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SOS Méditerranée accuse des gardes-côtes libyens de mise en danger de ses équipes et des migrants

SOS Méditerranée a accusé, samedi, des gardes-côtes libyens d'avoir "délibérément" mis en danger ses équipes et des personnes en détresse, en tirant des coups de feu en l'air pour l'empêcher d'effectuer un sauvetage. L'ONG, qui précise qu'une autre de ses opérations de sauvetage avait déjà été perturbée en janvier dernier, condamne une "escalade de la violence".

Les gardes-côtes libyens "ont menacé au moyen d’armes à feu" les équipes de l’"Ocean Viking", un navire de sauvetage humanitaire, a dénoncé samedi 25 mars SOS Méditerranée dans un communiqué. L'ONG, qui les accuse d'avoir "délibérément" mis en danger ses équipes et des personnes en détresse, a aussi publié une vidéo sur Twitter où on peut entendre des coups de feu d'un patrouilleur libyen à proximité du navire de l'ONG.

Alerté samedi matin de la présence d'une embarcation en détresse dans les eaux internationales au large de la Libye, le navire-ambulance de SOS Méditerranée s'en approchait quand un patrouilleur des gardes-côtes libyens "est arrivé sur les lieux, s'approchant dangereusement de l'Ocean Viking", écrit l'ONG.

"Toutes les tentatives de l'équipe à la passerelle pour contacter le bâtiment des gardes-côtes libyens par VHF sont restées sans réponse, tandis que l'équipage des gardes-côtes libyens a commencé à se comporter de manière agressive, menaçant avec des armes à feu et tirant plusieurs coups de feu en l'air", a poursuivi SOS Méditerranée, dont le siège est à Marseille.

Le navire a quitté les lieux pour assurer la sécurité de ses équipes, "alors que les gardes-côtes libyens continuaient à tirer des coups de feu", ajoute encore le communiqué, qui assure que l'ONG Sea Watch – qui a elle aussi dénoncé les faits dans un communiqué distinct – a par ailleurs pu repérer, grâce à son avion, des personnes tombées par-dessus bord du bateau pneumatique en détresse, ensuite récupérées.

🔴BREAKING
Ce matin, l'équipe @SOSMedFrance a reçu des menaces par armes à feu des garde-côtes libyens, qui sont soutenus par l'UE. @alarm_phone a alerté l'#OceanViking d'une embarcation en détresse ds les eaux internles au large de la Libye.
🎥J-B Bonnet/Habilis productions pic.twitter.com/Ot7EE4ultt

— SOS MEDITERRANEE France (@SOSMedFrance) March 25, 2023

"Des coups de feu tirés par des forces financées et entraînées par les États membres de l’UE"

Selon SOS Méditerranée, environ 80 personnes ont finalement été interceptées par les gardes-côtes libyens et renvoyées en Libye.

L'ONG assure par ailleurs qu'en janvier déjà, des gardes-côtes libyens avaient perturbé une opération de sauvetage de l'"Ocean Viking", "mettant sciemment en danger la vie des personnes en détresse en mer (...) en empêchant l'équipe de recherche et de sauvetage à bord de (son) canot de sauvetage de retourner au navire principal".

Fin 2022, les associations intervenant dans le secteur estimaient à environ 100 000 le nombre de personnes interceptées depuis la signature d'un accord avec la Libye en 2017 par l'Italie et l'UE, qui ont accepté de former et d'équiper les gardes-côtes libyens pour intercepter les migrants tentant de quitter ce pays en proie à l'instabilité – qui n'est distant que de 300 kilomètres des côtes italiennes.

"Pour toute réponse à cette tragédie qui continue à emporter des milliers de vies humaines en Méditerranée centrale, ce sont des coups de feu que nous recevons maintenant, des coups de feu tirés par des forces financées et entraînées par les États membres de l’UE", dénonce SOS Méditerranée.

La Méditerranée centrale est la route migratoire la plus dangereuse du monde, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). L'agence onusienne estime que 1 417 migrants y ont disparu.

Avec AFP