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Maroc-Algérie la rivalité qui électrise la CAN 2025
À l’approche de la CAN 2025 au Maroc, la rivalité avec l’Algérie dépasse largement le terrain. Rupture diplomatique, appels au boycott, polémiques sur les maillots et accueil des supporters algériens font de cette édition un test géopolitique autant que sportif.
Maroc et Algérie, l'une des plus grosses rivalités du football africain. © Studio Graphique FMM

La dernière rencontre entre l’Algérie et le Maroc remonte au 11 décembre 2021 à Doha, au Qatar. Les deux équipes magrébines s’étaient affrontées en quart de finale de la Coupe arabe. L’Algérie l’avait alors emporté après une séance de tirs au but 2-2 (3-5 tab.), avant de décrocher le titre de cette compétition.

Depuis, les rapports se sont inversés. Onzième au classement FIFA, le Maroc est devenu l’une des nations montantes de la planète football. Première équipe africaine à avoir atteint les demi-finales d’un Mondial lors de l’édition 2022, les Lions de l’Atlas sont désormais craints par les sélections européennes ou sud-américaines. À l’inverse, l’Algérie n’a pas su capitaliser sur sa victoire à la CAN 2019. Après deux éliminations au premier tour des deux dernières coupes d’Afrique et une non-qualification pour le Mondial 2022, les Fennecs stagnent à la 35e position du classement FIFA.

Maroc-Algérie la rivalité qui électrise la CAN 2025
Des supporters brandissent (de gauche à droite) des drapeaux tunisien, marocain et algérien avant le quart de finale de la Coupe arabe de la FIFA 2021 entre le Maroc et l'Algérie au stade Al-Thumama de Doha, capitale du Qatar, le 11 décembre 2021. AFP - KHALED DESOUKI

Une rupture des relations diplomatiques

Cette rivalité entre les deux nations va être exacerbée cette année alors que le royaume chérifien accueille la Coupe d’Afrique. Ultra favori de la compétition, le Maroc rêve de remporter à domicile la deuxième CAN de son histoire après celle décrochée en 1976. Dans l’ombre de son voisin, l’Algérie aimerait bien lui gâcher le plaisir pour gagner son troisième trophée africain.

"Les rivalités régionales sont caractéristiques des grands pays de football, spécialement entre voisins", souligne ainsi Jean-Baptiste Guégan, expert en géopolitique du sport. "Mais cette rivalité culmine aujourd’hui car les différends politiques entre le Maroc et l’Algérie n’ont jamais été aussi intenses", ajoute le coauteur de "Géopolitique du sport" (éditions La découverte).

Ce regain de tensions remonte à l’été 2021. L’Algérie avait alors décidé de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc, l’accusant d’actions hostiles dans le cadre d’un complot visant à déstabiliser le pays, le tout exacerbé par l’épineux dossier du Sahara occidental. Ce vaste territoire, ancienne colonie espagnole, est contrôlé à environ 80 % par le Maroc mais revendiqué par les indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par l'Algérie.

Un "épisode de politisation du sport"

Depuis, l’affrontement s’est déplacé sur le terrain sportif. En 2022, lors du parcours historique des Lions de l'Atlas à la Coupe du monde, certains médias algériens avaient choisi de passer sous silence les bons résultats des coéquipiers d'Achraf Hakimi. Cette même année, Rabat avait pris la mouche et dénoncé "une appropriation culturelle" en découvrant le maillot de la sélection algérienne inspiré de l’art du zellige, un type de mosaïque ornementale répandu au Maghreb. En 2023, le Maroc s’était retiré du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN), un tournoi de joueurs locaux, au prétexte que l’équipe ne pouvait pas prendre l’avion pour disputer la compétition en Algérie, en raison de la fermeture de l'espace aérien algérien aux avions marocains.

Un an plus tard, une autre affaire avait suscité une vive polémique. Les maillots de l’équipe marocaine du RS Berkane, qui devait affronter l’USM Alger, avaient été confisqués par les douaniers algériens, au motif qu’y figurait une carte du Maroc incluant le Sahara occidental. La confédération africaine de football (CAF) avait ensuite attribué au RS Berkane une victoire 3-0 par forfait à l’aller et au match retour, également annulé. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) avait cependant fini par donner raison à la fédération algérienne, estimant que "l'image d'une carte territoriale du Maroc intégrant le Sahara occidental sur les maillots litigieux véhicule un message, une manifestation ou une propagande à caractère politique".

"Ces différends sont loin d’être anecdotiques. Ces affaires sont le reflet des relations historiques et conflictuelles entre les deux pays. Elles traduisent dans le champ sportif les oppositions entre ces voisins pour la domination régionale", estime Jean-Baptiste Guéguan. "On est dans un épisode de politisation du sport. C’est un outil de gouvernance et de puissance qui permet d’affirmer sa place sur l’échiquier mondial".

Le Maroc distance l'Algérie

L'Algérie semble être celle qui attise le plus les tensions. Lors de la Coupe d’Afrique féminine des Nations organisée cet été, la télévision et la fédération de football algérienne se sont en effet employées à gommer toutes les références au Maroc, pays organisateur. Les autorités marocaines ont également accusé Alger d’être derrière des appels au boycott de la CAN 2025. "Ce concurrent s’efforce de montrer que nous ne sommes pas capables d’organiser la 2025", a ainsi dénoncé fin octobre Fouzi Lekjaa, président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF). "Cela a commencé par un véritable complot autour des chiens errants, du retard dans la construction des stades… Et même lorsque nous avons inauguré le complexe Prince Moulay Abdellah de Rabat, ils ont prétendu qu’il s’agissait de photos retouchées", a-t-il ajouté.

"L’initiative des appels au boycott vient clairement de l’Algérie", juge Jean-Baptiste Guégan. "Le pays est aujourd’hui plutôt un facteur de déstabilisation et de tension qu’un acteur du changement". Pour ce chercheur, ces tensions sont aggravées par le fait que "le Maroc a aujourd’hui une visibilité beaucoup plus grande par le football" que son voisin. "Cette puissance footballistique se traduit par une attractivité et un rayonnement plus important. Il suffit de regarder les revenus touristiques et les retombées en termes d’images que cela génère", décrit l’expert en géopolitique.

Cette montée en puissance du Maroc est le résultat d’investissements et d'un plan de développement mis en œuvre depuis au moins une décennie. Le roi Mohammed VI a notamment créé l’Académie Mohammed VI qui a permis à une nouvelle génération de footballeurs marocains d’éclore au plus haut niveau. Le royaume a aussi développé la formation des cadres techniques pour franchir un cap sportif et a investi massivement – au moins deux milliards d’euros – dans ses infrastructures sportives en vue de la CAN 2025 et du Mondial 2030. "À l’inverse, l’Algérie n’a pas le niveau sportif qui devrait être le sien. Cela est en grande partie lié à son absence de politiques publiques efficaces et de coordination", estime Jean-Baptiste Guégan. "Le seul moyen de remettre en cause la dynamique marocaine, c’est donc de créer de la polémique".

Maroc-Algérie la rivalité qui électrise la CAN 2025
125 / 5 000 Une photographie montre l'entrée de l'Académie de football Mohammed VI dans la ville de Salé, au nord du Maroc, le 4 novembre 2025. AFP - ABDEL MAJID BZIOUAT

L'enjeu de l'accueil des supporters algériens

Organisée au Maroc, la CAN 2025 va être le miroir grossissant de cet écart entre les deux pays. "Elle va aussi rendre la victoire quasi impérative pour le royaume qui joue sa réputation", souligne toutefois Jean-Baptiste Guégan. "La dernière CAN en Côte d’Ivoire s’était déroulée dans le calme et il s’agit aussi d’un test grandeur nature en vue du Mondial 2030 que le Maroc coorganise avec l’Espagne et le Portugal".

Scruté par le monde entier, le Maroc n’a donc n’a pas le droit au moindre couac. L’accueil des supporters algériens sera d’ailleurs particulièrement observé, note le chercheur : "Cela va être l’un des enjeux pour la CAF et pour l’image du football africain. Le Maroc va devoir montrer qu’il peut recevoir des Etats rivaux ou avec qui les relations sont compliquées. Tout le monde a intérêt que cela se passe pour le mieux".

En juillet, le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjaa déclaré dans les colonnes de L’Équipe que "les supporters algériens sont les bienvenus au Maroc". "Sur le territoire marocain, il y a des familles algériennes qui vivent et connaissent la qualité de cette cohabitation. La sélection algérienne, les supporters venus de l’Algérie ou de tous les coins du monde, seront accueillis dans un pays qui leur a toujours consacré un accueil chaleureux", a-t-il ainsi affirmé.

Le Maroc s’attend donc à un afflux massif de visiteurs algériens. Pour preuve, le premier match qui opposera l’Algérie au Soudan, le 24 décembre 2025 au stade Moulay Hassan à Rabat, a suscité une forte demande. En moins de 48 heures, les 22 000 billets ont été vendus. La totalité des tickets pour les autres rencontres des Fennecs se sont aussi arrachés.

Maroc-Algérie la rivalité qui électrise la CAN 2025
Deux femmes se tiennent près d'un compte à rebours affichant les 100 jours restants avant le coup d'envoi de l'édition 2025 de la Coupe d'Afrique des Nations de football masculin organisée par le Maroc, près de la Poste centrale, avenue Mohammed V, dans le centre de Rabat, le 12 septembre 2025. AFP - ABDEL MAJID BZIOUAT
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