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Terres rares : comment les États-Unis tentent de combler leur retard face à la Chine ?
Bloc commercial, réserve stratégique, accords bilatéraux… Depuis son retour à la Maison Blanche, Donald Trump multiplie les initiatives pour renforcer l’approvisionnement des États-Unis en terres rares et réduire la dépendance face à la Chine. Une course effrénée qui se heurte néanmoins à des problèmes structurels.
Un technicien de MP Materials, la principale entreprise américaine de terres rares, en plein travail à l'usine "Independence" de Fort Worth, au Texas. © Business Wire

Dans sa guerre commerciale face à la Chine, Donald Trump appelle ses "alliés" à la rescousse. Les États-Unis ont dévoilé un accord sur le commerce des minerais critiques, dont l’objectif est d’imposer à la Chine des prix planchers coordonnées. Cette initiative inclue 55 nations parmi lesquelles se trouvent ceux de l’UE, l’Australie, le Japon, l’Inde ainsi que plusieurs pays africains dont la République Démocratique du Congo. Elle a été annoncé mercredi 4 février par le vice-président J.D. Vance, en présence des ministres étrangers concernés.

Il vise à garantir l'approvisionnement de matériaux stratégiques et en particulier de terres rares, un groupe de 17 métaux cruciaux dans les secteurs technologiques et la transition énergétique.

Deux jours plus tôt, Donald Trump dévoilait quant à lui le Project Vault (projet coffre-fort), une réserve stratégique, financée à hauteur de 12 milliards de dollars. Un stock de terres rares, de nickel, de cobalt et de graphite pour protéger l'industrie américaine, notamment dans le domaine de la défense.

Levier stratégique

Ces projets s’inscrivent dans la stratégie du président américain de réduire la dépendance des États-Unis envers la Chine. "Je pense que beaucoup d'entre nous ont appris à leurs dépens (…) au cours de l'année dernière, à quel point nos économies dépendent de ces minéraux essentiels", déclarait mercredi J.D. Vance.

En octobre, Donald Trump avait été forcé de faire des concessions, diminuant les droits de douane et levant les surcoûts portuaires imposés aux produits chinois, face à la menace de Pékin de réduire ses exportations de terres rares. Un levier également utilisé par la Chine contre le Japon, quand, en janvier, Pékin y a restreint ses exportations après les propos de la Première ministre sur une possible défense collective à Taïwan.

Extractions massives et accords internationaux

Pour se protéger, les États-Unis ont entrepris de relancer massivement l’extraction sur leur propre sol. En janvier 2018, ils ont rouvert la mine de Mountain Pass, en Californie. Mise en difficulté par la concurrence chinoise, celle-ci avait fermé en 2002 après plusieurs scandales environnementaux.

En quelques années, elle est devenue le deuxième site de production au monde avec 45 000 tonnes d'oxydes de terres rares extraites annuellement, soit 12 % de la production mondiale.

En parallèle, Donald Trump tente d’étendre son emprise sur les stocks mondiaux, en multipliant les "deals". Après l’Ukraine et la RD Congo, où il a monnayé l’aide militaire contre un accès prioritaire aux matériaux critiques, le président américain a jeté son dévolu sur le Groenland et ses vastes gisements inexploités.

Donald Trump compte également s’approvisionner dans les fonds marins du Pacifique, via un accord d'exploration minière signé en août 2025 avec les îles Cook. Cet archipel polynésien de 240 km² est assis sur un véritable trésor : une zone économique exclusive immergée de 2 millions km² riche en nodules polymétalliques (cobalt, nickel, terres rares). Un patrimoine écologique unique aujourd’hui menacé par la course aux métaux critiques.

Problème du raffinage

Pour sécuriser l’approvisionnement, les États-Unis misent sur deux piliers. D'un côté l'accélération de la production nationale, grâce notamment à l’ouverture de nouvelles mines, au Wyoming (2025) et au Texas (2028).

De l'autre, la diversification au maximum les fournisseurs, pour réduire les risques de pénuries. Le projet Vault vise quant à lui a constituer un stock tampon correspondant à deux mois de consommation industrielle en cas de crise.

Un plan bien rodé mais qui ne suffira pas à se défaire de la dépendance à la Chine, qui représente plus de 60 % de la production mondiale mais aussi et surtout, 90 % du raffinage, le processus chimique complexe qui permet de séparer les terres rares. Cette étape essentielle, mais extrêmement polluante, a été très fortement limitée en Occident à la fin du XXe siècle et délocalisée pour des considérations financières et environnementales.

Résultat : une fois extraites, la plupart des terres rares américaines partent aujourd’hui en Chine. Seul 10 à 30 % sont raffinées sur place, faute de capacité de traitement suffisante.

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Terres rares : comment les États-Unis tentent de combler leur retard face à la Chine ?
© France 24
06:25

Souveraineté illusoire ?

MP Materials, l’exploitant de la mine de Mountain Pass, ambitionne de créer d’ici 2027 une chaîne de production complète pour le secteur de la défense, permettant la création d’aimants permanents aux terres rares, essentiels aux moteurs de drones, aux missiles guidés ou encore pour la construction des avions de chasse.

Selon l'Agence internationale de l'énergie (IEA), les États-Unis pourraient satisfaire environ 95 % de leur demande domestique en terres rares essentielles aux aimants d'ici 2030.

Mais les besoins en terres rares ne se limitent pas à cet usage : elles en remplissent d’autres dans de nombreux secteurs stratégiques, de l’électronique au médical en passant par la métallurgie, la pétrochimie ou l’automobile. Et leur demande est en progression constante. Même à marche forcée, il faudra plusieurs décennies aux États-Unis pour rompre totalement leur dépendance à la Chine, estiment les experts.

"Pendant très longtemps, les Américains et les Européens ont mis en avant la question écologique en oubliant une chose : sans métaux il n’y a pas de transition énergétique", souligne Michel Fayad, professeur à l'Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFP EN).

Face à la Chine, ils n’ont d’autre choix aujourd’hui que de se "serrer les coudes", poursuit-il, pour protéger leurs industries et tenter de s’affranchir de l’hégémonie chinoise.