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Les Abkhazes étaient appelés aux urnes, ce samedi, pour élire leur président parmi cinq candidats. Il s'agit du premier scrutin organisé dans cette région sécessionniste de la Géorgie depuis le conflit entre Moscou et Tbilissi, en août 2008.
AFP - L'Abkhazie a élu samedi son président, un peu plus d'un an après la reconnaissance par Moscou de cette région séparatiste pro-russe de Géorgie, alors que Tbilissi dénonce une "farce".
Quelque 131.000 personnes étaient appelées à participer à ce premier scrutin après la guerre russo-géorgienne d'août 2008 pour le contrôle de l'Ossétie du Sud, autre territoire sécessionniste géorgien reconnu par la Russie.
Les bureaux de vote ont fermé à 17H00 GMT. Le taux de participation était de 58% quelques heures avant la clôture, selon des responsables de la Commission électorale abkhaze. Les premiers résultats officiels doivent être annoncés dimanche à 09H00 GMT.
Les cinq candidats en lice, parmi lesquels le président sortant, Sergueï Bagapch, rejettent catégoriquement l'idée de la réunification avec la Géorgie, qui a condamné la tenue du scrutin.
"Ces élections sont une farce. Elles sont illégales", a déclaré à l'AFP le ministre de l'Intégration, Temour Yakobachvili.
De son côté, le président géorgien, Mikheïl Saakachvili, "regrette que l'Abkhazie soit tombée sous l'occupation totale de la Russie", a déclaré sa porte-parole, Manana Manjgaladzé.
Outre la Russie, seuls le Nicaragua et le Venezuela ont reconnu l'indépendance de ce territoire de 216.000 habitants, tandis que le reste du monde le considère comme une partie de la Géorgie illégalement occupée par des troupes russes.
Après s'être séparée de la Géorgie lors du conflit de 1992-1993, qui a fait plusieurs milliers de morts, l'Abkhazie cherche à montrer à travers cette élection qu'elle est prête à rejoindre la communauté internationale.
"Ce processus est une étape de notre nouvelle vie, notre nouvelle ère en tant qu'Etat indépendant", a déclaré à l'AFP Svetlana Kvartchia, une historienne de 54 ans, qui a affirmé avoir voté pour M. Bagapch.
Elle était parmi les électeurs qui se sont rendus au bureau de vote dans une école de Soukhoumi, la capitale, dans un joli bâtiment blanc avec quelques palmiers devant l'entrée.
Pour sa part, l'opposition représentée au scrutin par l'ancien vice-président Raoul Khadjimba et deux hommes d'affaires, Zaour Ardzinba et Beslan Boutba, a déjà dénoncé des "fraudes" dont des bourrages d'urnes et l'inscription des personnes mortes sur la liste des électeurs.
"On nous a volé de 20 à 25% de voix, c'est sûr", a déclaré Zaour Ardzinba à l'AFP.
La question de la domination russe est au coeur de la présidentielle dans cette région aux paysages somptueux au bord de la mer Noire.
De vastes panneaux montrant M. Bagapch aux côtés du président et du Premier ministre russes, Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine, sont installés un peu partout dans ce petit territoire.
A Gali, dans l'ouest du pays, le chef du district, Beslan Archba, a réservé un accueil chaleureux aux responsables russes venus surveiller le déroulement du scrutin.
"Nous, le peuple abkhaze, sommes reconnaissants", a-t-il dit au cours d'une petite cérémonie, en allusion au soutien de Moscou, en particulier la décision de reconnaître l'indépendance de l'Abkhazie.
"J'espère que votre pays va bientôt être reconnu par les Nations unies", a répondu Alexeï Ostrovski, un membre du parlement russe, en levant un verre de vodka.
De son côté, l'opposition critique les accords conclus avec Moscou l'an passé, comme celui cédant à la Russie le contrôle sur les chemins de fer abkhazes pour 10 ans.
Le cinquième candidat, Vitali Bganba, affirme ne soutenir ni le pouvoir actuel, ni l'opposition.
Une majorité de 50% plus une voix est nécessaire pour remporter l'élection. Si aucun candidat n'atteint ce seuil, un second tour doit être organisé dans les deux semaines.