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Après la capture de Maduro au Venezuela, Trump tenté par une opération à Cuba ?
Le président américain, Donald Trump, et son secrétaire d’État, Marco Rubio, ont mis en garde le pouvoir cubain après la capture de Nicolas Maduro au Venezuela. Si le régime castriste peut apparaître comme une cible tentante pour Washington, une telle entreprise serait très risquée et hasardeuse pour les États-Unis
Le président cubain, Miguel Diaz-Canel (au premier plan), à La Havane lors d'une manifestation de soutien à Nicolas Maduro peu après la capture du président vénézuélien par les États-Unis. © Ramon Espinosa, AP

Après Nicolas Maduro, les jours de Miguel Diaz-Canel à la tête de Cuba sont-ils comptés ? "Le régime cubain semble être sur le point de s’effondrer", a affirmé Donald Trump, dimanche 4 janvier, 24 heures après la "capture" du dirigeant venezuelien par l’armée américaine. Dans la même veine que son président, Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, a déclaré que si il était membre du gouvernement cubain, il serait inquiet.

Des déclarations qui semblent suggérer que les États-Unis, sur leur lancée vénézuélienne, sont tentés par une intervention à La Havane pour faire tomber le régime castriste, en place depuis 1959.

Cuba, une cible logique pour Donald Trump

Cuba n’est cependant pas le seul pays dans le collimateur de Washington. "Il est dans le top 3 des pays de la région où les États-Unis ont menacé d’intervenir depuis la capture de Nicolas Maduro avec le Mexique et la Colombie", selon Rubrick Biegon, spécialiste de la politique étrangère des États-Unis à l’université de Kent et auteur de "US Power in Latin America: Renewing Hegemony" ("La puissance américaine en Amérique latine : renouveler l’hégémonie").

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Après la capture de Maduro au Venezuela, Trump tenté par une opération à Cuba ?
Après le Venezuela, Donald Trump vise maintenant d’autres pays © France 24
01:10

Aux yeux de l’administration Trump, Cuba apparaît comme une cible prioritaire à plus d’un titre. Tout d’abord, le régime castriste entretient des relations très proches avec le chavisme vénézuélien depuis le début des années 2000.

Ce n’est pas un hasard si 32 officiers cubains sont morts lors de l’opération militaire américaine au Venezuela. "Le pouvoir vénézuélien utilise depuis longtemps des ressortissants cubains pour former la garde rapprochée de Maduro. Cela fait partie des accords entre les deux pays : le Venezuela fournit du pétrole à prix cassé à Cuba qui envoie, en contrepartie, des médecins et des officiers du renseignement au régime chaviste", explique Andrew Gawthorpe, spécialiste de l’histoire de la politique étrangère américaine à l’université de Leyde. "Nicolas Maduro est connu pour avoir fait davantage confiance aux agents du renseignement cubains qu’à ses propres services", ajoute Amalendu Misra, spécialiste des questions de sécurité en Amérique latine à l’université de Lancaster.

Il y aurait entre 10 000 et 20 000 Cubains au Venezuela, d’après une estimation faite par les États-Unis en 2019. Washington assure que la plupart d'entre eux sont des agents du renseignement et des services de sécurité qui travaillent pour Nicolas Maduro. Des données contestées par les autorités cubaines qui assurent que les quelques ressortissants cubains qui seraient au Venezuela sont essentiellement des médecins et des infirmières.

Cette proximité entre les deux régimes fait de Cuba une cible plus logique pour les États-Unis que, par exemple, la Colombie, un pays historiquement proche de Washington. 

Lors de sa conférence de presse pour justifier la capture de Nicolas Maduro, Donald Trump a mis en avant des arguments liés à la lutte contre le trafic de drogue et aux intérêts pétroliers américains au Venezuela. Une déclaration qui laisserait penser que le moteur de l'interventionnisme trumpien en Amérique latine n'est pas une croisade idéologique.

L'obsession de Marco Rubio

Il ne faut cependant pas sous-estimer l’influence de Marco Rubio dans la politique très agressive des États-Unis en Amérique latine. Le secrétaire d’État est aux premières loges dans toutes les apparitions médiatiques de l’administration Trump depuis l’opération au Venezuela et "la chute du régime cubain est tout en haut de ses priorités", assure Rubrick Biegon.

Marco Rubio, né à Miami de parents cubains, est le chef de file de la très influente diaspora cubaine, installée en Floride. Il a bâti une partie de sa carrière politique sur le soutien de cette communauté qui aspire à un changement de régime à La Havane. La chute du castrisme ferait le plus grand bien à la carrière de ce politicien qui n’a jamais caché son ambition de s’installer un jour à la Maison Blanche, estiment les experts interrogés par France 24.

"Le succès militaire de l’opération au Venezuela représente une victoire pour la faction cubano-américaine de la droite car c’est la preuve que ce genre d’action peut se dérouler sans accrocs. Marco Rubio peut s’en inspirer pour suggérer à Donald Trump de faire pareil ailleurs, notamment à Cuba", explique Rubrick Biegon.

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Après la capture de Maduro au Venezuela, Trump tenté par une opération à Cuba ?
© France 24
03:12

Le président américain peut-il se laisser tenter ? "Politiquement, le président américain peut y voir une manière de s’assurer le vote d’une part importante des électeurs hispaniques qu’il cherche à séduire", reconnaît Andrew Gawthorpe.

Le renversement du régime castriste "peut aussi l’attirer en raison de l’aspect historique d’un tel événement", ajoute Rubrick Biegon. La chute du castrisme a représenté un objectif pour tous les présidents américains ou presque depuis la révolution à Cuba. Donald Trump adore prétendre que ses "succès" sont sans précédent dans l’histoire américaine.

Encore faut-il qu’il pense pouvoir réussir aussi facilement à Cuba qu’au Venezuela. "Ce sera probablement plus difficile parce que le régime castriste est enraciné depuis plus de 70 ans, et ce ne sera pas en ‘capturant’ un ou deux dirigeants que les États-Unis vont faire chuter le régime. Il faudrait très probablement une occupation militaire", estime Andrew Gawthorpe.

La capture de Nicolas Maduro a aussi été possible en partie grâce aux informations que la CIA a pu obtenir de l’intérieur du régime vénézuélien. "Il n’y a pas le même niveau de pénétration des sphères du pouvoir à Cuba par les services américains de renseignement. Le régime cubain est bien plus renfermé sur lui-même et peaufine depuis les années 1960 ses scénarios de défense contre les opérations de déstabilisation américaines", affirme Rubrick Biegon.

Cuba, plus difficile et risqué que le Venezuela

Washington aurait aussi bien plus de mal à justifier une opération contre Cuba. "Contrairement à Nicolas Maduro dont la légitimité est remise en cause au niveau international après l’élection présidentielle contestée de 2019, personne ne conteste le leadership de Miguel Díaz-Canel à Cuba", affirme Amalendu Misra. En outre, "les États-Unis ont pris comme prétexte les liens du dirigeant vénézuélien avec le narcotrafic pour le capturer ce qu’ils ne pourraient pas faire avec le président cubain qui n’est pas officiellement accusé d’être impliqué dans le trafic de drogue", ajoute cet expert.

Pour ces raisons, Amalendu Misra juge qu’une opération américaine à Cuba "susciterait une véritable révolte de la communauté internationale et un isolement diplomatique de Washington".

Mais les Américains n’ont peut-être même pas besoin d’intervenir à Cuba. Donald Trump a d’ailleurs suggéré que le "régime allait s’effondrer" de lui-même après la capture de Nicolas Maduro.

La raison en est que "le Venezuela a été le principal partenaire économique de Cuba depuis le début des années 2000 et a notamment fourni beaucoup de pétrole à très bas prix pour subvenir aux besoins énergétiques de l’île", souligne Andrew Gawthorpe. Si le robinet à or noir vénézuélien venait à être coupé, "la situation économique cubaine risquerait de s’aggraver", poursuit cet expert.

Et "seul un effondrement économique pourrait entraîner un soulèvement populaire contre le régime à Cuba", estime Rubrick Biegon. Si les coupures de courant à répétition que l’île connaît depuis l’an dernier venaient à se prolonger et à devenir encore plus fréquentes, la situation sociale risque de se détériorer.

Sauf que Cuba ne dépend plus exclusivement du pétrole vénézuélien. "Il y a eu une chute globale des échanges économiques entre les deux pays et La Havane a commencé à chercher ailleurs ce que le Venezuela, en plein marasme économique, n’était plus en mesure de fournir", affirme Amalendu Misra. Le Mexique a ainsi augmenté sensiblement ses livraisons d’hydrocarbures. Certains rapports publiés en 2025 suggèrent même que le Mexique en fournit davantage que le Venezuela, ce que Mexico dément officiellement.

"À court terme, le régime cubain n’a probablement pas grand-chose à craindre, mais c’est à plus long terme que la situation peut se compliquer", estime Rubrick Biegon. Tout dépendra de l’évolution politique au Venezuela, et si le nouveau pouvoir en place "pourra continuer à livrer du pétrole à Cuba", conclut Amalendu Misra.