
Raul Rodriguez Castro, petit-fils de l'ex-président cubain Raul Castro, est de plus en plus mis en avant comme une figure importante de la crise américano-cubaine. © AFP - Yamil Lage
Castro, le retour ? Alors que la situation économique se détériore de plus en plus à Cuba et que la pression des États-Unis augmente, un nouveau visage a fait son apparition depuis quelques jours auprès du président cubain Miguel Diaz-Canel : Raul Rodriguez Castro.
Le petit-fils de Raul Castro, ancien président et frère de Fidel, siégeait au côté du leader cubain lorsque ce dernier a confirmé, vendredi 13 mars, l’existence de contacts entre des responsables cubains et américains.
Plus tard le même jour, Miguel Diaz-Canel s’est adressé aux Cubains en compagnie de Raul Rodriguez Castro pour évoquer la crise économique, due en grande partie à l'intensification du blocus américain.
Ces apparitions du représentant de la dynastie Castro marquent une vraie rupture. "Il y avait auparavant une volonté claire de ne pas trop exposer Raul Rodriguez Castro et de le laisser évoluer en coulisse", souligne Thomas Long, spécialiste de l’Amérique latine à l’université de Warwick, qui a écrit sur les stratégies de confrontation entre les États-Unis et les pays d’Amérique latine.
Rencontre secrète avec Marco Rubio
Le petit-fils de Raul Castro prend également davantage de place en public à Cuba, peu après des rumeurs faisant état de négociations secrètes entre le Secrétaire d’État américain Marco Rubio et lui.
Lorsque Donald Trump a assuré, lundi 16 mars, qu’il "aura l’honneur de prendre" Cuba quand bon lui semble, des médias comme CNN ont commencé à se demander si Raul Rodriguez Castro ne pourrait pas jouer un rôle de premier plan dans un Cuba plus Trump-compatible.
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Washington semble, en effet, désireux avant tout de se débarrasser de Miguel Diaz-Canel. Il ne serait pas question de toucher aux membres de la famille Castro, assure le New York Times qui cite des sources officielles ayant préféré garder l’anonymat.
Miser sur "Raulito", l’un des surnoms donnés au petit-fils de Raul Castro, peut surprendre. Le "jeune" Castro – il n’a que 41 ans – est le fils de Déborah Castro Espín, l’ainée des quatre enfants de Raul Castro, et de Rodríguez López-Calleja. Ce général, mort en 2022, a été l’un des dignitaires les plus puissants du régime castriste sous Raul Castro. Il dirigeait en effet le Gaesa, la holding publique qui gère l’essentiel de l’économie cubaine.
L'ombre de Raul Castro
Il a donc été élevé dans le saint des saints du castrisme et dans le respect strict de la doxa du régime qui bénéficiait à sa famille. "Raulito" a ensuite été pris sous son aile par Raul Castro, "qui en a fait son 'Castro' favori et en qui il a eu, au fil du temps, le plus confiance", explique Pablo Uchoa, spécialiste des questions de sécurité en Amérique latine à l’University College de Londres.
Raul Rodriguez Castro reçoit une éducation à la fois militaire, au sein d’une institution qui prépare le futur cadre de l’armée, et civile, en obtenant un double diplôme en finances et comptabilité à l’université de La Havane.
Ainsi formé, celui qui a obtenu le grade de colonel va devenir littéralement l’ombre de son grand-père. Il a, en effet, été élevé au rang de garde du corps personnel de l’ex-président cubain. "L’essentiel de son influence lui vient de son grand-père", affirment des analystes cubains et proches interrogés par la BBC.
Raul Castro l’a même nommé à la tête de la Direction Générale de la Sécurité Personnelle (DGSP). De quoi lui permettre de se former son propre réseau. "C’est une organisation cruciale à Cuba, car elle est chargée de la protection de toutes les personnalités importantes du régime. Et on sait à quel point c’est un domaine sensible dans le pays", souligne Thomas Long.
Mais au-delà de son rôle dans l’appareil sécuritaire, difficile de savoir quel est le poids politique réel de "Raulito". Son poste à la tête de la DGSP et son grade de colonel "lui procure probablement une certaine autorité au sein de l’armée, qui reste un élément essentiel du régime", estime Thomas Long.
Il n’a, en revanche, aucun titre officiel au sein du parti communiste cubain et n’occupe pas de poste dans le gouvernement. "Ce n’est clairement pas une star politique", confirme Pablo Uchoa. Il serait plutôt un homme de réseau qu’un leader charismatique dans la lignée de ses illustres parents.
Ce n’est, en tout cas, clairement pas un homme du peuple, tant Raul Rodriguez Castro est méconnu, y compris dans son propre pays. On sait qu’il "a été marié plus d’une fois" et qu’il a deux enfants. Le seul autre détail intime connu sur lui vient de son autre surnom : "Le Crabe". Il lui a été donné parce qu’il est né atteint de polydactylie, c’est-à-dire avec un doigt en plus, qu’il a fait enlever par chirurgie dans sa jeunesse.
Reste aussi les rumeurs qui, d’après la BBC, font de lui un bon vivant "jouissant d’un style de vie privilégié" réservé au premier cercle du pouvoir cubain.
Cuba n'est pas le Venezuela
Pourquoi, alors, tout le monde semble se presser pour mettre "Raulito" sur le devant de la scène ? Dans le cas de Miguel Diaz-Canel, c’est probablement "le poids sans équivalent du nom Castro qui a joué", assure Rubrick Biegon, spécialiste de la politique étrangère des États-Unis à l’université du Kent et auteur de "US Power in Latin America : Renewing Hegemony" ("La puissance américaine en Amérique latine : renouveler l’hégémonie", 2017, non traduit).
Face à la profonde crise que traverse Cuba, le président avait besoin d’un petit supplément de légitimité révolutionnaire incarnée par un Castro. En effet, "Miguel Diaz-Canel n’a pas la base politique la plus solide de l’histoire de Cuba", note Thomas Long.
Pour Washington, le fait que Raul Rodriguez Castro "ne soit pas un acteur de premier plan à Cuba tout en restant influent rend plus facile de mener des négociations secrètes", estime Pablo Uchoa.
Un personnage comme "Raulito" peut également se révéler utile pour Washington dans un éventuel scénario post-Miguel Diaz-Canel. D’après les experts interrogés, il porte un nom qui incarne une certaine forme de continuité, mais "en tant que petit-fils de Raul, il est assez éloigné de la génération révolutionnaire, ce qui lui permet aussi de représenter une forme de changement", estime Rubrick Biegon.
Raul Rodriguez Castro, l’homme du changement dans la continuité pour Washington ? Difficile cependant d’imaginer qu’un Castro devienne l’homme de Trump à Cuba… Ne serait-ce que "parce que la communauté des exilés cubains en Floride ne l’acceptera probablement pas", assure Rubrick Biegon. Une communauté très influente et représentée au gouvernement par Marco Rubio.
"Cuba n’est pas non plus le Venezuela", note Pablo Uchoa. Donald Trump se représente peut être Raul Rodriguez Castro comme l'éventuel versant cubain de Delcy Rodríguez, la vice-présidente du Venezuela, qui coopère avec les États-Unis depuis la capture de Nicolas Maduro début janvier 2026, tout en restant fidèle au régime en place. Mais "le pouvoir à Cuba dépend beaucoup moins d’un seul homme qu’au Venezuela, et il paraît peu probable que Washington puisse à travers les négociations en cours imposer un homme si le reste du régime n’est pas d’accord", ajoute Pablo Uchoa.
Sauf si la crise économique fait chuter le régime tout entier. Mais les experts interrogés sont dubitatifs à ce sujet, malgré les coupures internet à répétition et quelques manifestations. "Il n’y a pas encore de signe clair que le contrôle exercé par Miguel Diaz-Canel et le parti sur le pays diminue", affirme Rubrick Biegon. Quant aux manifestations, "elles ressemblent plus à l’expression de la colère contre le manque d’eau et d’électricité qu’à des manifestations pour un changement de régime", conclut Pablo Uchoa.
