
Donald Trump doit se rendre à Pékin à partir de mercredi pour le premier face à face avec Xi Jinping en Chine depuis 2017. © Studio graphique France Médias Monde
En 2017, Donald Trump avait eu droit à un accueil en grande pompe avec une visite guidée de la Cité interdite par Xi Jinping en personne. Le président chinois l’avait même invité à dîner dans l’enceinte du prestigieux complexe historique.
Rien de tel cette année. Le grand retour à Pékin du président américain pour un sommet avec son homologue chinois du jeudi 13 au vendredi 14 mai se fera a priori sans le même faste et décorum qu’il y a neuf ans.
Point de bascule des relations sino-américaines ?
Il faut dire que les relations entre les deux superpuissances sont encore plus tendues qu’en 2017. Le menu des sujets qui devraient être abordés recouvre peu ou prou tous les grands désordres mondiaux actuels.
Iran, pétrole, droits de douane et conflit commercial, Taïwan, impact de l’intelligence artificielle et rivalité technologique… Sur chacun de ces points, Donald Trump comme Xi Jinping chercheront à avancer leurs pions, souvent au détriment de l’autre. Le rapport de force entre les deux leaders n’est plus le même qu’en 2017.
À l’époque, Xi Jinping jouait la carte de la gloire passée de la Chine pour impressionner son invité américain. Cette fois-ci, "il est question de domination mondiale future et non plus de majesté ancienne", écrit le New York Times, mardi 12 mai.
"L’un des enjeux centraux de ce sommet sera de voir si ce sommet marquera le point de bascule dans la relation sino-américaine. Il se présente en tout cas comme l’un des sommets les plus déséquilibrés entre les deux pays depuis longtemps", juge Marc Lanteigne, spécialiste de la Chine à l’université Arctique de Norvège.
Le président chinois semble disposer de plus d’atouts à la veille de ce sommet. La guerre commerciale que Donald Trump a tenté de (re)lancer peu après son retour à la Maison Blanche en 2025 en imposant des droits de douane de 145 % sur les importations de Chine a fait long feu. Pékin a rapidement ramené l’offensive tarifaire de Washington à un niveau plus acceptable de 30 % en limitant en retour les exportations de terres rares, essentielles pour la plupart des produits technologiques, des smartphones aux batteries pour voitures électriques.
Cet épisode a démontré à Pékin la dépendance des États-Unis à ces matériaux critiques et renforcé le sentiment que "cette mainmise chinoise sur ce commerce leur permet d’avoir un moyen de pression sur tout le monde, y compris Washington", confirme Patrick Nicchiarelli, spécialiste de la Chine à l’International Team for the Study of Security (ITSS) Verona.
Nul doute que l’ombre d’un chantage aux terres rares planera sur les négociations entre Donald Trump et Xi Jinping, malgré "les efforts entrepris par Washington pour multiplier les accords avec d’autres pays qui disposent de ces ressources afin de réduire leur dépendance", souligne Patrick Nicchiarelli.
L'ombre de la guerre en Iran
À cet égard, les États-Unis se sont même tiré une balle dans le pied avec la guerre au Moyen-Orient. "Les conflits récents ont considérablement réduit les stocks d’armes, ce qui a créé un besoin de réapprovisionnement. Malheureusement pour Washington, l’armement moderne requiert également des terres rares", analyse l’expert de l’ITSS Verona.
Problème d’armement ou non, "Donald Trump aurait de toute façon préféré rencontrer son homologue chinois sans être toujours en guerre", assure Marc Lanteigne. À l’origine prévu en mars, ce sommet avait été reporté par Washington en raison du conflit au Moyen-Orient, justement.
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La guerre "a terni l’image des États-Unis, qui apparaissent comme responsables de l’instabilité énergétique mondiale, et a porté un coup à son influence en créant davantage de dissensions entre Washington et ses alliés européens", explique Zeno Léoni, spécialiste des relations entre la Chine et les États-Unis au King’s College de Londres. En face, la Chine "apparaît comme relativement stable et prévisible", poursuit cet expert.
Plus généralement, la politique étrangère agressive de l’administration Trump – arrestation du président vénézuélien Nicolas Maduro, pression sur le Groenland, critiques des institutions internationales comme l’Otan – a renforcé l’aura chinoise auprès de plusieurs pays, notamment en Asie, soulignent les experts interrogés par France 24. De quoi faire de Xi Jinping "l’adulte responsable" lors des négociations à qui on peut faire davantage confiance. "Ce qui est ironique quand on sait qu’auparavant, on se tournait plutôt vers les États-Unis dans leur rôle de gendarme du monde", souligne Patrick Nicchiarelli.
Donald Trump n’arrive cependant pas les mains vides à Pékin. "La puissance militaire américaine et sa force de frappe financière grâce au dollar demeurent des avantages non négligeables", souligne Zeno Léoni.
Les PDG à la rescousse
Le président américain sera également accompagné d’une douzaine de PDG de grands groupes, tels qu’Elon Musk (Tesla et SpaceX), Tim Cook (Apple) ou encore des responsables de Meta, Boeing, et Goldman Sachs. L’occasion de rappeler que "malgré les réformes économiques, la Chine a encore besoin du marché américain pour sa croissance", affirme Marc Lanteigne.
Reste à savoir ce que ces deux dirigeants vont faire des atouts qu’ils ont en main. Pour le président des États-Unis, le salut passe par l’économie. Avec une guerre au Moyen-Orient très impopulaire et un débat qui fait rage sur le pouvoir d’achat à la peine des Américains, "Donald Trump a besoin de redorer son image et espère pouvoir exhiber des accords commerciaux qu’il aura signés avec Xi Jinping", estime Patrick Nicchiarelli. C’est d’autant plus vital que les élections de mi-mandat américaines de novembre arrivent à grands pas.
Le président américain devrait également tenter d'intimider la Chine pour qu’elle fasse pression à son tour sur son allié iranien afin de débloquer la situation dans le détroit d’Ormuz. Après tout, le blocus en cours ne fait pas les affaires de Pékin, grand consommateur de pétrole iranien.
Mais la grande question sera de savoir jusqu’où la Chine va tenter de pousser son avantage. Pour les experts interrogés, le principal signe de l’ambition chinoise de prendre l’ascendant sur Washington sera la place réservée à la question taïwanaise.
"Pékin est mécontent des livraisons d’armes américaines à Taïwan et voudra les limiter, voire si possible obtenir un droit de veto", estime Marc Lanteigne. Mais Xi Jinping pourrait même demander plus. Il pourrait tenter de négocier un subtil glissement sémantique qui en dirait long. Si à l’issue de ce sommet Washington abandonne son traditionnel crédo, qui est que les États-Unis "ne soutiennent pas l’indépendance de Taïwan", pour une plus brutale "opposition à l’indépendance", Xi Jinping aura décidé de jouer le tout pour le tout et aura gagné.
