
La présidente par intérim Delcy Rodriguez (au centre) marche à l'Assemblée nationale, à Caracas, au Venezuela, le 5 janvier 2026 (Archive) © Marcelo Garcia/Miraflores Palace, via Reuters
Des diplomates américains se sont rendus vendredi 9 janvier au Venezuela, signe d'une volonté de rétablir les relations diplomatiques rompues depuis 2019, moins d'une semaine après la capture par des troupes américaines de Nicolas Maduro.
Le gouvernement de la présidente par intérim Delcy Rodriguez "a décidé d'entamer un processus exploratoire visant à rétablir les liens diplomatiques entre les deux pays", selon le ministre des Affaires étrangères Yvan Gil.
La présence des diplomates américains à Caracas a été confirmée par un responsable américain peu après que Donald Trump a déclaré avoir "annulé" une nouvelle attaque américaine sur le Venezuela.
Une décision que le président Trump a justifié par la "coopération" du régime vénézuélien. La libération de quelques opposants représente "un geste très important et intelligent" de la part de Caracas, a-t-il ajouté.
"Les États-Unis et le Venezuela travaillent bien ensemble", notamment pour la "reconstruction" de l'industrie pétrolière, a-t-il déclaré alors qu'il reçoit vendredi à la Maison Blanche plusieurs dirigeants de grandes compagnies pétrolières pour évoquer des investissements.
De son côté, Delcy Rodriguez affirme que son pays n'est ni "subordonné ni soumis" à Washington, et évoque sa "loyauté envers le président Nicolas Maduro". Vendredi, le ministère vénézuélien des Affaires étrangères a également annoncé sur Telegram avoir reçu l'ambassadeur de Russie, Sergey Mélik-Bagdasarov, et continuer "à travailler sur le programme de coopération" avec Moscou.
Le gouvernement américain continue cependant de mener d'une main ferme son blocus sur l'exportation du pétrole vénézuélien. Il a annoncé vendredi matin avoir saisi dans les eaux internationales un nouveau pétrolier qui partait du Venezuela, le cinquième ces dernières semaines.
Le nombre total de libérations encore inconnu
Sur le volet politique, l'opposant Edmundo Gonzalez Urrutia en exil en Espagne, s'est dit vendredi "profondément heureux" des libérations réalisées ces dernières heures, dont celle d'Enrique Marquez. Ce dernier avait mené une croisade judiciaire contre la réélection en 2024 de Nicolas Maduro, acquise selon l'opposition et une grande partie de la communauté internationale dans des conditions entachées de fraude.
Edmundo Gonzalez Urrutia a appelé vendredi à la reconnaissance "explicite" de sa victoire, lors d'un entretien téléphonique avec le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, ce dernier disant sur X espérer "rapprocher les positions" entre Delcy Rodriguez et l'opposition en exil et "accompagner le pays dans cette nouvelle étape".
La cheffe de l'opposition, Maria Corina Machado, prix Nobel de la paix 2025 et réfugiée dans la clandestinité, devrait être reçue "la semaine prochaine" à Washington, a annoncé Donald Trump sur la chaîne Fox News.
Les libérations annoncées jeudi ont été présentées par Caracas comme "un geste unilatéral du gouvernement" afin "de favoriser la coexistence pacifique". Mais les autorités n'ont précisé ni le nombre ni la nationalité des détenus relâchés ou qui pourraient l'être.
Dans l'attente, des dizaines de proches de dissidents ou militants affluaient devant des centres pénitentiaires du pays, entre espoir et frustration devant le manque d'informations.
Des ONG disent n'avoir pu attester qu'entre huit et 11 libérations effectives. L'ONG Foro penal estimait avant jeudi à 806 le nombre de prisonniers politiques au Venezuela, dont 175 militaires.
"Il ne faut pas perdre espoir", entend-on parmi les familles présentes devant le centre pénitencier de Rodéo I, à l'est de Caracas, où certains ont passé la nuit à même le sol. La foule chante l'hymne national, appuyant les mots "abajo cadenas" (à bas les chaînes) de la première strophe.
"Frappes au sol" contre les cartels
En parallèle du dossier du pétrole vénézuélien convoité par Washington, Donald Trump dit aussi vouloir s'en prendre au narcotrafic. Après avoir détruit dans les Caraïbes et le Pacifique des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue, faisant plus de 100 morts, les États-Unis vont mener "des frappes au sol" contre les cartels, menace-t-il.
Alors que le Républicain affirme que "les cartels dirigent le Mexique", la présidente de ce pays, Claudia Sheinbaum, a dit vendredi que son gouvernement œuvrait à "renforcer la coordination" en matière de sécurité avec les États-Unis.
Pour sa part, le chef d'État colombien Gustavo Petro a lui invité vendredi sur X Delcy Rodriguez à "à agir ensemble" contre le narcotrafic, arguant que ce sujet était devenu "l'excuse parfaite" pour justifier une "agression" contre les pays d'Amérique latine.
Gustavo Petro devrait être reçu "la première semaine de février" aux États-Unis, selon Donald Trump.
De puissantes guérillas financées par le trafic de cocaïne opèrent le long de la poreuse frontière de plus de 2 200 kilomètres entre la Colombie et le Venezuela.
Le ministre colombien de la Défense, Pedro Anulfo Sanchez, a annoncé vendredi une rencontre virtuelle avec le Département de la Défense des États-Unis afin que les principales guérillas du pays "soient déclarées comme des objectifs communs".
Une première étape, selon lui, afin de "réduire au minimum ces cartels du narcotrafic".
Avec AFP
