
Un hôpital pris d'assaut. L'inquiétude ne fait que croître pour les dizaines de patients et d'employés piégés à l'hôpital Nasser. Cent personnes ont été arrêtées dans l'établissement situé dans le sud de la bande de Gaza, annoncé l'armée israélienne, samedi 17 février.
Au moins 120 patients et cinq équipes médicales sont privés d'eau, de nourriture et d'électricité, selon le ministère de la Santé du Hamas. Dans la nuit, de nouveaux bombardements de l'armée israélienne sur le territoire palestinien ont fait une centaine de morts, a-t-il ajouté.
Israël concentre depuis des semaines ses opérations militaires à Khan Younès, ville natale du chef du Hamas à Gaza, Yahia Sinouar. Il est le cerveau présumé de l'attaque sans précédent le 7 octobre du mouvement islamiste palestinien sur le sol israélien.
Risque de mort pour des nouveau-nés
Six malades parmi lesquels un enfant sont morts à l'hôpital Nasser depuis vendredi à cause de coupures d'électricité qui ont provoqué l'arrêt de la distribution d'oxygène, selon un nouveau bilan, samedi, du ministère de la Santé du Hamas, au pouvoir à Gaza. "Les nouveau-nés risquent de mourir dans les prochaines heures", a-t-il ajouté.
L'armée israélienne a indiqué que ses troupes avaient pénétré jeudi dans l'hôpital, sur la base de "renseignements crédibles" selon lesquels les personnes prises on otage lors de l'attaque du 7 octobre étaient retenues dans cet établissement et que les corps de certaines d'entre elles s'y trouvaient peut-être encore.
Cent personnes arrêtées dans l'hôpital sont soupçonnées d'"activités terroristes", a affirmé l'armée samedi. Elle a indiqué y avoir découvert des obus de mortier, des grenades et d'autres armes appartenant au Hamas.
Le 7 octobre, des commandos du Hamas infiltrés depuis Gaza ont tué plus de 1 160 personnes en Israël, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes.
En représailles, Israël a juré d'anéantir le Hamas, qu'il considère comme une organisation terroriste de même que les États-Unis et l'Union européenne. L'offensive israélienne à Gaza a fait 28 858 morts, en grande majorité des civils, a annoncé, samedi, le ministère de la Santé du Hamas dans son dernier bilan.
Selon Israël, 130 otages sont encore détenus à Gaza, dont 30 seraient morts, sur environ 250 personnes enlevées sur son territoire le 7 octobre.
Situation intenable
Des médecins de l'hôpital Nasser ont décrit une situation intenable dans cet établissement situé dans une ville transformée en champ de ruines, en proie aux combats et où s'étaient réfugiés des milliers de déplacés.

Médecins sans Frontières a annoncé que ses employés avaient "dû fuir, laissant les malades derrière eux".
"La situation était chaotique, catastrophique", a déclaré à l'AFP Christopher Lockyear, secrétaire général de MSF.
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'hôpital Nasser, l'un des onze qui restent ouverts sur les 36 que comptait la bande de Gaza avant la guerre, est désormais "à peine fonctionnel".
"Plus de dégradations à l'hôpital, c'est plus de vies perdues", a déclaré le porte-parole de l'OMS, Tarik Jasarevic, lors d'un point de presse vendredi à Genève, en exigeant l'accès urgent de l'OMS au complexe hospitalier.

Camp géant en Égypte
Pendant ce temps, la communauté internationale multiplie ses appels pour dissuader Israël de lancer une offensive dans la ville surpeuplée de Rafah, où sont piégés près d'un million et demi de civils contre la frontière fermée avec l'Égypte.
L'Union européenne s'est déclarée vendredi "très préoccupée" par cette perspective, et a exhorté Israël à "ne pas entreprendre d'action militaire à Rafah qui aggraverait une situation humanitaire déjà catastrophique".
Des témoins ont rapporté samedi des explosions dans le centre et à l'est de Rafah, où au moins deux maisons ont été visées par des frappes aériennes.
Au lendemain de l'appel du président américain à un "cessez-le-feu temporaire" dans la bande de Gaza, Le chef du Hamas palestinien, Ismaïl Haniyeh, a répété, samedi, que son mouvement exigeait lui un cessez-le-feu, le retrait des troupes israéliennes de Gaza et la libération de prisonniers palestiniens détenus en Israël.
Selon le Wall Street Journal, citant des responsables égyptiens, l'Égypte construit une zone sécurisée entourée d'un mur dans la péninsule du Sinaï, afin d'y accueillir des Palestiniens de Gaza.

Ce camp fait partie des "plans d'urgence" pour l'accueil de ces réfugiés en cas d'assaut israélien sur Rafah et pourrait abriter "plus de 100 000 personnes", selon le quotidien américain.
Les dirigeants palestiniens, l'ONU et de nombreux pays se sont alarmés des conséquences catastrophiques pour la population d'une telle offensive et dénoncent la création d'une nouvelle génération de réfugiés sans perspective de retour.
Samedi, le chef de l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), Philippe Lazzarini, a accusé Israël de mener une "campagne concertée" visant à "détruire" cette institution. Israël a récemment demandé à ce dernier de démissionner après avoir affirmé qu'un des tunnels utilisés par le Hamas avait été découvert sous le siège de l'agence à Gaza.
Avec AFP