre dans la bande de Gaza. Annoncée à la mi-janvier, cette nouvelle étape du cessez-le-feu peine toutefois à se concrétiser sur le terrain. 

L'armée israélienne contrôle toujours plus de la moitié du territoire, tandis qu'Israël et le Hamas – qui refuse catégoriquement de déposer les armes selon les conditions exigées par Israël – s'accusent quotidiennement de violations de la trêve. C'est dans ce climat que le mouvement islamiste a directement interpellé le Conseil de la paix. Mardi, par la voix de son porte-parole Hazem Qassem, le Hamas a exhorté les membres de l'instance à agir pour contraindre "l'occupation israélienne à mettre fin à ses violations" alors que, selon lui, la "guerre de génocide se poursuit". Depuis l'entrée en vigueur de la trêve en octobre, 601 Palestiniens ont été tués, selon le ministère de la Santé de Gaza. 

C'est dans ce contexte que le Conseil de la paix, initialement pensé comme un outil centré sur Gaza, a vu son périmètre s'élargir. Soutenue en novembre par une ​​​​​​​résolution du Conseil de sécurité des Nations unies proposée par Washington, l'initiative se présente désormais comme un "organe d'action" capable d'intervenir dans d'autres conflits mondiaux. 

Un glissement assumé par l'administration américaine. Lors de la conférence de Munich sur la sécurité, le secrétaire d'État Marco Rubio ​​​​​​​a estimé que l'ONU n'avait joué "pratiquement aucun rôle" dans la résolution des conflits, appelant à une réforme des institutions mondiales. Le président américain a lui-même vanté sur Truth Social le "potentiel sans limite" de cette nouvelle instance.