
Une manifestation contre l'accord UE-Mercosur à Varsovie, en Pologne, le 9 janvier 2026. © Wojtek Radwanski, AFP
En dépit d'importants clivages, l'accord avec le Mercosur reçoit le feu vert de l'UE et devrait être validé. Au terme de 25 ans de négociations, et de plusieurs heures de délibérations, vendredi 9 janvier, l'Union européenne a dit "oui" à cet accord de libre-échange, malgré la colère des agriculteurs et l'opposition de la France.
Il faudra encore une annonce officielle des dirigeants pour que cela soit validé, mais grâce au soutien d'une majorité d'États européens, la présidente de la Commission Ursula von der Leyen pourrait donc se rendre dès lundi au Paraguay afin de parapher ce traité commercial avec l'Amérique latine.
Les eurodéputés se pencheront dans les semaines qui viennent sur la ratification de l'accord. Le scrutin pourrait être serré, au moment où la contestation agricole s'amplifie.
La France dénonce un accord "d'un autre âge"
Vendredi, l'Italie a été décisive en donnant son aval. La cheffe du gouvernement Giorgia Meloni a vanté les "nombreux avantages" de cet accord, un "équilibre" entre les bénéfices pour les industriels et les "garanties" apportées aux agriculteurs.
En Allemagne, le chancelier Friedrich Merz a salué un "signal fort", qui soulage l'industrie automobile, déboussolée par les droits de douane des États-Unis et la concurrence chinoise.
Comme la Hongrie, la Pologne, l'Irlande et l'Autriche, la France s'est opposée à cet accord "d'un autre âge" et compte poursuivre la bataille au Parlement européen. Au total, 150 eurodéputés sur 720 ont déjà appelé à saisir la justice pour tenter de suspendre l'application du traité.
"On aboutit à un accord qui devrait être signé lundi par la présidente de la Commission européenne [Ursula von der Leyen] et ensuite, on va rentrer dans un processus de ratification avec la consultation du Parlement européen", détaille sur France 24 Thierry Pouch, chef économiste aux Chambres d'agriculture France.
Le processus de ratification se fait en effet en plusieurs étapes, précise le site de la Commission européenne.
"Dans le détail, le Conseil décide à la majorité qualifiée la signature de l'accord commercial intérimaire (iTA), puis demande la saisine du Parlement européen qui doit donner son consentement à la majorité simple. Une fois le consentement reçu, le Conseil vote à nouveau à la majorité qualifiée sur la conclusion de l’accord, qui vaut ratification de l’UE."
"Même si l'hypothèse a circulé depuis hier que la présidence de la Commission pourrait passer outre ce Parlement européen – ce qui serait une grosse surprise dans le fonctionnement des institutions européennes – on sait d'ores et déjà qu'au Parlement, le vote s'annonce serré, beaucoup de députés européens s'étant montrés hostiles à ce traité", ajoute Thierry Pouch.
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Des centaines d'agriculteurs manifestent en Italie, France, Pologne...
Du côté des agriculteurs, la FNSEA, premier syndicat agricole français, a promis un grand rassemblement le 20 janvier à Strasbourg, devant le siège du Parlement européen.
Idem côté italien, où le gouvernement a joué un rôle clé dans la validation du traité. La principale organisation d'agriculteurs italiens, la Coldiretti, prévoit des manifestations également à partir du 20 janvier.
Alors que plusieurs centaines d'agriculteurs italiens ont manifesté à Milan, déversant de la paille et du lait depuis leurs tracteurs devant le conseil régional de Lombardie, ces derniers ont demandé "au gouvernement italien de ne pas signer (l'accord du Mercosur)".
"L'Italie et la France avaient le mérite de le bloquer jusqu'ici, continuons comme ça", a lancé Gianni Fabris, porte-parole de la Coordination des agriculteurs et pêcheurs, une des petites organisations à l'origine de la manifestation.


Dès vendredi, une cinquantaine de tracteurs d'agriculteurs français et allemands ont bloqué le Pont de l'Europe reliant Strasbourg à Kehl, de l'autre côté du Rhin.
Deux autoroutes à la frontière franco-belge étaient également bloquées, ainsi qu'un dépôt pétrolier dans le Nord de la France.
Des agriculteurs et leurs tracteurs étaient aussi à Paris jeudi et vendredi pour dénoncer le Mercosur, le prix des engrais et la gestion gouvernementale de l'épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.
En Pologne, plus d'un millier d'agriculteurs ont défilé à Varsovie contre le Mercosur.
Négocié depuis 1999, cet accord crée l'une des plus grandes zones de libre-échange au monde, entre l'UE, le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay, soit plus de 700 millions de consommateurs.

Pour ses détracteurs, il va bousculer l'agriculture européenne avec des produits moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants.
Pour ses thuriféraires comme l'Allemagne et l'Espagne, il va permettre au contraire de relancer une économie européenne à la peine.
En supprimant une large part des droits de douane, ce traité favorise les exportations européennes de voitures, de machines, de vins et de fromages.
Dans le sens inverse, il facilite l'entrée en Europe de bœuf, de volaille, sucre, riz, miel et soja sud-américains, avec des quotas de produits détaxés qui alarment les filières concernées.
"Échec diplomatique" français
Le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a donné un argument supplémentaire aux partisans de l'accord. L'UE doit diversifier ses partenariats commerciaux, martèle ainsi la Commission.
Dans l'espoir d'amadouer les agriculteurs, Bruxelles a enchaîné les concessions ces derniers mois, dont des garanties renforcées pour les produits les plus sensibles.
Sur ce volet, les Vingt-Sept se sont alignés vendredi sur la position mieux-disante du Parlement européen pour protéger les agriculteurs en cas de déstabilisation du marché.
Mardi, Ursula von der Leyen avait également proposé un geste budgétaire dans la future politique agricole commune (PAC) de l'UE, avec 45 milliards d'euros débloqués de façon anticipée.
Rien n'y a fait, la colère agricole est repartie de plus belle.
En France, empêtrée dans l'instabilité politique, Emmanuel Macron a paru hésiter sur ce traité avec le Mercosur, "pas acceptable en l'état".
Mais la pression était trop forte, avec la menace de la droite de faire tomber le gouvernement en cas de soutien à l'accord.
Et malgré le non d'Emmanuel Macron au Mercosur, l'extrême droite française a annoncé deux motions de censure à l'Assemblée nationale et au Parlement européen, aux faibles chances d'aboutir. La gauche radicale a également annoncé le dépôt d'une motion de censure à l'Assemblée.
L'UE va aller signer un accord commercial contre l'avis de la première puissance agricole européenne, une situation quasiment inédite.
Certes, Paris souligne avoir pesé pour obtenir des gestes en faveur des agriculteurs. Mais c'est "un échec diplomatique et tactique", cingle un ancien ministre français, anonymement.
Avec AFP
