
Des torrents de boue qui envahissent les terres et les villes en quelques heures... Les inondations sont une des manifestations dramatiques du dérèglement de la planète. Les températures augmentant, une plus grande quantité d'humidité s'évapore et se retrouve dans l'atmosphère, ce qui provoque des pluies beaucoup plus abondantes, parfois dévastatrices.
Reconstruire "avec" l’eau
Retour à Saint-Martin-Vésubie, dans les Alpes-Maritimes, un village de montagne encore meurtri par les violentes crues d’octobre 2020.
Xavier Pelletier, préfet délégué à la reconstruction des vallées, se souvient des 600 millimètres d’eau tombés en 12 heures, soit 600 litres d’eau par mètre carré. "C’est considérable ! Les dégâts ici sont les plus importants en France métropolitaine depuis la Seconde Guerre mondiale."
Autour de lui, les bulldozers élargissent et sécurisent le lit de la rivière. La zone au bord de la Vésubie a été déclarée inconstructible et des ponts provisoires seront remplacés par des ponts plus longs, mieux positionnés. Pour Xavier Pelletier, la leçon à retenir est claire : il faut vivre avec ce risque. "On gérera cette reconstruction avec l’eau et pas contre l’eau."
Protéger Paris, à tout prix
Paris et son agglomération font l’objet d’une attention particulière. Les autorités ont en mémoire les inondations de 1910 et, plus récemment, celles de 2016 et 2018. L’enjeu est économique.
Pour prévenir les crues de la Seine, quatre grands lacs réservoirs de 800 millions de mètres cubes ont été construits. Le cinquième réservoir, en cours de développement, permettra de rajouter jusqu’à 55 millions de mètres cubes de stockage supplémentaires. "On vide la Seine d’une partie de son eau", précise Frédéric Darsaut, directeur adjoint de La Bassée, Seine Grands Lacs. Le remplissage se fera par pompage en 96 heures. Une fois la crise passée, l’eau sera restituée à la Seine. "C’est malin. C’est un système assez ancien, qui a démarré après la crue centennale de 1910", explique Frédéric Darsaut.
L’ensemble des cinq lacs réservoirs permettra d’abaisser le niveau de la Seine mesuré au pont d’Austerlitz de quasiment un mètre en cas d’inondations. Des dizaines de millions d’euros de dégâts sont ainsi évités chaque année.
Perméabiliser la ville
Mais il va falloir aussi changer les villes. Lors de fortes précipitations, l’eau tombe sur un revêtement imperméable, le bitume, puis s’écoule vers les égouts. Si ceux-ci sont suffisamment dimensionnés, ils absorbent l'important débit d’eau, mais lorsqu’ils ne le sont pas, cela crée un phénomène d’entonnoir et l’eau déborde. Il faut donc la capturer en amont.
Le cimentier Lafarge a développé un béton drainant, fait de cailloux et de pâte cimentaire, qui relie les grains entre eux et laisse énormément de vide à l‘intérieur. Ce béton va absorber l’eau et la laisser s'infiltrer, comme du gruyère ou une éponge. "On est capables d’absorber environ 100 litres d’eau par mètre carré par seconde", explique Sébastien Renard, chargé de développement chez Lafarge. "L’intérêt d’avoir un revêtement drainant, c’est de casser le ruissellement. Cela permet d'éviter de grosses rivières qui peuvent se former en ville parce que toute l’eau arrive d’un seul bloc."