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RéessayerTéhéran a reconnu, dimanche 1er mars, la mort de l'ayatollah Ali Khamenei, tué dans l'opération militaire américano-israélienne contre l'Iran. Annoncée samedi soir par Donald Trump, l'élimination du guide suprême iranien a été confirmée par la télévision d'État iranienne, les Gardiens de la révolution promettant un "châtiment sévère" aux responsables.
"Avec sa mort, la République islamique a effectivement pris fin et sera bientôt renvoyée dans les poubelles de l'Histoire", a de son côté jugé le fils du dernier chah, Reza Pahlavi.
La nouvelle de la disparition de celui qui a dirigé le pays d'une main de fer durant près de 37 ans, dans le prolongement de l'ayatollah Khomeini, a été célébrée jusque tard dans la nuit samedi à Téhéran, selon des témoins.
L'Iran a entamé une période de deuil de 40 jours et des milliers de personnes se sont rassemblées dans le centre de la capitale, Téhéran, certains en larmes, brandissant des drapeaux iraniens aux cris de "Mort à l'Amérique !" et "Mort à Israël !"
La mort du guide suprême iranien marque-t-elle une réelle rupture pour l'Iran, qui semble divisé entre pro et anti-régime ? L'analyse de Maya Khadra, journaliste franco-libanaise, spécialiste du Moyen-Orient.
France 24 : Avec la mort d'Ali Khamenei, l'Iran se trouve-t-il aujourd'hui à un point de bascule dans son histoire ?
Maya Khadra : C'est un moment de rupture entre un passé de plus de 47 ans de théocratie et des lendemains encore incertains mais très probablement meilleurs.
Ali Khamenei – successeur de Khomeini – était le guide suprême qui décidait des affaires politiques, des affaires de défense et de sécurité, qui donnait les ordres pour la répression des mobilisations populaires, comme on a vu en janvier dernier et lors de tous les soulèvements auxquels on a assisté en Iran. C'est donc tout un symbole qui tombe.
Ce n'est pas une simple élimination de dictateur, ce n'est pas Bachar al-Assad qui fuit en Russie. Aujourd'hui, on parle de l'élimination d'un homme du clergé le plus rigoriste. Symboliquement, cela va beaucoup déstabiliser les Gardiens de la révolution et le clergé chiite, qui croit en la "wilâyat al-faqîh", à la révolution iranienne et à son exportation. Et on est ouverts à plein de scénarios aujourd'hui en Iran, dont la chute du régime.
Vous parlez de jours meilleurs à venir. Pour vous, le changement en Iran est-il en train de venir de l'extérieur – de cette intervention israélo-américaine ?
Le changement est venu de l'intérieur avant tout. Il ne faut pas sous-estimer les sacrifices du peuple iranien : plus de 30 000 [civils tués lors de la répression des manifestations, NDLR] pour le seul mois de janvier 2026.
Je rappelle aussi le mouvement "Femme, vie, liberté" qui a été réprimé dans le sang ; les manifestations étudiantes dans les années 1990 ; les manifestations en 2008 après l'élection de Mahmoud Ahmadinejad.
Aujourd'hui, les États-Unis et Israël se sont alignés sur les réclamations du peuple iranien. Cet alignement de planètes a été rendu possible par une décision prise par Israël et les États-Unis d'affaiblir le régime en commençant par l'élimination d'Ali Khamenei – ce qui va très probablement conduire à la chute du régime – et les intérêts du peuple iranien qui, dans sa majorité, refuse ce régime théocratique et liberticide.
Le noyau dur qui soutient le régime représente environ 25 % de la population. Ce n'est pas négligeable, certes, mais ce n'est pas non plus la majorité.
On a vu des scènes de liesse à Téhéran après la mort du guide suprême, mais aussi des scènes de tristesse, non seulement à Téhéran mais aussi à Machhad. Est-ce que l'Iran est un pays fracturé ?
Malheureusement, ce noyau dur ne devrait pas empêcher le cours de l'Histoire. Ce n'est pas parce qu'il y a une certaine tranche de la société iranienne conservatrice qui soutient le régime qu'il faut rester bloqué à la révolution de 1979.
Je fais le rapprochement avec le Liban : hier, il y a eu beaucoup de convois de motos dans la banlieue sud de Beyrouth après l'annonce de la mort de Khamenei, tout comme après l'annonce de la chute du régime de Bachar al-Assad.
Ces manifestations montrent bien qu'il y a évidemment une fracture idéologique, mais cette fracture-là ne justifie pas qu'on continue toujours avec les mêmes modèles et les mêmes schémas de gouvernance dans tous ces pays.
Les choses changent aujourd'hui au Moyen-Orient. Ça a commencé avec le 7-Octobre, la guerre de Gaza, la chute du régime de Bachar al-Assad en Syrie... On a assisté à plein de séismes, qui pourraient logiquement et probablement être complétés par la chute du régime iranien.
