
Pour son premier match en Top 14, le 7 septembre 2024, Christian Ambadiang portait au poignet gauche un bandage sur lequel étaient inscrites les lettres RIP en majuscule et le prénom de sa grand-mère, décédée quelques jours auparavant. Au coup de sifflet final, les larmes aux yeux, il a embrassé ce bandage en levant les bras vers le ciel, au milieu de ses coéquipiers qui fêtaient leur victoire sur le fil contre le Racing 92. Un succès auquel Christian Ambadiang a grandement contribué en inscrivant un essai à 30 secondes de la fin.
C’est pourtant une autre action réalisée par ce joueur puissant et véloce qui a enflammé les réseaux sociaux après cette rencontre. Juste avant la mi-temps, Max Spring, le jeune arrière du Racing 92, interceptait un ballon et voyait devant lui un boulevard sans défenseur adverse. Lancé à toute vitesse, il était sur le point de marquer quand il a été plaqué par Christian Ambadiang, revenu sur lui au terme d’une incroyable course de près de 100 m.
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Accepter Gérer mes choixDu sprint, Christian Ambadiang en a fait beaucoup après son arrivée en Afrique du Sud, où il a rejoint son père à l’âge de 9 ans. Il adorait l’athlétisme et le cricket, avant de découvrir le rugby dans un lycée de Pretoria. Cet ailier de près d'1,90 m poursuivra sa formation dans une académie rugbystique et passera ensuite par l'équipe de la Western Province et la franchise des Southern Kings. Jusqu'à ce que son agent lui parle de l'offre de contrat du club de Nevers, en Pro D2 française, arrivée après une période de longue blessure et de doutes.
"C'était une opportunité que je ne pouvais pas rater. En Afrique du Sud, on dit 'One in a million'”, raconte le joueur désormais âgé de 25 ans, qui passe sans aucune difficulté de l'anglais au français. Il s’est rapidement adapté à la France et à son rugby, se montrant brillant pendant ses trois saisons passées dans la Nièvre. Pour le plus grand plaisir de sa famille restée sur le continent africain. "Mon père m'envoie tout ce qui est publié sur moi et j’ai eu beaucoup de messages après le match contre le Racing", s'amuse-t-il. Un match également suivi avec une grande ferveur du côté du Cameroun par sa mère et ses proches qui s'étaient réunis devant la télévision.
Un nouveau staff pour la sélection camerounaise
Largement médiatisés, ses exploits n’ont pas intéressé que ses proches et amis. Différents clubs lorgnent sur lui, tout comme la sélection camerounaise. Elle vient de connaître un important remue-ménage avec l’arrivée à sa tête d'Olivier Missoup, qui a notamment entraîné le club de Sarcelles. Il est épaulé dans cette nouvelle mission par deux autres anciens joueurs professionnels : l’ex-international français Maxime Mermoz (35 sélections chez les Bleus), qui se chargera des trois-quarts, et Guillaume Leleu, responsable du jeu d'avants.
Actuellement 108e nation du classement mondial établi par World Rugby, le Cameroun est la nation africaine la moins bien classée. Il s'apprête à disputer la première phase de la Coupe d'Afrique, organisée au Maroc et en Tunisie du 7 au 18 novembre. Un tournoi à 8 équipes dont le vainqueur se qualifiera pour l’édition 2025 de la Coupe d’Afrique de rugby. La tâche s'annonce très rude pour cette sélection qui affrontera notamment le pays hôte à Casablanca, le 18 novembre. "La sélection camerounaise a un fort potentiel mais nos premiers matchs seront un révélateur de vérité", explique Olivier Missoup, qui ne dispose que de quelques semaines pour préparer ce premier-rendez-vous.
Un joueur encore en voie de progression
À plus long terme, l'entraineur aimerait bien s’inspirer du modèle de développement du rugby algérien qui s’est appuyé sur l’important réservoir de joueurs disponibles pour sa sélection dans les différents championnats français. Il estime qu’une trentaine de joueurs peuvent, en vertu de leurs origines, être éligibles pour le Cameroun. "Et on en découvre toutes les semaines", ajoute cet ancien joueur, qui a lui-même songé un temps porter le maillot du pays natal de ses parents.
Olivier Missoup espère que les joueurs convaincus par ce projet franchiront le pas pour rejoindre la sélection camerounaise, aux côtés notamment du troisième ligne Patrick Sobela, natif de Yaoundé et joueur cette saison de Perpignan. Et s'il n’en a pas encore discuté directement avec Christian Ambadiang, il a bien sûr noté son nom sur ses tablettes. "Il peut vraiment apporter quelque chose de différent", estime-t-il, tout en insistant sur l’importance de laisser au joueur le temps de choisir.
"On me parle beaucoup de tout cela mais je préfère me concentrer sur le présent et sur les objectifs du club", assure de son côté Christian Ambadiang, qui veut continuer à progresser dans son jeu en donnant tout pour Castres, aussi bien en Top 14 qu’en Champions Cup. Par la suite, une autre voie pourrait éventuellement se présenter devant lui puisqu'il deviendra éligible pour les Bleus au bout de cinq années de résidence en France, en 2026. À condition qu'il n’ait pas cédé d'ici-là à l'appel des Lions indomptables du rugby...