
Le journaliste congolais Stanis Bujakera a accordé un entretien à France 24. Incarcéré durant six mois pour avoir "fabriqué" des documents incriminant le renseignement militaire congolais dans la mort de l’opposant Chérubin Okende, il a été libéré à la mi-mars. Il affirme que les accusations contre lui sont "fallacieuses et fabriquées" dans le but de nuire à son travail et à la liberté de la presse en RD Congo.
Alors que la mort de l'opposant Chérubin Okende, le 13 juillet 2023, a été qualifié de suicide par le pouvoir congolais, un rapport des services de renseignement pointant du doigt le rôle des autorités dans son décès, cité dans article de Jeune Afrique attribué à Stanis Bujakera, a provoqué l'arrestation du journaliste en septembre dernier.
Accusé de "contrefaçon, faux, usage de faux et propagation de faux bruit", le journaliste a été condamné à six mois de prison en septembre 2023. Libéré le 19 mars 2024 de la prison de Makala, à Kinshasa, il décrit ce lieu comme "un mouroir, l'antichambre de l'enfer", où les détenus vivent dans des "conditions inhumaines".
"C'est inadmissible qu'un journaliste puisse être arrêté, obligé et poussé à dénoncer ses sources", commente Stanis Bujakera, directeur adjoint du média en ligne Actualité.cd, correspondant en RD Congo du magazine Jeune Afrique et de l’agence Reuters.
"Victime d'un système"
Interrogé quant à savoir si le président Félix Tshisekedi est à ses yeux directement responsable de son arrestation et de son procès, il répond qu'il a été "victime d'un système", évoquant des "puissances visibles et invisibles" qui voulaient l'emprisonner.
Le journaliste signale que le président a évolué dans ses prises de position sur le sujet. "Il s'est rendu compte que les accusations portées contre moi étaient totalement infondées et vides", affirme-t-il, ajoutant que le verdict de six mois de prison était en réalité un acquittement. "Je sais que les juges m'ont acquitté" et que la condamnation à six mois de prison "a été dictée ailleurs", ajoute-t-il.
Concernant la mort de Chérubin Okende, il explique que plusieurs hypothèses existent. "La population connait la vérité", assure-t-il, rappelant que son rôle est de présenter au public "les faits".
Stanis Bujakera affirme vouloir reprendre ses activités de journaliste en RD Congo. "Je ne renonce pas. Je sais que c'est très dangereux, que c'est compliqué de travailler de manière indépendante", concède le journaliste, qui insiste sur son devoir d'information : "J'ai des convictions pour une presse réellement libre et indépendante."
"On restera attachés aux faits jusqu'au bout", prévient Stanis Bujakera, avant de conclure en invitant tous les journalistes en RD Congo, en Afrique et dans le monde à continuer "à défendre l'exercice d'un journalisme indépendant, professionnel, au service de la population".