
Au Royaume-Uni, la discussion sur le masculinisme s'est ouverte dans les salles de classe britanniques autour de la culture "incel" dans le sillage de la série "Adolescence". © Netflix
Le masculinisme – idéologie haineuse vis-à-vis des femmes, qui risque d'imprégner la société, dans laquelle le sexisme est déjà très répandu – doit être reconnu comme "enjeu de sécurité publique", a estimé, mercredi 21 janvier, le Haut Conseil à l'Égalité (HCE), qui appelle le gouvernement français à mettre en place une stratégie nationale de prévention et de lutte contre cette forme de radicalisation.
Cette mouvance doit être reconnue comme "enjeu de sécurité publique", estime cet organisme rattaché à Matignon, qui a publié mercredi son rapport annuel sur l'état du sexisme dans le pays.
La France "accuse un retard préoccupant dans l'identification et le traitement de ce phénomène", alors que d'autres pays, comme le Canada et le Royaume-Uni, l'ont intégré à leurs dispositifs de lutte contre l'extrémisme violent, pointe-t-il.
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Apparu dans les années 1980 en réaction au féminisme, le masculinisme défend la suprématie masculine et accuse les femmes d'être à l'origine d'une dégradation des conditions de vie des hommes.
"Il s'agit d'une menace réelle. À partir du moment où on développe une haine des femmes, il peut y avoir des violences, des actes terroristes", souligne auprès de l'AFP Bérangère Couillard, présidente du HCE.
Au Canada, en 1989, un homme qui se revendiquait antiféministe, Marc Lépine, a abattu par balles 14 femmes à l'école Polytechnique de Montréal.
En France, un jeune de 18 ans a été interpellé l'été dernier à Saint-Étienne car il était suspecté de vouloir attaquer des femmes avec des couteaux. Le parquet national antiterroriste (Pnat) l'a mis en examen, une première concernant une personne se revendiquant exclusivement de la mouvance masculiniste "incel".
Réseaux sociaux
Cette décision judiciaire représente "une avancée majeure" pour le HCE, qui recommande à présent d'intégrer le "terrorisme misogyne" dans les doctrines de sécurité. Cela impliquerait notamment de former les agents du renseignement aux "codes", "stratégies de recrutement" et "discours" propres à la "manosphère".
"Si le langage masculiniste n'est pas maîtrisé, on passe à côté", observe Bérangère Couillard. "Dans la série 'Adolescence', par exemple, on voit bien qu'il y a des termes qu'il fallait connaître".
Diffusée sur Netflix depuis mars 2025, cette série à succès britannique traite du meurtre d'une jeune fille par un camarade de classe et de l'influence des idées masculinistes sur les garçons. Elle a suscité un débat de société au Royaume-Uni.
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Les idées masculinistes sont de plus en plus diffusées en France, et ailleurs, en particulier auprès des jeunes via les réseaux sociaux, souligne le HCE. Il appelle à leur régulation et recommande d'augmenter les moyens de Pharos (la plateforme de signalement de contenus illégaux sur internet) et de l'Arcom (le régulateur de l'audiovisuel).
Selon une étude de l'Université de Belfast, les jeunes hommes sont en effet exposés, en moyenne, en moins de 20 minutes de navigation sur TikTok et YouTube à des contenus masculinistes.
Sexisme "hostile"
En France, 60 % des hommes pensent déjà que les féministes veulent donner plus de pouvoir aux femmes qu'aux hommes, selon une enquête Toluna Harris Interactive conduite en ligne auprès de 3 061 personnes âgées de 15 ans et plus, représentatives de la population française, en vue de ce rapport du HCE.
Celle-ci révèle aussi qu'un quart des hommes estiment normal qu'une femme accepte un rapport sexuel pour faire plaisir ou par devoir et qu'autant ont déjà douté du consentement de leur partenaire.
À partir des données de cette enquête, le HCE a estimé que 17 % de la population française adhère à un sexisme "hostile", qui dévalorise les femmes et justifie les discriminations et violences à leur égard.
"Le risque c'est que ces personnes rejoignent et deviennent membres de réseaux masculinistes", pointe Bérangère Couillard.
Retrouvez cette série d'articles de France 24 :
L'essor du masculinisme (1/3) : les violences numériques et la haine des femmes
L'essor du masculinisme (2/3) : d'une sous-culture numérique à un projet politique
L'essor du masculinisme (3/3) : neuf thèses de la propagande misogyne débunkées
En outre, le HCE estime que 23 % de la population adhère à un sexisme "paternaliste" qui valorise les rôles traditionnels de chaque sexe.
Plus "subtile", cette forme de sexisme bénéficie d'une "forte acceptabilité sociale" car elle se présente de manière "bienveillante". Néanmoins, elle participe à la "perpétuation des inégalités et violences, en enfermant les femmes dans des représentations stéréotypées de fragilité ou de dépendance", décrypte le HCE.
Par exemple, 78 % des Français estiment que c'est aux hommes d'assumer la responsabilité financière de la famille.
Avec AFP
