logo

Au cœur des combats à Alep : "des tirs passaient au-dessus de nous"
Syrie – Les alentours des quartiers kurdes du nord d’Alep ont été le théâtre de violents combats entre les groupes kurdes et les forces du gouvernement syrien cette semaine. Les habitants tentent de fuir au milieu d’adversaires qui se battent maison par maison. Vendredi 9 janvier, les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh auraient été en partie évacués par les groupes kurdes. 
Dans les quartiers nord d'Alep les combattants kurdes et les ex-rebelles syriens se sont affrontés pendant près d'une semaine. © Observateurs

Situés au nord d’Alep, les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh s’étendent sur à peine six kilomètres de long et trois kilomètres de large. Ces deux secteurs sont sous le contrôle des forces kurdes. Ici, il est impossible pour les forces du gouvernement syrien de pénétrer.

Avant la chute de Bachar al-Assad, les groupes kurdes maîtrisaient déjà le quartier de Sheikh Maqsoud. La fin du régime syrien en décembre 2024 a permis aux FDS — les Forces démocratiques syriennes, à majorité kurde — de prendre le contrôle du quartier d’Achrafieh et d’une partie du quartier syriaque. Les affrontements ont éclaté alors que les discussions patinent pour la mise en œuvre d'un accord signé en mars 2025, qui était censé intégrer, à la fin 2025, les Forces démocratiques syriennes au sein de l'Armée syrienne.

Au cœur des combats à Alep : "des tirs passaient au-dessus de nous"
Cette carte montre les zones contrôlées par les forces kurdes le 7 janvier 2026 © France 24

Les deux camps s’accusent mutuellement de cibler des civils et d’avoir déclenché les hostilités, et les tensions à Alep ne sont pas nouvelles. Selon un journaliste syrien basé à Alep contacté par la rédaction des Observateurs et qui a requis l’anonymat, les forces pro-kurdes auraient ciblé des civils depuis leurs quartiers. Une affirmation qu’il n’est pas possible de vérifier de façon indépendante.

"Les FDS bombardent des quartiers d’Alep et n’ont pas appliqué l’accord du 10 mars, prévoyant l’évacuation des quartiers qu’elles contrôlent. Ce n’est pas la première fois que des combats reprennent, mais après que les FDS ont ciblé les forces stationnées dans les quartiers de Sheikh Maqsoud et d’Achrafieh, à Alep, faisant des victimes, les affrontements se sont intensifiés, menant à la situation actuelle."

Autre point de discorde : le respect des accords de paix locaux mis en place après la chute du régime al-Assad. Également jointe par la rédaction des Observateurs, une source pro-kurde anonyme, proche de la municipalité de Sheikh Maqsoud, affirme que certains combattants au sein de la nouvelle armée syrienne chercheraient à faire éclater le cessez-le-feu. 

"Après la chute du régime baasiste, des accords ont été signés entre le nouveau gouvernement et le conseil du quartier de Sheikh Maqsoud. L’accord portait également sur le retrait des armes lourdes des FDS du quartier de Sheikh Maqsoud. Mais des mercenaires qui participent actuellement à l’offensive contre le quartier kurde ne veulent pas que cet accord soit appliqué."

Depuis le début de la semaine, les forces gouvernementales affrontent les Assayish, la police pro-kurde, qui avait été autorisée à rester dans le quartier après la mise en place de l’accord local avec les nouvelles autorités syriennes.

"Il y avait des tirs partout" : des civils qui fuient au milieu des combats

Notre Observateur, un habitant du quartier d’Achrafieh, a fui les combats. Il décrit une évacuation chaotique au milieu des tirs :

“Les combats ont commencé lundi [5 janvier] vers 11 heures du matin. Tout autour du quartier, il y avait des tanks, de l’artillerie et parfois des drones. L’armée a tenté d’entrer à trois reprises dans le quartier par le nord de Sheikh Maqsoud, une zone que l’on appelle Castello. Mais à chaque fois, les Assayish les ont repoussés. Ce n’est pas la première fois qu’il y a des combats dans notre quartier.

Après deux jours de bombardements, ma famille a choisi de quitter le quartier d’Achrafieh. Il était impossible de rester, car il y avait des frappes et des tirs partout. J’ai pris trois sacs avec des affaires nécessaires et des habits. Nous avons ensuite marché deux kilomètres pour arriver aux barricades tenues par les forces du gouvernement syrien.

Là-bas, il y avait des milliers de personnes, à pied ou en voiture, qui essayaient de sortir du quartier. Dans la foule, il y avait beaucoup de femmes, d’enfants et de personnes âgées. Au total, l’évacuation a duré trois heures. Les soldats du gouvernement ont tenté de prendre des photos de nous afin de nous contrôler, mais ce n’était pas possible, car il y avait trop de réfugiés qui affluaient au checkpoint.

Au cours de l’évacuation, des tirs passaient au-dessus de nous. Certains venaient des forces du gouvernement. De leur côté, les Assayish ont tiré en l’air afin de nous faire peur pour que nous quittions la zone. “

À l’aide d’une vidéo géolocalisée par la rédaction des Observateurs, il est possible d’affirmer que certains points d’évacuation ont été le théâtre de combats. Cette image, filmée au niveau de l’hôpital franco-syrien, montre des civils courir vers les lignes tenues par les soldats du gouvernement, alors que des rafales se font entendre.

Cette vidéo, publiée le 7 janvier par un canal Telegram favorable au gouvernement syrien, montre des civils évacuant les quartiers kurdes alors que des tirs se font entendre à la fin de l’enregistrement. Localisation: 36°13'20.49"N 37°8'30.91"E Source : Telegram / zainaldinmaham1

Pour afficher ce contenu Telegram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Accepter Gérer mes choix
Au cœur des combats à Alep : "des tirs passaient au-dessus de nous"
Sur cette vidéo, les murs de l’hôpital franco-syrien d’Alep sont reconnaissables. Cette zone étant maîtrisée par les troupes gouvernementales, il s’agit donc de civils évacuant les zones kurdes vers les zones gouvernementales. Localisation : 36°13'20.49"N – 37°8'30.91"E © Observateurs

Le 8 janvier, le ministère de la Défense syrien a communiqué, par l’intermédiaire de l’agence de presse syrienne Al-Ikhbariyah, une liste de zones qu’il considère comme des cibles prioritaires. Selon les autorités, les points désignés devaient être évacués par les civils afin de faciliter le ciblage des combattants kurdes qui y étaient retranchés.

Au cœur des combats à Alep : "des tirs passaient au-dessus de nous"
Ce communiqué, le 8 janvier par l’agence de presse Al-Ikhbariyah publié qui y appose le logo du ministère de la Défense syrien, demande l’évacuation de cette zone. © X/AlekhbariahSY

Au total, la rédaction des Observateurs a pu compter huit lieux d’évacuations recensés dans la carte ci-dessous.

Cette carte montre les zones d’évacuation publiée par le gouvernement et l’agence Al-Ikhbariyah en jaune. © France24

La prise du quartier et une évacuation incertaine des forces kurdes

Dans la soirée du 8 janvier, le quartier d’Achrafieh était entièrement sous le contrôle des troupes du gouvernement syrien. Les combattants kurdes ne tenaient plus qu’une partie de Sheikh Maqsoud, comme le montre la carte ci-dessus.

Au cœur des combats à Alep : "des tirs passaient au-dessus de nous"
Cette carte montre les territoires encore contrôlés par les Kurdes au soir du 8 janvier © France24

Des images montrent des forces du gouvernement posant à l’intérieur des locaux des forces kurdes sont publiées sur les réseaux sociaux. Sur l’image ci-dessous, un soldat de l’armée syrienne se prend en photo devant le drapeau des Assayish.

Au cœur des combats à Alep : "des tirs passaient au-dessus de nous"
Sur cette image publiée dans le 8 janvier à 23 h, un soldat du gouvernement syrien se prend en photo devant un drapeau des Assayish. On remarque que les anciens occupants de ce lieu ont placé des photos des combattants tués, dont certains arborent le drapeau du PKK. © Telegram/zainaldinmaham1

Dans la soirée du 8 janvier, le gouvernement syrien a affirmé avoir trouvé un accord avec les FDS, instaurant un cessez-le-feu entre trois et neuf heures du matin. L’accord permet aux Assayish d’évacuer la zone vers le nord-est syrien tout en conservant leurs armes légères.

Dans la matinée du 9 janvier, des images montrant des bus transportant les anciens occupants des quartiers kurdes ont été publiées sur les réseaux sociaux. La rédaction des Observateurs a pu géolocaliser ces images sur l’autoroute Castello, qui borde le nord de la ville d’Alep.

Au cœur des combats à Alep : "des tirs passaient au-dessus de nous"
L'image du haut montre une prise de drone publiée le 9 janvier sur laquelle figurent les cars dans lesquels embarquent les combattants Kurdes. L'image du bas est une image satellite qui permet de localiser l'image ce-dessus au nord d'Alep. © Observateurs

Quelques heures plus tard, des canaux Telegram pro-kurdes ont publié une vidéo d’hommes armés affirmant qu’ils ne comptaient pas laisser le quartier de Sheikh Maqsoud au gouvernement syrien. De leur côté, les FDS dénoncent, le 9 janvier, "des attaques continues de la part de milices" et des "tirs d’artillerie”.

cette vidéo aurait été prise aprés l’accord passé dans la nuit du 8 janvier. Elle montre des combattants kurde affirmer leur volonté de rester dans le quartier. Telegram/SengerKurdistan

Pour afficher ce contenu Telegram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Accepter Gérer mes choix

Selon plusieurs des sources favorables aux Kurdes et d’autres au gouvernement syrien, des combats sporadiques auraient encore lieu dans le quartier du nord d’Alep.