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Groenland : qu'est-ce que l'instrument anti-coercition de l'UE évoqué par Emmanuel Macron ?
Face aux menaces de Donald Trump d'imposer de nouveaux droits de douane contre huit pays européens si le Groenland n'est pas "intégralement vendu" aux États-Unis, le président français a évoqué la possibilité pour l'Union européenne d'utiliser un instrument anti-coercition. Explication.

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Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une conférence de presse au sommet européen à Bruxelles, le 19 décembre 2025. © Geert Vanden Wijngaert, AP
05:52

L'instrument anti-coercition de l'Union européenne (UE), dont l'activation a été évoquée par Emmanuel Macron après les menaces de Donald Trump liées au Groenland, est un outil commercial puissant dont le bloc s'est doté en 2023 mais qu'il n'a encore jamais utilisé.

Comparé par certains à un "bazooka" et pensé comme un instrument de dissuasion, il vise à répondre à tout pays qui utiliseraient des armes commerciales pour faire pression sur l'un des 27 États-membres.

Il permet en particulier de limiter les importations provenant d'un pays ou son accès à certains marchés publics et de bloquer certains investissements.

Selon les textes de l'UE, la coercition économique existe lorsqu'un pays tiers "applique ou menace d'appliquer une mesure affectant le commerce ou les investissements" dans le but d'interférer "dans les choix souverains légitimes de l'UE ou d'un État-membre".

Cet instrument "nous permettra de défendre avec plus d'assurance nos droits et intérêts légitimes", soulignait le commissaire européen au Commerce, Valdis Dombrovskis lors de son adoption en juin 2023.

"Arme nucléaire économique"

À l'époque, l'utilisation de cette nouvelle arme avait été envisagée dans le conflit qui opposait la Lituanie à la Chine. Le pays balte accusait Pékin de bloquer ses exportations pour protester contre l'ouverture d'une représentation diplomatique taïwanaise à Vilnius.

Entre-temps, Donald Trump, qui a fait des droits de douane l'une de ses armes favorites, est revenu à la présidence des États-Unis.

Le possible recours a cet instrument a déjà été soulevé au printemps 2025 pour répondre aux droits de douane annoncés par la locataire de la Maison Blanche. Mais les 27 n'étaient pas passé à l'acte, au grand dam de certains eurodéputés et analystes qui avaient mis en garde contre le faible effet dissuasif d'une mesure si elle n'est jamais appliquée.

Les menaces, proférées samedi, d'augmenter les droits de douane contre huit pays européens si le Groenland n'est pas "intégralement vendu" aux États-Unis ont provoqué de très vives réactions parmi les 27 et redonné vigueur à ce débat.

Dans un texte transmis à l'AFP, Valérie Hayer, qui dirige le groupe centriste au Parlement européen (Renew Europe), a réclamé son activation.

"Les États-Unis font un mauvais calcul qui est non seulement dangereux mais qui pourrait être douloureux", a-t-elle écrit. "L'instrument anti-coercition est notre arme nucléaire économique", a-t-elle ajouté.

De nombreuses interrogations

Elle estime que le recours à cet instrument doit être préparé "dans la mesure où il a été conçu précisément pour répondre à des situations d'intimidation économique de cette nature".

Combien de temps faudrait-il pour l’activer ? Quelle serait sa portée exacte ? Beaucoup d'interrogations subsistent dans la mesure où cet instrument n'a jamais été utilisé.

Concrètement, la Commission peut lancer la procédure de sa propre initiative ou à la demande d'un État-membre.

La décision d'activation de cette mesure doit ensuite être approuvée par le Conseil de l'UE à la majorité qualifiée, c'est-à-dire avec le soutien d'au moins 55 % des États-membres représentant au moins 65 % de la population de l'UE.

En cas de feu vert s'ouvre alors une phase de médiation, sans limite de temps, durant laquelle la Commission tentera de convaincre l'État incriminé de faire cesser les mesures contestées.

Faute d'accord, la Commission propose les mesures de ripostes les plus adaptées dans son arsenal.

Avec AFP