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L'Iran visera l'armée américaine et Israël en cas d'intervention des États-Unis, a prévenu dimanche le président du Parlement iranien, alors que Washington a menacé plusieurs fois Téhéran sur fond de manifestations massives. Selon une ONG, le bilan des protestations s'élève désormais à au moins 116 morts, tandis que la coupure d'internet dépasse les 60 heures et que la police iranienne a annoncé d'"importantes" arrestations.
Des manifestants dans les rues de Téhéran, en Iran, le 10 janvier 2026, dans cette image tirée d'une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. AP

Des "cibles légitimes". L'Iran a menacé dimanche 11 janvier Israël ⁠et les bases américaines au Moyen-Orient de représailles en cas d'intervention des États-Unis contre la République islamique en soutien des manifestants qui défient le régime depuis deux semaines.

Le président américain Donald Trump a plusieurs fois menacé ces derniers jours Téhéran de venir en aide aux protestataires en cas de répression trop ​brutale. "L'Iran veut la liberté" et "les États-Unis sont prêts à l'aider", a-t-il écrit sur son réseau Truth Social.

La possibilité d'une intervention américaine ‍a été évoquée lors d'un appel téléphonique entre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le secrétaire d'État américain Marco Rubio, selon une source israélienne ayant assisté à la conversation, et Israël s'est placé en "état ​d'alerte maximale" face à cette possibilité de frappes américaines, ont indiqué trois sources israéliennes.

Israël n'a pour l'heure manifesté publiquement aucune volonté ​d'intervenir. Dans une interview publiée vendredi par The Economist, Benjamin Netanyahu a déclaré qu'une attaque iranienne contre son pays aurait des conséquences terribles. À propos des manifestations, il a ajouté : "Pour le reste, je pense que nous devons observer ce qui se passe à l'intérieur de l'Iran."

Des "cibles légitimes"

Dimanche, le président du Parlement iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, a averti qu'"en cas d'attaque contre l'Iran, les territoires occupés [Israël] et les bases et navires américains seront nos cibles légitimes", mettant en garde les États-Unis contre toute "erreur de calcul".

Les trois sources israéliennes n'ont pas précisé en quoi consistait "l'état d'alerte maximal" en Israël et aucun commentaire officiel n'a pu être obtenu du gouvernement ou de l'armée.

La République islamique est aujourd'hui confrontée à sa plus importante vague de contestation depuis le mouvement "Femme, vie, liberté" de 2022-2023, provoqué par la mort en détention de l'étudiante Mahsa Amini après son arrestation par ‌la police des mœurs pour port d'un voile non conforme.

Les manifestations, lancées le 28 décembre dernier par les commerçants du bazar de Téhéran protestant contre une inflation galopante et la chute du rial, ont pris une tournure politique et se sont ‍étendues à de nombreuses villes de province. Téhéran accuse les États-Unis et Israël de fomenter la révolte.

Pas d'internet depuis plus de 60 heures

Les informations en provenance de la République islamique restent parcellaires en raison de la coupure généralisée d'internet imposée par les autorités, qui dure désormais depuis plus de 60 heures selon l'ONG Netblock, mais des images continuent de sortir du pays.

L'organisation de défense des droits humains HRANA, basée aux États-Unis, a dit avoir recensé à ce jour 116 morts dont 37 membres des forces de sécurité. La télévision d'État iranienne a retransmis les funérailles de certains d'entre eux dans des villes de l'ouest du pays comme Gachsaran et Yasuj.

Une vidéo postée samedi sur les réseaux sociaux, dont Reuters n'a pu vérifier la localisation, a montré de vastes foules rassemblées à la nuit ‍tombée dans le quartier de Punak à Téhéran, frappant en rythme sur un pont ou divers objets métalliques en signe de protestation.

Par ailleurs, la police iranienne a procédé à d’importantes arrestations de figures-clés du mouvement de protestation, a déclaré dimanche le chef de la police nationale.

"Hier soir [samedi soir], d'importantes arrestations ont été effectuées parmi les principaux acteurs des émeutes, qui, si Dieu le veut, seront punis après avoir suivi les procédures légalisées, a déclaré Ahmad Reza Radan à la télévision d’État, sans donner de détails sur le nombre ou l’identité des personnes arrêtées.

Avec Reuters et AFP