
Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a demandé, mardi, à l'Inspection générale de la police nationale de lui fournir un rapport sous 48 heures, après une évacuation violente de migrants par des policiers à Paris. Le recours à des agents non spécialistes du maintien de l'ordre serait en question.
Sous pression, Gérald Darmanin a saisi, mardi 24 novembre, l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), après la violente évacuation d'une manifestation de migrants et d'exilés qui s'étaient regroupés place de la République à Paris la veille au soir.
Forcé de réagir au plus vite, le ministre de l'Intérieur s'est retrouvé sous les tirs croisés des oppositions qui ont dénoncé "une dérive liberticide" à gauche et un lâchage de la police à droite et à l'extrême droite.
Gérald Darmanin avait demandé dès lundi soir un rapport au préfet de police de Paris au sujet de ces incidents. "Celui-ci m’a proposé la saisine de l’IGPN sur plusieurs faits inacceptables. J’ai demandé à l’IGPN de remettre ses conclusions sous 48 heures et les rendrai publiques", écrit-il sur Twitter.
Le rapport du Préfet de police sur l’évacuation du campement illicite place de la République m’a été remis ce matin.
Celui-ci m’a proposé la saisine de l’IGPN sur plusieurs faits inacceptables. J’ai demandé à l’IGPN de remettre ses conclusions sous 48h et les rendrai publiques.
"Certaines images de la dispersion du campement illicite de migrants place de la République sont choquantes", avait-il estimé lundi soir.
Des migrants, des manifestants et des journalistes molestés
De nombreuses vidéos et photos de cette évacuation ont été diffusées sur les réseaux sociaux, certaines montrant des policiers frappant des migrants sortis de leur tente par la force. Rémy Buisine, journaliste du média en ligne Brut, a affirmé avoir été "molesté à plusieurs reprises par un policier". Brut a demandé des "explications" au préfet de police ainsi qu'au ministère de l'Intérieur.
La police poursuit les réfugiés et utilise des gaz lacrymogènes. #Republique pic.twitter.com/votVBBV0F2
— Remy Buisine (@RemyBuisine) November 23, 2020Parmi les faits soumis à l'examen de l'IGPN figurent les coups reçus par Rémy Buisine, ainsi qu'un croche-pied à un migrant notamment, a-t-on précisé au ministère de l'Intérieur.
Des policiers sortent directement des réfugiés en train de se reposer dans les tentes. #Republique pic.twitter.com/9lAELHi1fL
— Remy Buisine (@RemyBuisine) November 23, 2020La défenseure des Droits Claire Hédon a annoncé à l'AFP qu'elle se saisissait des faits. Plusieurs associations, parmi lesquelles Médecins du monde et le Secours catholique, ont fait part en outre de leur intention de saisir cette instance.
Cette manifestation avait été organisée une semaine à peine après l'évacuation d'un camp de migrants installé à Saint-Denis (Sainte-Saint-Denis), près du Stade de France.
"La majorité des migrants rencontrés place de la République sont des Afghans. Beaucoup d'entre eux sont des demandeurs d'asile et sont donc en attente du traitement de leur dossier auprès de l'OFPRA. Mais les centres d'hébergement pour demandeurs d'asile sont saturés, il n'y a donc pas de place pour prendre en charge ces personnes", précise Leslie Carretero, journaliste à InfoMigrants sur le plateau de France 24.
Des policiers non spécialistes du maintien de l'ordre
Des sources policières ont regretté auprès de l'AFP que cette intervention ait été menée par des policiers non spécialistes du maintien de l'ordre. C'est la Direction de la sécurité publique de l'agglomération parisienne, qui a dirigé l'opération. Un escadron de gendarmes mobiles a été engagé pour l'intervention, ainsi que des effectifs de la Brigade anti-criminalité (BAC) nuit et des compagnies de sécurisation et d'intervention (CSI).
"Alors qu'ils sont vraiment très bons sur l'anti-crim', notamment en cités, ils ne sont pas les meilleurs techniquement pour le maintien de l'ordre", a dit à l'AFP un responsable policier. L'installation des tentes était "une opération surprise", a rappelé une source policière, "le dispositif a été mené avec les effectifs à disposition".
Une condamnation unanime
Le secrétaire général du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN), David Le Bars, quant à lui, a condamné des "gestes qui n'ont pas lieu d'être dans une opération extrêmement sensible." "Ce campement n'est pas arrivé là par hasard. Il était installé avec des gens qui sont venus provoquer. C'est un coup politique, mais peu importe (...) Il ne doit pas justifier des actions des forces de l'ordre qui sortent du cadre légal de l'usage de la force", a-t-il ajouté sur l'antenne de BFMTV.
Les ministres de la Citoyenneté et du Logement, Marlène Schiappa et Emmanuelle Wargon, ont souligné, mardi, dans un communiqué, "que les migrants sont des personnes qui doivent être traitées avec humanité et fraternité". "Les deux ministres mobilisent les administrations de l’État afin que des solutions de prise en charge soient trouvées sans délai pour les personnes en situation de détresse. D’ores et déjà 240 places sont identifiées par le préfet de la région Île de France, en centre d’accueil et d’examen des situations administratives et dans les structures de l’hébergement d’urgence", ajoutent-elles.
Avec AFP et Reuters