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JO 2026 : comment le biathlon français est devenu si fort et si populaire
Lors des JO de Milan-Cortina, l'équipe de France de biathlon ambitionne une moisson historique de médailles qu'elle espère lancer dès le relais mixte de dimanche. En trois décennies, ce "sport de militaire et de douanier" est sorti de l'ombre grâce notamment à l'impact de Martin Fourcade pour devenir le principal pourvoyeur de breloques pour les tricolores.
L'équipe de France de biathlon devrait encore une fois être la principale pourvoyeuse de médailles aux JO 2026 de Milan-Cortina. © Marco Bertorello, AFP

Pour la France, en matière de biathlon, la question n'est pas de savoir "si" mais "combien de médailles" la délégation de biathlètes tricolores ramènera des JO de Milan-Cortina ? Car, si depuis 2006, la France des JO d'hiver reste dans le top 10 du tableau des médailles, c'est en grande partie grâce à cette discipline, locomotive de l'olympisme français hivernal.

En 2022, lors des Jeux de Pékin, les biathlètes tricolores en ont ramené sept, avec un quintuplé pour Quentin Fillon Maillet, dont deux sacres (individuel et poursuite). Et depuis la dernière olympiade, "QFM" en 2022 et Julia Simon en 2023 ont remporté chacun le gros globe de cristal, trophée remis au lauréat de la Coupe du monde, et des razzias historiques ont été réalisées aux mondiaux en 2024 et 2025 - 13 médailles dont 6 titres à chaque édition.

Albertville 1992, ligne de départ du biathlon français

Avant d'en arriver là, le biathlon français est parti de rien, de l'anonymat le plus total : "À l'époque, ceux qui font du biathlon, ce sont les losers du ski de fond. Ce sont ceux qui ne vont pas assez vite qui essaient de faire une carrière là-dedans", dit en souriant Florence Baverel, championne olympique 2006 dans le documentaire "Biathlon, une histoire de France".

Et ce sont les femmes qui ont ouvert la voie. À l'époque, le sport ne compte que sept licenciées dans l'Hexagone. Pourtant, aux Saisies, lors des JO d'Albertville en 1992, devant une nation médusée qui découvre ce sport étrange, Corinne Niogret, Véronique Claudel et Anne Briand offrent à la France la première médaille d’or olympique de son histoire en biathlon.

"C'est le point de bascule. Le fait que le biathlon claque une médaille d'or lors des Jeux en France, ça a sorti le biathlon de l'anonymat. Tout le monde savait désormais ce qu'était le biathlon", se remémore l'ancien coach du tir français Siegfried Mazet, dans le même documentaire.

Raphaël Poirée, le premier champion

C'est le déclic. Deux ans plus tard, à Lillehammer, lors des JO 1994, le biathlon français double la mise en termes de nombre de médailles. L'année suivante, lors des mondiaux d'Antholz-Anterselva, la France se retrouve pour la première fois en tête du classement des médailles. Le début d'une constance impressionnante dans la discipline, à l'exception de très rares passages à vide comme les JO de Nagano 1998 où la délégation tricolore repart bredouille.

Au déclic d'Albertville en succèdera un autre. Son nom ? Raphaël Poirée. Au début des années 2000, il émerge comme le grand champion français et se taille un des plus riches palmarès de la discipline : quatre gros globes de cristal (2000, 2001, 2002, 2004), 10 petits et huit titres de champion du monde…

"Raphaël Poirée fait passer un premier cap au biathlon. Il a montré qu'il n'y avait pas besoin d'être Allemand ou Norvégien pour gagner. Il a été le premier à rivaliser avec eux en temps de ski", se souvient Loïs Habert, ancien biathlète, consultant sur Eurosport. "On avait un blocage mental. On ne pensait pas pouvoir faire aussi bien qu'eux et il a démontré l'inverse."

Malgré l'immense statut de Raphaël Poirée au sein du biathlon, ce dernier ne décrochera jamais le titre olympique, seul manque dans sa carrière. En 2006, à Turin, l'honneur reviendra aux outsiders Vincent Defrasne et Florence Baverel-Robert. Mais entre ces deux exploits et l'immense palmarès de Raphaël Poirée, l'histoire d'amour commence entre le public français et la discipline digne d'un film d'action.

Martin Fourcade, le géant

Martin Fourcade prend la relève de Raphaël Poirée au début des années 2010 et propulse l’intérêt pour le biathlon en France dans une autre dimension. Pour son incroyable palmarès, sa domination sans partage et ses engagements en dehors du biathlon, le Catalan est devenu l’un des plus grands sportifs français de l’histoire.

Son palmarès est hors norme : sept gros globes de cristal consécutifs entre 2012 et 2018 (26 au total), 83 victoires en Coupe du monde (soit le double de son aîné Raphaël Poirée), onze titres mondiaux et six titres olympiques : une première médaille d'or conquise à Sotchi en 2014, les quatre suivantes à PyeongChang en 2018 et une sixième récupérée sur tapis vert après la disqualification pour dopage d'Evgueni Oustiougov qui avait terminé devant lui en 2010.

De quoi créer une "Fourcademania" en France. Il a longtemps été considéré comme l’un des athlètes préférés des Français. En 2014, la Fédération française de ski (FFS) ne comptait que 350 licenciés en compétition et autour de 5 000 pratiquants. En 2020, lors de la retraite du géant, ils étaient 750 licenciés en compétition et 20 000 pratiquants à travers la France.

Et au-delà de ses victoires individuelles, Martin Fourcade fédère l'équipe de France autour de lui, là où Raphael Poirée était davantage solitaire. Inspiré par leur aîné, la relève se construit dans son ombre, à l'image de Quentin Fillon Maillet et Émilien Jacquelin. De quoi éviter un vide post-Fourcade.

L'impact de la diffusion en clair en France

Et en plus de tout gagner, Martin Fourcade va tout faire pour que son sport devienne populaire : "C'est un travail de fond pour intéresser les médias à notre sport. Il fallait attirer le regard vers le biathlon", explique l'intéressé dans le documentaire "Biathlon, une histoire de France".

Avec un extraterrestre qui enchaîne les performances et bat les records de sa discipline, c'est souvent plus facile de ramener des médias. En 2016, l'achat des droits de retransmission par la chaîne l'Équipe fait figure de date clé. Depuis cette année-là, le biathlon est donc retransmis en intégralité et en clair à la télé française.

Il faut dire que le biathlon coche beaucoup de cases pour être un produit télégénique. Tirer sur des skis, le principe est spectaculaire et digne d'une scène d'ouverture d'un James Bond. Les courses sont plutôt courtes. Et les actions limpides à déchiffrer pour le profane.

Sport facile à regarder, français qui performent et diffusion gratuite… Le cercle vertueux est en place. Le succès est immédiat. Sur la dernière saison en 2025, la chaîne l'Équipe se vantait d'une moyenne d'un million de téléspectateurs. Ils devraient être encore plus nombreux pendant les JO à admirer les exploits de Quentin Fillon Maillet et Julia Simon ainsi que la dense relève qui se profile, Lou Jeanmonnot et Éric Perrot, inspirés par ces aînés qu'ils ont vu tout gagner à la télé.