
Plusieurs noms de personnalités africaines sont cités dans les plus de trois millions de documents publiés par le ministère américain de la Justice. © Jonathan Raa, Sipa USA via Reuters
Précision : aucune charge ne pèse contre les personnes mentionnées dans cet article. La présence de leur nom dans les documents publiés par le ministère américain de la Justice n'implique de leur part aucun acte répréhensible.
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Karim Wade, "l'une des figures les plus importantes d'Afrique de l'Ouest"
Le fils de l’ex-président du Sénégal (2000-2012) Abdoulaye Wade est cité plus de 500 fois dans le dossier Epstein. Des échanges présumés avec Jeffrey Epstein remontent au début des années 2010, alors que Karim Wade cumule les ministères de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l'Énergie.
Dans l’un d’eux, le 17 novembre 2010, le financier américain émet des hypothèses d’investissements au Sénégal pour les années à venir : "Je pense que vous devez envisager les nouvelles technologies pour les cinq à dix prochaines années. Les jeux d'argent sur Internet, les serveurs qui permettent aux gens de ‘faire des affaires’ au Sénégal sans avoir à s'y rendre", écrit Jeffrey Epstein, qui aurait vraisemblablement rencontré Karim Wade deux jours avant, selon le document disponible en ligne.
À la fin du second mandat d'Abdoulaye Wade, Macky Sall est élu président du Sénégal en 2012. L’année suivante, Karim Wade est arrêté, détenu trois ans après avoir été soupçonné d'enrichissement illicite, avant de recevoir une grâce présidentielle. Malgré ses ennuis judiciaires, Jeffrey Epstein semble encore le considérer comme une figure importante de la politique en Afrique de l’Ouest.
C’est en tout cas la teneur d’un échange qu’il a, le 29 novembre 2016, avec Larry Summers, ex-ministre américain des Finances sous Bill Clinton. "Qui est le type avec qui tu m'as arrangé un rendez-vous ?", demande à Epstein celui qui a aussi été président de l’université Harvard dans les années 2000, à propos de Karim Wade.
"Il est très instruit et l'une des figures les plus importantes d'Afrique de l'Ouest", répond le criminel sexuel. "Cependant, pour être tout à fait honnête, il a été emprisonné afin de l'empêcher de se présenter contre le président actuel. Il se trouve actuellement au Qatar, où il attend son retour au pouvoir, qui est presque garanti." En 2019 et en 2024, Karim Wade tentera de se présenter à la présidentielle sénégalaise, mais sa candidature sera invalidée à chaque fois.
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Le Zimbabwe de Robert Mugabe vu comme "terrain d’expérimentation"
L’ex-président du Zimbabwe Robert Mugabe (1987-2017), mort en 2019, est cité une trentaine de fois dans les documents concernant Jeffrey Epstein. Le leader de l'indépendance du Zimbabwe en 1980, devenu ensuite despote dans son pays, a été le sujet d’un échange de mails entre le financier américain et l’entrepreneur japonais Joichi (Joy) Ito, comme l’a relevé la BBC.
Le 12 juin 2015, Jeffrey Epstein envoie un article du journal The Guardian à Joi Ito au sujet de la dévaluation de la monnaie du Zimbabwe. Le sujet de l’échange entre les deux hommes ? "Terres fertiles à explorer", ce qui explique que peu après le financier américain propose à son destinataire : "Nous devrions approcher (Robert Mugabe, NDLR) et lui proposer une nouvelle monnaie / économie." "Vous êtes copains ?", relance Joi Ito.
"Non, mais je peux facilement attirer son attention. Le Zimbabwe serait un excellent terrain d’expérimentation, et il paraît que c’est un pays magnifique", répond Jeffrey Epstein. Il n’y a, cependant, pas d’autres traces d’une telle initiative dans les documents publiés par le ministère américain de la Justice.
Joichi Ito a, pour sa part, démissionné de son poste de directeur du centre de recherche Media Lab du prestigieux MIT en 2019. Une annonce qui a eu lieu au lendemain de la publication d’une enquête de The New Yorker pointant les liens financiers entre l’entrepreneur japonais et le criminel sexuel.
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Jacob Zuma : un voyage officiel, une mannequin et un démenti ferme
L’ancien président de l’Afrique du Sud (2009-2018) est mentionné 89 fois dans les trois millions de documents révélés il y a une semaine par le ministère américain de la Justice.
Un échange du 4 mars 2010 retient l’attention. Dans un premier mail, un certain Mark Lloyd, qui se présente comme un ami de Jeffrey Epstein, s’adresse à une femme appelée Vera. "On m'a demandé d'aider à organiser un petit dîner demain soir pour le président Jacob Zuma d'Afrique du Sud à l'hôtel Ritz à 19 h", écrit-il notamment, avant de poursuivre : "Jeffrey m'a suggéré de vous inviter, car vous apporteriez sans aucun doute une touche de glamour à cette soirée."
Le fameux ami d'Epstein termine son message en demandant à Vera son nom complet pour "présenter au président (sud-africain, NDLR) une liste des invités à l’avance" pour ce dîner qui doit avoir lieu à Londres. La femme – dont on ignore l’âge – répond positivement à l’invitation quelques heures plus tard. "Je viens de Russie et je vis à Londres depuis deux ans. (...) Je suis mannequin depuis six ans et j'ai vécu à Paris, New York, Barcelone et au Japon", précise-t-elle notamment dans sa réponse.

La fondation Zuma a fermement démenti tout lien de l’ex-président sud-africain avec Jeffrey Epstein. Son porte-parole, Mzwanele Manyi a rejeté toute implication de Jacob Zuma qualifiant l'interprétation de ces échanges de "construction narrative spéculative déguisée en journalisme d'investigation".
Sherwin Bryce-Pease, un journaliste du média public sud-africain SABC News, a estimé de son côté "très improbable" et "non étayé par des preuves" que Jeffrey Epstein ait pu être à Londres lors de la visite officielle de Jacob Zuma au Royaume-Uni, en mars 2010. Selon Sherwin Bryce-Pease, le pédocriminel américain "avait été libéré de prison le 22 juillet 2009, en probation et assigné à résidence en Floride pendant un an, jusqu'en août 2010."
