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Irak ou Émirats arabes unis : à qui profiterait un retrait de l’Iran à la Coupe du monde ?
Entre les dernières déclarations de la Fédération iranienne de football et Donald Trump qui souffle le chaud et le froid sur l'accueil réservé à la "Team Melli", la présence de l'Iran au Mondial 2026 devient chaque jour un plus incertaine. De quoi offrir une place à l'Irak ou aux Émirats arabes unis ? La Fifa tranchera.
L'Irak et les Émirats arabes unis se sot affrontés en novembre pour une place en barrage intercontinental pour la Coupe du monde 2026. © Fadel Senna, AFP

Un tel scénario serait inédit depuis 1950. Une éternité pour le football et sa grand-messe quadriennale, la Coupe du monde. L'Iran pourrait boycotter le Mondial 2026, coorganisé par le Mexique, le Canada et les États-Unis. C'est dans ce dernier pays que doit avoir lieu les trois premiers matches de la "Team Melli" en juin 2026. C'est aussi ce pays, conjointement avec Israël, qui a déclenché le 28 février une guerre contre l'Iran, qui s’est depuis étendue à l’ensemble du Moyen-Orient.

L'Iran : boycottera ou pas ?

Le ministre des Sports iranien, Ahmad Doyanmali, a déclaré mercredi à la télévision iranienne que "compte tenu" des frappes israélo-américaines sur son pays, les conditions de sécurité entourant la "Team Melli" n'étaient pas réunies pour une participation à la compétition.

Les joueurs "ne seront absolument pas en sécurité", a-t-il affirmé, expliquant que "compte tenu des actions néfastes des États-Unis, il nous est impossible de participer à ce tournoi".

Quelques heures après le début des bombardements, le président de la Fédération iranienne, Mehdi Taj, avait aussi brandi l'hypothèse du boycott, tout en précisant que le dernier mot reviendrait aux "autorités sportives" du pays. "Ces événements ne resteront pas sans réponse (...). Mais ce qui est sûr, à l'heure actuelle, c'est qu'avec cette attaque et cette cruauté, on ne peut pas envisager avec espoir la Coupe du monde", avait-il déclaré.

Cependant, un message posté sur le compte Instagram de l'équipe et repris par le sélectionneur iranien Amir Ghalenoei sur son propre compte laisse poindre une envie des joueurs de disputer le Mondial :

"La Coupe du monde est un événement historique et international et son organe directeur est la Fifa, non un individu ou un pays. L'équipe nationale d'Iran, avec force et une série de victoires décisives, a été parmi les premières équipes à se qualifier pour cet événement majeur. Personne ne peut exclure l'équipe nationale d'Iran de la Coupe du monde ; le seul pays qui pourrait être exclu est celui qui porte le titre d''hôte'", écrit ainsi l'équipe nationale d'Iran sur son compte officiel.

Irak ou Émirats arabes unis : à qui profiterait un retrait de l’Iran à la Coupe du monde ?
Le message de la sélection iranienne sur le Mondial 2026. © Capture d'écran Instagram

Trump souffle le chaud et le froid

Cette publication répond implicitement à un post de Donald Trump, publiée plus tôt sur son réseau Truth Social, affirmant que l'Iran ne devrait pas participer au Mondial pour sa propre "sécurité".

"L'équipe nationale d'Iran est la bienvenue à la Coupe du monde, mais je ne pense vraiment pas que la présence des joueurs soit appropriée, pour leur propre vie et sécurité", avait écrit Donald Trump au 13ᵉ jour de la guerre au Moyen-Orient.

Irak ou Émirats arabes unis : à qui profiterait un retrait de l’Iran à la Coupe du monde ?
Donald Trump souffle le chaud et le froid sur la présence de l'Iran à la Coupe du monde. © Capture d'écran Truth Social

Gianni Infantino, le président de la Fifa, avait pourtant assuré mercredi que le milliardaire américain lui avait promis, lors d'un entretien la veille à Washington, d'accueillir la sélection : "Au cours de nos échanges, le président Trump a réaffirmé que l'équipe iranienne était bien entendu la bienvenue pour disputer le tournoi aux États-Unis". La Maison Blanche avait confirmé ses propos.

La Fifa a la latitude de trancher… et de sanctionner

Pour tout retrait, l'article 6 du règlement de la Coupe du monde prévoit une série de sanctions financières. Il stipule également que la FIFA serait libre de faire appel à la nation de son choix pour combler la place laissée vacante, en l’occurrence celle de l'Iran.

"Il n'existe aucun précédent moderne à ce sujet et, selon le règlement du tournoi de la Fifa, celle-ci a toute latitude pour faire ce qu'elle veut en cas de retrait d'une équipe", a expliqué à Reuters James Kitching, ancien directeur de la réglementation du football à la Fifa. "Cela signifie, par exemple, qu'une équipe qui se retire ne serait pas nécessairement remplacée par une équipe de la même confédération, ni même remplacée du tout."

"Le règlement du tournoi prévoit également des sanctions disciplinaires pour toute fédération dont l'équipe se retire. Cependant, si l'Iran se retirait pour une raison liée au conflit actuel, je doute que la Fifa impose des sanctions compte tenu des circonstances", a-t-il ajouté.

Le voisin irakien voudrait être fixé sur son sort

L'hypothèse la plus probable resterait que la Fifa se tourne vers une équipe issue de la même confédération que l'Iran pour remplacer la "Team Melli".

À ce titre, l'Irak fait figure de candidat crédible. Le voisin de l'Iran n'est pas encore éliminé sportivement de la course au Mondial et doit disputer au Mexique à la fin du mois de mars la finale des barrages intercontinentaux contre le vainqueur du match qui opposera la Bolivie et le Suriname.

Frappé quotidiennement par des attaques attribuées à l’Iran, l'Irak craint de ne pas pouvoir faire venir les joueurs et le staff au Mexique en raison des restrictions de déplacement au Moyen-Orient. Le sélectionneur Graham Arnold a proposé à la Fifa de reporter ce match à une date plus proche de la phase finale dans un souci d'équité, ce qui laisserait également le temps à la situation iranienne d'évoluer.

Des diplomates mexicains ont également proposé à l'encadrement irakien d'affréter des bus pour la Turquie, d’où la sélection s'envolerait pour Mexico. Pour l'instant, l'équipe d'Irak n'a pas accepté cette option.

Les Émirats arabes unis à l'affût

Une autre sélection asiatique guette de près les développements, celle des Émirats arabes unis. Éliminés sportivement par l'Irak en finale des barrages asiatiques, ils se verraient bien en invités de dernière minute à la grande fête de la Coupe du monde.

Ces derniers espèrent que l'Iran annoncera au plus vite sa décision de renoncer. Dans un jeu de chaises musicales, ils verraient d'un bon œil que les Irakiens prennent la place iranienne et eux, la place de finaliste des barrages intercontinentaux.

Problème : le timing. Avec une finale des barrages intercontinentaux fixée au 31 mars, le temps joue contre les Émirats… eux-mêmes ciblés par la riposte de la République islamique dans le Golfe.