
Photomontage des présidents français Emmanuel Macron et américain Donald Trump, lors de leurs discours respectifs à Davos en janvier 2026. © studio graphique France 24, AFP, AP
Les accolades et tapes dans le dos auxquelles ils nous avaient habitués semblent désormais bien loin. Lundi 19 janvier, dans la soirée, le président américain Donald Trump a dégainé l’artillerie lourde face à son homologue français, menaçant publiquement d’imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et champagnes français. En cause : le refus d’Emmanuel Macron de participer à son "Conseil de la paix", perçu comme rival de l'ONU, dont il a fixé le ticket d’entrée à un milliard de dollars.
Autre dossier hautement inflammable : celui de l'acquisition du Groenland, qui a provoqué une levée de boucliers des dirigeants européens, Emmanuel Macron en tête.
Donald Trump avait averti qu'il s’emparerait de l'île hautement stratégique "d’une manière ou d’une autre", avant de se raviser mercredi, évoquant "le cadre d'un futur accord" la région de l'Arctique établi, le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte.
Avant de se rendre Au Forum de Davos, comme pour humilier le président français, il avait divulgué un message privé d’Emmanuel Macron, l’invitant à la réunion du G7 à Paris, à laquelle il n’a daigné donner suite.
Donald Trump est-il encore un allié ? La question a suscité l'embarras du chef de l’État français à Davos. "C’est à lui d’apporter la réponse. Ce n'est pas tout à fait les comportements qui vont avec", déclarait-il mardi.
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Des "amis" rivaux
Longtemps, les deux dirigeants ont mis en scène leur proximité, affichant leur "amitié" malgré de profondes divergences politiques.
Deux épisodes, en particulier, ont donné naissance à ce que les commentateurs et journalistes ont qualifié de "bromance" entre les deux hommes au début de leurs premiers mandats respectifs : la visite d’État de Donald Trump à Paris en 2017 – avec son dîner romantique à la tour Eiffel –, puis celle d’Emmanuel Macron à Washington l’année suivante, la première visite officielle d’un chef d’État étranger sous l’ère Trump.
Une camaraderie teintée de rivalité, comme en témoignent leurs longues poignées de main musclées à chacune de leurs rencontres.
Un geste "pas innocent" , destiné à "montrer qu’on ne fera pas de petites concessions, même symboliques", soulignait Emmanuel Macron en 2017 dans une interview au Journal du dimanche.
"Donald Trump cultive l’image du 'winner' et il aime s’afficher avec des gens forts ou du moins qu'il perçoit comme tels", souligne Jérôme Viala-Gaudefroy, spécialiste des États-Unis et auteur du livre "Les Mots de Trump" (aux éditions Dalloz).
"À l’époque, Emmanuel Macron venait d’être élu et une couverture de Time Magazine l’avait présenté comme le prochain leader de l’Europe", rappelle-t-il. "Il était donc de bon ton de s’afficher avec lui."
Mais sur le plan politique Donald Trump ne fait pas de cadeaux. Les États-Unis se retirent successivement de l'accord de Paris sur le climat puis de celui sur le nucléaire iranien, malgré les protestations d'Emmanuel Macron.
En 2019, la France décrète une taxe sur les géants numériques américains. Donald Trump s'insurge contre une mesure "stupide" et brandit la menace de rétorsions économiques. La mesure est rapidement suspendue, remplacée par un accord international à l'OCDE fixant une taxation minimale mondiale des multinationales.
La puissance comme boussole
Le 7 décembre 2024, soit un mois après sa réélection, le président Donald Trump retrouve son homologue français dans un cadre pour le moins inhabituel, sous la somptueuse architecture gothique, fraîchement rénovée, de Notre-Dame-de-Paris.
Emmanuel Macron a invité le président américain à l’inauguration de réouverture de la cathédrale et fait d’une pierre deux coups, arrangeant une rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Il espère ainsi convaincre le président Trump de la nécessité de maintenir le soutien américain à Kiev.
Un joli coup diplomatique pour Emmanuel Macron ? "Cette visite était surtout un moyen pour Donald Trump de soigner une fois de plus son image", analyse Jérôme Viala-Gaudefroy. "C’est quelqu’un qui adore les cérémonies et les dorures, comme en témoigne la nouvelle décoration du Bureau ovale que certains comparent ironiquement au château de Versailles. Il était donc ravi d’assister en bonne place à cet évènement, dans un tel cadre, parmi les puissants. Ce qui ne témoignait en rien d’un quelconque changement au niveau de sa politique."
S’il n’a pas, pour l’heure, coupé les vannes de l’aide à l’Ukraine, Donald Trump menace régulièrement de se désengager du conflit qu'il avait promis de résoudre, fustigeant les initiatives européennes qu’il juge inefficace.
"Donald Trump n’a pas d’amis ni d’ennemis, il ne voit que des forts, qu’il aime, et des faibles, qu'il exècre", souligne l'expert.
Bras de fer à Davos
Après son opération éclair au Venezuela pour capturer le président Maduro et ses menaces contre l’Iran, Donald Trump a jeté son dévolu sur le Groenland dont il a affirmé vouloir à tout prix prendre le contrôle, quitte à déclencher une nouvelle guerre commerciale.
Il a finalement fait machine arrière mercredi à Davos, excluant l’usage de la force, avant d’annoncer dans la soirée "le cadre d'un futur accord concernant le Groenland et l'ensemble de la région de l'Arctique", conclu avec le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, dont les contours demeurent très flous.
Un pas de côté, qui pourrait être lié en priorité à des questions de politique intérieures. "Les élections de mi-mandat approchent aux États-Unis et les Américains désapprouvent très majoritairement une opération au Groenland qui pourrait provoquer de mesures de représailles économiques et affecter leur pouvoir d’achat" souligne Jérôme Viala-Gaudefroy.
Lors de son discours Davos, Emmanuel Macron avait affirmé préférer "le respect plutôt que les brutes", "l’état de droit plutôt que la brutalité", et appelé à l’activation de l’instrument anti-coercition de l’UE contre les États-Unis en cas de nouvelles surtaxes américaines.
A-t-il été entendu par Donald Trump ? Le président américain lui a répondu mercredi par une nouvelle moquerie : "Je l'ai vu jouer le dur à cuire." La veille, il dépeignait Emmanuel Macron en figurant des affaires mondiales. Un "ami", toujours, mais "qui ne sera pas là pour longtemps".
