
Dans les quartiers nord d'Alep les combattants kurdes et les ex-rebelles syriens se sont affrontés pendant près d'une semaine. © Observateurs
Situés au nord d’Alep, les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh s’étendent sur à peine six kilomètres de long et trois kilomètres de large. Ces deux secteurs sont sous le contrôle des forces kurdes. Ici, il est impossible pour les forces du gouvernement syrien de pénétrer.
Avant la chute de Bachar al-Assad, les groupes kurdes maîtrisaient déjà le quartier de Sheikh Maqsoud. La fin du régime syrien en décembre 2024 a permis aux FDS — les Forces démocratiques syriennes, à majorité kurde — de prendre le contrôle du quartier d’Achrafieh et d’une partie du quartier syriaque. Les affrontements ont éclaté alors que les discussions patinent pour la mise en œuvre d'un accord signé en mars 2025, qui était censé intégrer, à la fin 2025, les Forces démocratiques syriennes au sein de l'Armée syrienne.

Les deux camps s’accusent mutuellement de cibler des civils et d’avoir déclenché les hostilités, et les tensions à Alep ne sont pas nouvelles. Selon un journaliste syrien basé à Alep contacté par la rédaction des Observateurs et qui a requis l’anonymat, les forces pro-kurdes auraient ciblé des civils depuis leurs quartiers. Une affirmation qu’il n’est pas possible de vérifier de façon indépendante.
"Les FDS bombardent des quartiers d’Alep et n’ont pas appliqué l’accord du 10 mars, prévoyant l’évacuation des quartiers qu’elles contrôlent. Ce n’est pas la première fois que des combats reprennent, mais après que les FDS ont ciblé les forces stationnées dans les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh, à Alep, faisant des victimes, les affrontements se sont intensifiés, menant à la situation actuelle."
Autre point de discorde : le respect des accords de paix locaux mis en place après la chute du régime al-Assad. Également jointe par la rédaction des Observateurs, une source pro-kurde anonyme, proche de la municipalité de Sheikh Maqsoud, affirme que certains combattants au sein de la nouvelle armée syrienne chercheraient à faire éclater le cessez-le-feu.
"Après la chute du régime baasiste, des accords ont été signés entre le nouveau gouvernement et le conseil du quartier de Sheikh Maqsoud. L’accord portait également sur le retrait des armes lourdes des FDS du quartier de Sheikh Maqsoud. Mais des mercenaires qui participent actuellement à l’offensive contre le quartier kurde ne veulent pas que cet accord soit appliqué."
Depuis le début de la semaine, les forces gouvernementales affrontent les Assayish, la police pro-kurde, qui avait été autorisée à rester dans le quartier après la mise en place de l’accord local avec les nouvelles autorités syriennes.
"Il y avait des tirs partout" : des civils qui fuient au milieu des combats
Notre Observateur, un habitant du quartier d’Achrafieh, a fui les combats. Il décrit une évacuation chaotique au milieu des tirs :
“Les combats ont commencé lundi [5 janvier] vers 11 heures du matin. Tout autour du quartier, il y avait des tanks, de l’artillerie et parfois des drones. L’armée a tenté d’entrer à trois reprises dans le quartier par le nord de Sheikh Maqsoud, une zone que l’on appelle Castello. Mais à chaque fois, les Assayish les ont repoussés. Ce n’est pas la première fois qu’il y a des combats dans notre quartier.
Après deux jours de bombardements, ma famille a choisi de quitter le quartier d’Achrafieh. Il était impossible de rester, car il y avait des frappes et des tirs partout. J’ai pris trois sacs avec des affaires nécessaires et des habits. Nous avons ensuite marché deux kilomètres pour arriver aux barricades tenues par les forces du gouvernement syrien.
Là-bas, il y avait des milliers de personnes, à pied ou en voiture, qui essayaient de sortir du quartier. Dans la foule, il y avait beaucoup de femmes, d’enfants et de personnes âgées. Au total, l’évacuation a duré trois heures. Les soldats du gouvernement ont tenté de prendre des photos de nous afin de nous contrôler, mais ce n’était pas possible, car il y avait trop de réfugiés qui affluaient au checkpoint.
Au cours de l’évacuation, des tirs passaient au-dessus de nous. Certains venaient des forces du gouvernement. De leur côté, les Assayish ont tiré en l’air afin de nous faire peur pour que nous quittions la zone. “
À l’aide d’une vidéo géolocalisée par la rédaction des Observateurs, il est possible d’affirmer que certains points d’évacuation ont été le théâtre de combats. Cette image, filmée au niveau de l’hôpital franco-syrien, montre des civils courir vers les lignes tenues par les soldats du gouvernement, alors que des rafales se font entendre.
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Le 8 janvier, le ministère de la Défense syrien a communiqué, par l’intermédiaire de l’agence de presse syrienne Al-Ikhbariyah, une liste de zones qu’il considère comme des cibles prioritaires. Selon les autorités, les points désignés devaient être évacués par les civils afin de faciliter le ciblage des combattants kurdes qui y étaient retranchés.

Au total, la rédaction des Observateurs a pu compter huit lieux d’évacuations recensés dans la carte ci-dessous.
La prise du quartier et une évacuation incertaine des forces kurdes
Dans la soirée du 8 janvier, le quartier d’Achrafieh était entièrement sous le contrôle des troupes du gouvernement syrien. Les combattants kurdes ne tenaient plus qu’une partie de Sheikh Maqsoud, comme le montre la carte ci-dessus.

Des images montrent des forces du gouvernement posant à l’intérieur des locaux des forces kurdes sont publiées sur les réseaux sociaux. Sur l’image ci-dessous, un soldat de l’armée syrienne se prend en photo devant le drapeau des Assayish.

Dans la soirée du 8 janvier, le gouvernement syrien a affirmé avoir trouvé un accord avec les FDS, instaurant un cessez-le-feu entre trois et neuf heures du matin. L’accord permet aux Assayish d’évacuer la zone vers le nord-est syrien tout en conservant leurs armes légères.
Dans la matinée du 9 janvier, des images montrant des bus transportant les anciens occupants des quartiers kurdes ont été publiées sur les réseaux sociaux. La rédaction des Observateurs a pu géolocaliser ces images sur l’autoroute Castello, qui borde le nord de la ville d’Alep.

Quelques heures plus tard, des canaux Telegram pro-kurdes ont publié une vidéo d’hommes armés affirmant qu’ils ne comptaient pas laisser le quartier de Sheikh Maqsoud au gouvernement syrien. De leur côté, les FDS dénoncent, le 9 janvier, "des attaques continues de la part de milices" et des "tirs d’artillerie”.
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Accepter Gérer mes choixSelon plusieurs des sources favorables aux Kurdes et d’autres au gouvernement syrien, des combats sporadiques auraient encore lieu dans le quartier du nord d’Alep.
