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Procès de Tariq Ramadan : la cour criminelle de Paris ordonne une expertise médicale en son absence
La cour criminelle départementale de Paris, qui doit juger Tariq Ramadan pour des viols sur trois femmes, a ordonné lundi une expertise médicale. L'islamologue, hospitalisé à Genève selon ses avocats, était absent à l'ouverture du procès. L'audience reprendra mercredi, avant décision sur un éventuel report.
L'islamologue suisse Tariq Ramadan arrive au tribunal de Genève, le 29 mai 2024. © Fabrice Coffrini, AFP

Chargée de juger l'islamologue Tariq Ramadan pour des viols sur trois femmes, la cour criminelle départementale de Paris a ordonné lundi 2 mars une expertise médicale, l'accusé ne s'étant pas présenté à l'ouverture de son procès pour cause d'hospitalisation à Genève selon ses avocats.

L'audience reprendra mercredi à 14 h, a annoncé la présidente de la cour. En fonction de cette expertise collégiale sur pièces, confiée à deux neurologues, la cour décidera si elle renvoie ou pas le procès à une date ultérieure.

Plus tôt dans la journée, l'avocat général, Philippe Courroye, a demandé aux magistrats de délivrer un mandat d'arrêt international à l'encontre de l'accusé, estimant qu'il était "en violation de son contrôle judiciaire" qui lui impose notamment d'informer l'autorité judiciaire de tout déplacement hors de France.

Le prédicateur de 63 ans, déjà condamné par la justice helvète pour un viol sur une autre femme, est censé comparaître jusqu'au 27 mars devant une cour composée uniquement de juges professionnels. Il encourt jusqu'à vingt ans de réclusion criminelle.

"Tous les moyens pour ne pas comparaître"

Mais Tariq Ramadan, qui souffre d'une sclérose en plaques, ne s'est pas présenté à l'audience lundi matin, étant hospitalisé depuis samedi à Genève, selon Me Marie Burguburu, un de ses conseils, qui a demandé à la présidente de la cour de renvoyer le procès "pour qu'il puisse être en état de comparaître".

Elle a expliqué que son client vivait à la frontière avec la Suisse et effectuait "depuis des mois" des visites à Genève au chevet de sa mère, âgée de 93 ans. Il a été hospitalisé au cours d'un de ces déplacements en raison d'une aggravation de son état.

La présidente de la cour a observé que le contrôle judiciaire auquel est soumis Tariq Ramadan lui imposait aussi de vivre à Saint-Denis, près de Paris, et non à la frontière franco-suisse.

"Il ne faut pas se leurrer, Tariq Ramadan utilise tous les moyens pour ne pas comparaître et pour ne pas être jugé", a abondé l'avocat général.

Après plusieurs rebondissements procéduraux, la cour d'appel de Paris a ordonné en juin 2024 un procès contre cette figure contestée de l'islam européen pour des viols sur trois femmes : un viol aggravé, avec violences et sur personne vulnérable, commis sur "Christelle" (prénom d'emprunt) à Lyon en octobre 2009 ; un autre viol qui aurait eu lieu en 2012 à Paris sur Henda Ayari, une ex-salafiste devenue militante laïque qui avait déclenché l'affaire en portant plainte en octobre 2017 ; et un autre sur une troisième femme, remontant à 2016.

Initialement, les juges d'instruction chargés des investigations l'avaient aussi renvoyé en procès pour des viols sur une quatrième femme, Mounia Rabbouj. Mais l'islamologue avait saisi la cour d'appel, qui a finalement écarté le cas de cette dernière.

La violence "mise en avant dans les différents récits"

Elle avait aussi balayé la notion d'"emprise" qui avait imprégné jusqu'alors le dossier, jugeant que ce concept, "au sens d'un stratagème aboutissant à la privation nécessairement totale du libre arbitre", ne pouvait être retenu à aucun stade de la relation entre Tariq Ramadan et les parties civiles.

Pour la cour d'appel, c'est au contraire "la violence qui est principalement mise en avant dans les différents récits" des victimes.

Les plaignantes ont en effet décrit des relations sexuelles particulièrement brutales, résumées ainsi par les juges d'instruction dans leur ordonnance.

L'intellectuel avait d'abord nié avoir eu des rapports sexuels avec ces femmes, puis admis à la mi-2018 l'existence de relations adultères, empreintes "de domination", rudes mais "consenties", un tournant majeur dans ce dossier.

Tariq Ramadan a multiplié les offensives procédurales pour réclamer une reprise des investigations et repousser la tenue d'un procès, arguant disposer de nouvelles expertises prouvant selon lui son innocence.

En Suisse, après avoir été acquitté en première instance, il a été condamné en appel en septembre 2024 à trois ans de prison dont un an ferme pour le viol d'une femme dans la nuit du 28 au 29 octobre 2008 dans un hôtel à Genève.

Il a annoncé saisir la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) et a par ailleurs déposé une demande en révision du procès, en cours de traitement selon la justice genevoise.

Avec AFP