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En visite en Somalie mardi, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a appelé à une mobilisation internationale "massive" pour aider le pays, confronté à la double menace d'une sécheresse historique et d'une insurrection islamiste.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a "sonné l’alarme" pour alerter sur la gravité de la situation en Somalie, mardi 11 avril, lors d’une visite dans ce pays de la Corne de l'Afrique.

"La combinaison du terrorisme et de la sécheresse, causée en grande partie par le changement climatique, crée les conditions parfaites (d'une crise) et nécessite un soutien massif de la communauté internationale", a-t-il affirmé mardi après-midi depuis la ville de Baidoa (sud-ouest).

Le dirigeant de l'ONU s'est rendu dans un camp de déplacés prenant en charge les victimes de la sécheresse dans cette région parmi les plus durement touchées par la faim, et qui est également un bastion des islamistes shebab.

Today in Somalia I visited families who have been forced to flee due to terrorism & drought.

Despite having lost so much, their determination to rebuild their lives is nothing short of inspiring.

The world can no longer neglect them nor the millions of fellow Somalis in need. pic.twitter.com/eoZXNeBLU2

— António Guterres (@antonioguterres) April 11, 2023

À son arrivée dans la capitale Mogadiscio pour cette "visite de solidarité", il a expliqué être venu pour mobiliser la communauté internationale.

Le président somalien Hassan Cheikh Mohamoud a salué ce déplacement qui, selon lui, "témoigne du fait que les Nations unies sont pleinement engagées à soutenir nos plans de construction de l'État et de stabilisation du pays".

La venue de Antonio Guterres, qui s'était déjà rendu en Somalie en mars 2017, intervient alors que le pays fait face la pire sécheresse depuis au moins quatre décennies.

Cinq saisons des pluies avortées consécutives dans certaines parties de la Somalie, ainsi qu'au Kenya et en Éthiopie, ont anéanti bétail et cultures. Des conditions qui ont contraint au moins 1,7 million de personnes à quitter leur foyer, en quête d'eau et de nourriture.

Environ la moitié de la population somalienne aura besoin d'aide humanitaire cette année, avec 8,3 millions de personnes touchées par la sécheresse, estime l'estimation de l'ONU.

Manque criant de financement humanitaire

Selon une étude publiée en mars par le ministère somalien de la Santé, l'Organisation mondiale de la Santé et l'Unicef, entre 18 100 et 34 200 personnes pourraient mourir des conséquences de la sécheresse durant les six premiers mois de cette année.

L'ONU a lancé un appel pour obtenir une aide humanitaire de 2,6 milliards de dollars pour la Somalie, financée à hauteur de 15 % seulement. "La communauté internationale a été distraite par rapport au drame du peuple somalien", a-t-il déploré.

La Somalie a été frappée en 2011 par une famine qui a causé la mort de 260 000 personnes, dont plus de la moitié d'enfants de moins de six ans. En 2017, une nouvelle catastrophe avait été évitée grâce à la mobilisation rapide de l'étranger.

En Somalie, le chef de l'ONU appelle à un soutien international massif pour soutenir le pays

"Bien que les Somaliens ne contribuent pratiquement pas au changement climatique (...) ils sont parmi les plus grandes victimes", a souligné Antonio Guterres.

Le chef de l'ONU et le président somalien ont également "discuté des efforts précieux du gouvernement pour lutter contre le terrorisme et faire progresser la paix et la sécurité pour tous".

Lutte acharnée contre le terrorisme

Revenu au pouvoir en mai 2022, Hassan Cheikh Mohamoud a déclaré une "guerre totale" aux shebab, groupe affilié à Al-Qaïda qui mène depuis 2007 une insurrection sanglante contre le gouvernement soutenu par la communauté internationale.

Le président somalien a envoyé en septembre des troupes pour soutenir des milices claniques locales qui s'étaient soulevées contre eux dans le centre du pays.

Ces derniers mois, l'armée et ces milices connues sous le nom de "macawisley" ont repris aux shebab de larges pans de territoire, dans une opération appuyée par la force de l'Union africaine en Somalie (Atmis) et des frappes aériennes américaines.

Le gouvernement a affirmé fin mars que plus de 3 000 combattants shebab avaient été tués depuis le début de l'offensive. Et selon le ministère de l'Information, 70 villes et villages ont été "libérés".

Ces informations sont impossibles à vérifier de manière indépendante.

Malgré ces revers, les shebab ont régulièrement mené des attentats meurtriers, soulignant leur capacité à frapper au cœur des villes et des installations militaires somaliennes des cibles civiles, politiques et militaires malgré les avancées du gouvernement.

Dans un rapport au Conseil de sécurité de l'ONU en février, Antonio Guterres avait affirmé que 2022 avait été l'année la plus meurtrière pour les civils en Somalie depuis 2017, en grande partie à cause des attaques des shebab.

Avec AFP