
Le bilan d'Anne Hidalgo en matière de propreté et les attaques dont elle a été la cible via la campagne #SaccageParis sur les réseaux sociaux vont peser lors des municipales 2026. © Studio graphique, FMM
Paris, une capitale devenue insalubre à cause de la gauche ? C'est l'idée que les promoteurs du hashtag #SaccageParis sont parvenus à viraliser sur les réseaux sociaux ces dernières années. Ciblant la gestion d'Anne Hidalgo depuis cinq ans, ce mouvement a fait de la propreté de Paris l'un des principaux thèmes de campagne dans la capitale.
Invité de la matinale de TF1 le 16 janvier, le socialiste Emmanuel Grégoire, ancien premier adjoint d'Anne Hidalgo, a ainsi dû répondre à une question portant sur la propreté et le bilan de la maire sortante.
"Bien sûr qu'il y a des ratés, il y a toujours des ratés. On ne fait jamais les choses parfaitement. (...) Je pense qu'en matière d'entretien d'espace public, de propreté, on peut encore améliorer les choses", a été contraint de reconnaître le candidat, qui a bien conscience que ses adversaires politiques utilisent depuis longtemps les critiques de #SaccageParis à leur avantage.
C'est là toute la force de ce mouvement né en ligne en mars 2021 et devenu viral en quelques semaines grâce aux forces conjointes de simples citoyens.
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Accepter Gérer mes choix"Il existait depuis longtemps des critiques d'Anne Hidalgo qui tweetaient chacun dans leur coin. Mais le compte Twitter (devenu X depuis, NDLR) PanamePropre a lancé le hashtag #SaccageParis en incitant les autres micro-blogueurs à le reprendre. Leur initiative a rapidement pris et leur hashtag est devenu un acteur à part entière de la politique parisienne", raconte Antoine Sander, chercheur en sciences politiques à l'Université de Cambridge et auteur d'une thèse en partie consacrée à ce mouvement citoyen.
Des milliers de tweets sont publiés au printemps 2021. Ils dénoncent "l'enlaidissement de Paris", son "état de délabrement généralisé" ou encore "l'encrassement" de la ville. Au point d'être repris par l'opposition lors du week-end de Pâques 2021, à l'image de Rachida Dati qui évoque alors sur Twitter des "images accablantes", affirmant qu'il "est temps que Mme Hidalgo et ses alliés ouvrent les yeux sur le déclin de Paris", ou même de Marine Le Pen, pourtant éloignée des débats du Conseil de Paris, qui affirme que "les milliers d'images partagées avec le hashtag #SaccageParis brisent le cœur des amoureux de Paris".
"L'impact du mouvement a été assez rapide"
La mairie de Paris comprend rapidement qu'elle a un problème et publie dans la foulée une réponse défendant le travail de ses agents de la propreté. Mais au sein de l'équipe d'Anne Hidalgo, les publications #SaccageParis sont désormais scrutées.
"L'impact du mouvement a été assez rapide en contribuant à changer les décisions prises sur les nouveaux aménagements de la ville. Par exemple, le banc Mikado a été délaissé au profit d'un retour du banc Davioud, qui est emblématique du mobilier parisien. Et quand on lit le 'Manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne' publié par la Ville de Paris à l'été 2021, il est difficile de ne pas y voir l'influence de l'action de #SaccageParis", affirme Antoine Sander.
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Accepter Gérer mes choixMême si le mouvement reste relativement méconnu de la majorité des Parisiens, il a en partie structuré les thèmes de campagne de la droite et de l'extrême droite, qui reprennent ses éléments de langage.
"La gauche a saccagé la place de la République. Avec votre argent ! Des millions dilapidés pour une immense dalle de béton qui se dégrade de jour en jour et qui en fait le plus grand îlot de chaleur de Paris !", pouvait-on ainsi lire sur une vidéo Instagram de Rachida Dati (Les Républicains) publiée le 28 janvier et dans laquelle elle se met en scène sur cette place de l'est parisien.
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Accepter Gérer mes choixLa propreté est d'ailleurs devenue la première thématique de campagne de la ministre de la Culture et maire du 7e arrondissement. "Je rendrai Paris propre 24h/24, 7j/7. Dès mon arrivée, je réorganiserai les services, créerai des brigades d'intervention rapide et ferai sanctionner les incivilités par la police municipale. Nous moderniserons nos équipements et mènerons un plan ambitieux contre les rats. La propreté, c'est la dignité de Paris et votre qualité de vie", peut-on notamment lire sur son site de campagne.
De la propreté à l'insécurité
Une autre vidéo, publiée le 15 décembre, la montre en train de déambuler et d'échanger avec des commerçants et des habitants du quartier Château Rouge, dans le 18e arrondissement, en déplorant l'état des rues et la multiplication des incivilités. "La rue est encombrée, c'est sale et il y a un problème d'hygiène", assène-t-elle, avant d'ajouter quelques secondes plus tard "l'insécurité" à la liste des problèmes.
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Accepter Gérer mes choixLes initiateurs du hashtag n'en ont toutefois pas le monopole. Le compte X @SaccageParis, créé dès avril 2021 et qui compte plus de 25 000 abonnés, contre 16 000 pour @PanamePropre, appelle de son côté clairement à voter pour la candidate d'extrême droite Sarah Knafo (Reconquête).
Et quand Rachida Dati joue sur les non-dits en évoquant hygiène et insécurité dans un quartier caractérisé par une forte présence d'immigrés africains, les soutiens de Sarah Knafo ne s'embêtent pas avec de telles subtilités, l'essentiel de leurs publications déplorant la présence d'étrangers.
"Le mouvement #SaccageParis est clairement structuré par un imaginaire et des thématiques liées à la droite et il a, dès le départ, été animé par une tension entre ses fondateurs qui sont plutôt du centre-droit et une autre partie du mouvement qui est d'extrême droite. Le compte @SaccageParis a toujours été dénoncé par les comptes fondateurs, mais ils ne peuvent pas lui interdire l'usage du hashtag. C'est tout le problème d'un mouvement nébuleux qui peut agréger beaucoup de monde mais qui n'est pas structuré et ne peut définir une ligne officielle", analyse Antoine Sander.
Une chose est sûre, #SaccageParis ne bénéficie pas à la gauche. Mais celle-ci, qui préfère axer sa campagne sur l'accès au logement ou à la santé, peut toutefois se rassurer : avant Anne Hidalgo, et même si les réseaux sociaux n'existaient pas encore ou avaient une moindre importance, Bertrand Delanoë (maire de 2001 à 2014), Jean Tiberi (maire de 1995 à 2001) et Jacques Chirac (maire de 1977 à 1995) avaient eux aussi subi des attaques similaires.
