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Émirats arabes unis : comment les attaques iraniennes perturbent les positions GPS
Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, de nombreux habitants des Émirats relatent des anecdotes sur les réseaux sociaux où leur téléphone leur a donné une position GPS totalement erronée. Une perturbation liées aux attaques iraniennes sur la région. 
L'écran d'un GPS fixé au tableau de bord d'un véhicule alors que les habitants de Dubaï sont confrontés à des perturbations du service GPS, le 9 mars 2026 au Emirats arabes unis © - / AFP

Localisation qui apparaît dans une ville à des centaines de km ou carrément en mer : de nombreux habitants des Émirats arabes unis voient sur leurs téléphones leur position GPS erronée, en raison de perturbations liées aux attaques iraniennes sur le Golfe.

Ces anomalies sur les applications de navigation sèment la confusion chez les utilisateurs. Des experts interrogés par l'AFP évoquent une technique défensive classique en temps de guerre, visant notamment à parasiter la trajectoire des missiles iraniens.

"L'application a commencé à m'emmener par des chemins bizarres pendant que je conduisais", raconte Hind, une Française résidant à Dubaï, qui s'est perdue avant de retrouver la route principale.

"J'ai commencé à lire les panneaux routiers pour savoir où aller, jusqu'à ce que le GPS se remette à fonctionner au bout de quelques minutes", raconte-t-elle à l'AFP.

Entre ceux lâchés par leur GPS en plein trajet et ceux pour qui un livreur apparaît en pleine mer, les bizarreries de navigation à Dubaï, Abou Dhabi et d'autres émirats sont devenues un sujet de plaisanterie sur les réseaux sociaux.

Les applications de livraison ont elles dû prévenir leurs utilisateurs que la position du conducteur pouvait être inexacte.

Andrew, un livreur de la plateforme Deliveroo originaire d'Ouganda, confirme que ces dysfonctionnements durent depuis plusieurs jours et compliquent son travail à Dubaï.

"Une des livraisons qui aurait dû prendre 10 à 15 minutes m'a demandé 30 minutes. L'application m'indiquait une direction, puis s'arrêtait soudainement", dit-il à l'AFP.

"J'ai essayé de continuer, elle me donnait alors une nouvelle direction, et ainsi de suite jusqu'à ce que finalement j'arrive", relate-t-il.

"Dérégler les drones"

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février, déclenchée par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran, les Émirats ont été visés par plus de 260 missiles balistiques et plus de 1 500 drones, soit plus que leurs voisins.

Émirats arabes unis : comment les attaques iraniennes perturbent les positions GPS
L'écran d'un GPS fixé au tableau de bord d'un véhicule alors que les habitants de Dubaï sont confrontés à des perturbations du service GPS, le 9 mars 2026 aux Emirats arabes unis © - / AFP

Missiles et drones ont visé des bases et des intérêts américains, mais ont aussi touché aéroports, quartiers résidentiels et installations pétrolières.

"Il est probable que les perturbations du signal GPS soient une mesure visant à dérégler les drones et les missiles iraniens", qui peuvent utiliser ces données pour toucher leurs cibles, décrypte Clayton Swope du Centre d'études stratégiques et internationales (CSIS).

Deux options existent : brouiller des données pour compliquer la réception du signal GPS ("jamming") ou détourner le signal pour diriger vers une position erronée ("spoofing"), explique-t-il à l'AFP. Cela peut notamment perturber des munitions guidées de précision.

La perturbation des communications offre aux armées "des avantages stratégiques et tactiques", dit Lisa Dyer, directrice de l'Alliance pour l'innovation du GPS (GPSIA), qui indique que l'Iran utilise aussi cette stratégie.

Des risques "considérables"

Mais cette stratégie présente des risques "considérables pour l'aviation, la navigation maritime et d'autres infrastructures de la région", met en garde Lisa Dyer.

Malgré cela, les États du Golfe font ce choix, jugeant acceptable de perturber la vie quotidienne plutôt que de laisser un missile ou un drone frapper leurs territoires.

Depuis le début de la guerre, un millier de navires dans le Golfe et le Golfe d'Oman, soit la moitié de ceux présents dans ces zones, ont vu à un moment ou à un autre leurs signaux de navigation brouillés, selon Dimitris Ampatzidis, analyste de la société Kpler, qui surveille les mouvements maritimes.

L'immense majorité des navires se trouvent au large des Émirats et d'Oman.

Selon des experts interrogés par l'AFP, le transport est d'autant plus vulnérable que, contrairement aux téléphones portables, il dépend d'une fréquence GPS simple, plus vieille et plus faible.

Comme des livreurs de Dubaï, certains pétroliers apparaissent ainsi à l'écran au plein milieu des Émirats ou de l'Iran, sur la terre ferme...

Avec AFP