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Mort de Quentin à Lyon : pourquoi La France insoumise est-elle mise en cause ?
De nombreux dirigeants politiques, y compris des ministres, accusent La France insoumise d’être en partie responsable de la mort du militant nationaliste Quentin Deranque à Lyon, en raison de son discours mais aussi parce que le nom d’un assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault est cité par plusieurs témoins.
Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, le 22 janvier 2026, lors d'un meeting politique à Toulouse. © Ed Jones, AFP

La France insoumise dans l’œil du cyclone. Après la mort de Quentin Deranque, un jeune militant nationaliste violemment agressé à Lyon, de nombreux responsables politiques mettent en cause le parti, estimant que le discours de ses dirigeants favorise la violence physique de l’ultragauche.

"Responsabilité morale" de La France insoumise (Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement), "une complaisance de La France insoumise (...) pour la violence politique" (Gérald Darmanin, ministre de la Justice), "La France insoumise crée le terreau fertile pour cette ultraviolence" (Othman Nasrou, secrétaire général du parti Les Républicains), "une responsabilité de tous les dirigeants politiques qui attisent la haine, y compris ceux de La France insoumise" (Raphaël Glucksmann, eurodéputé Place publique)… La liste des déclarations visant le parti de Jean-Luc Mélenchon ne cesse de s’allonger.

Pourquoi La France insoumise (LFI) se retrouve sous le feu des critiques ? Explications.

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Que s’est-il passé à Lyon ?

Un étudiant de 23 ans, Quentin Deranque, est mort samedi 14 février à Lyon, au surlendemain d'une agression par des militants antifascistes de l’ultragauche, selon le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez. Selon le collectif identitaire Némésis, Quentin faisait partie du service d'ordre chargé d'assurer la sécurité de ses militantes qui manifestaient jeudi devant l'Institut d'études politiques (IEP) de Lyon contre une conférence de l'eurodéputée Rima Hassan (La France insoumise).

Transporté avec un pronostic vital engagé à l'hôpital Édouard Herriot, où il est placé sous coma artificiel, le jeune homme meurt samedi des suites de ses graves blessures. Selon l'avocat de la famille, Fabien Rajon, il "aurait reçu [lors de son agression, NDLR] des coups à la tête alors même qu'il gisait au sol inanimé".

Laurent Nunez a affirmé dimanche soir que, "manifestement, c'est l'ultragauche qui était à la manœuvre" lors de cette agression.

Le procureur de Lyon, Thierry Dran, doit tenir une conférence de presse lundi à 16 h. Dimanche, le parquet avait fait état de "plusieurs témoignages significatifs" recueillis par la police dans cette enquête ouverte pour "coups mortels aggravés" et "violences aggravées", et qui "s'oriente à présent sur l'identification des auteurs directs des violences correctionnelles et criminelles".

Selon une source proche du dossier, il y a eu "une bataille rangée entre des membres de l'ultragauche et de l'ultradroite" dans les rues avoisinantes de l'établissement. C'est dans ce cadre que le jeune étudiant a été roué de coups peu après 18 h, selon elle.

Gérald Darmanin et Laurent Nunez pointent du doigt LFI et la Jeune Garde

"Aujourd'hui, c'est l'ultragauche qui a tué, c'est incontestable", a affirmé dimanche en milieu de journée le ministre de la Justice Gérald Darmanin, dans l’émission Le Grand Jury RTL/Public Sénat/Le Figaro/M6, faisant dans la foulée un lien avec LFI.

"Il y a en effet des discours politiques, notamment ceux de La France insoumise et de l'ultragauche, qui mènent malheureusement (...) à une violence très débridée sur les réseaux sociaux, une violence extrême sur les réseaux sociaux et dans le monde physique", a-t-il développé, pointant une "complaisance de La France insoumise (...) pour la violence politique".

"Au commencement était le verbe. Mais les mots peuvent tuer. Des esprits simples, des esprits radicalisés peuvent utiliser ces mots pour intervenir dans le champ physique et assassiner, violenter, menacer", a-t-il estimé.

De son côté, après avoir affirmé que "l’ultragauche était à la manœuvre", le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a évoqué la possible implication du groupe antifasciste Jeune Garde. "L'enquête permettra de confirmer ou pas si c'étaient des militants de la Jeune Garde. Mais les témoignages vont en ce sens manifestement", a-t-il déclaré au 20 h de France 2.

Créée en 2018, la Jeune Garde se présentait comme une réaction d'autodéfense face à des mouvances d'extrême droite particulièrement violentes et prospères à Lyon, dont le mouvement néofasciste Bastion social. Un réseau de groupes locaux de la Jeune Garde assez indépendants a ensuite essaimé dans plusieurs villes, dont Paris, Strasbourg, Lille ou encore Montpellier. L’association a été dissoute en juin 2025 en Conseil des ministres, le gouvernement l'accusant de "provoquer à des agissements violents contre les personnes, provocations bien souvent suivies d'effets". La Jeune Garde a introduit un recours en annulation contre le décret de dissolution devant le Conseil d'État, qui ne s'est pas encore prononcé.

Auparavant, d'autres responsables politiques, dont Marine Le Pen, Bruno Retailleau ou Gabriel Attal, avaient fait le lien entre La France insoumise et le décès du jeune Quentin.

Quels sont les liens entre LFI, la Jeune Garde et l’agression de Quentin ?

Cofondateur de la Jeune Garde, Raphaël Arnault a été élu député La France insoumise en 2024 dans le Vaucluse. L’un de ses assistants parlementaires, Jacques-Élie Favrot, est directement mis en cause par plusieurs témoins dans l’agression mortelle du jeune militant nationaliste.

"Je ne peux pas vous le confirmer. Il n'y a que le parquet qui peut le faire. Mais de ce que je comprends, il y a de nombreux témoignages, notamment de militants de la partie adverse, qui le disent. Les investigations sont en cours", a déclaré lundi matin le ministre de l'Intérieur Laurent Nunez sur France Inter.

Dimanche, Jacques-Élie Favrot a indiqué par l'intermédiaire de son avocat, Me Bertrand Sayn, "dément(ir) formellement être responsable de ce drame". Il s'est déclaré "menacé de mort par l'extrême droite dans tout le pays et en Europe". Il a également annoncé se retirer de ses fonctions de collaborateur "durant le temps de l'enquête" et se tenir "à la disposition de la justice afin de faire la lumière sur ce drame", avait précisé Me Sayn. Son accès au Palais Bourbon a été suspendu lundi par la présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet.

Le député LFI Raphaël Arnault a lui exprimé samedi "horreur et dégoût" après l'annonce de la mort de l'étudiant de 23 ans, et dit sur X souhaiter que "toute la lumière soit faite".

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"La Jeune Garde ayant suspendu toutes ses activités dans l'attente d'une décision du Conseil d'État, elle ne saurait être tenue pour responsable des tragiques événements ayant eu lieu à Lyon" jeudi, a réagi le groupe antifasciste dans un communiqué signé de son avocate, Me Aïnoha Pascual.

"Nous n'avons rien à voir avec cette histoire et ceux qui nous accusent sont des calomniateurs", a réagi de son côté Jean-Luc Mélenchon lors d'un meeting, dimanche, à Montpellier. "Nous exprimons notre sidération, mais aussi notre empathie et notre compassion pour la famille, pour les proches", a-t-il ajouté, soulignant avoir "dit des dizaines de fois que nous étions hostiles et opposés à la violence".

Un message martelé un peu plus tôt par ses lieutenants. "La France insoumise ne porte aucune responsabilité" dans ce drame, a ainsi affirmé dimanche Manuel Bompard sur LCI, certifiant que les membres du service d'ordre présents avec Rima Hassan "n'ont eu aucun contact avec aucun des groupes qui se trouvaient à l'extérieur".

Avec AFP