
L'Opep a annoncé à Oran en Algérie une réduction de sa production de pétrole de 2,2 millions de barils par jour à compter du 1er janvier 2009. Pour Olivier Appert, président de l'IFP, l’impact de cette décision devrait rester limité.
La baisse des quotas pétroliers est la troisième en quatre mois, et la plus importante décidée depuis l'introduction de quotas en 1982. Olivier Appert, président de l’Institut Français du Pétrole (IFP), reconnaît que la grande inconnue est de savoir si les pays qui se sont engagés à baisser leurs quotas respecteront leurs engagements.
C’est une "tradition" à l’OPEP, explique-t-il. Certains, comme l’Arabie saoudite, sont "respectueux" de leur engagement. Ce pays "porte le fardeau" de la réduction de la production puisqu’elle est le principal pourvoyeur du cartel (30 % de la production de l’Opep). D’autres, comme le Venezuela, n’ont pas intérêt à respecter les mesures, car ils ont besoin de maintenir les prix élevés.
De plus, certains pays mentent sur le volume de leur production. Le 30 novembre dernier, le secrétaire général du cartel, Abdallah Salem El-Badri, a reconnu que les engagements conclus quelques jours auparavant n’avaient pas été tenus.
La Russie pas prête à jouer le jeu
Cette fois, à Oran, l'Opep avait invité la Russie – dont la production est à peine inférieure à celle de l’Arabie saoudite et qui ne fait pas partie du cartel - à participer à la réunion. Pour autant, elle n’a pas donné son accord à la réduction concertée de la production.
Pour Olivier Appert, c’est la faiblesse principale de l’accord obtenu. L’engagement de la Russie lui aurait donné une véritable crédibilité. Car ce pays fait figure de véritable "passager clandestin" sur les marchés pétroliers. Elle bénéficie grandement des conséquences sur les marchés des décisions de l’Opep, sans pour autant participer aux ouvertures ou fermetures des robinets, très coûteuses.
La question majeure reste celle de l’impact de cette décision sur le prix du baril. L’argument avancé pour la restriction de la production était de doper les cours de l’or noir, déprimés par la chute de l'activité économique mondiale. Les prix du pétrole ont en effet perdu plus de 100 dollars, soit l’équivalent de 70 % de leur valeur, depuis le pic des 150 dollars en juillet dernier, passant sous le seuil des 40 dollars le 5 décembre.
Un impact restreint sur le prix du pétrole
Mais l’impact sur le marché devrait finalement être limité car les marchés avaient très largement anticipé cette réduction. Pour le spécialiste, la situation aurait été différente à deux conditions : si la Russie avait participé à l‘accord, et si la quantité annoncée avait été beaucoup plus importante. Les marchés s’attendaient à 2 millions de barils par jour. Il s’est agi finalement de 2,2 millions. Donc pas de quoi affoler les marchés. De plus, la Russie a fait faux bon à l’Opep. A mesure que l’Opep agit, les marchés, eux, semblent ne plus pouvoir réagir.
Le ralentissement économique global s’ajoute à l’impuissance de l’Opep à influencer les cours du baril, dans la mesure où la demande mondiale de pétrole devrait reculer encore cette année.
Olivier Appert explique qu'il est impossible de prévoir le futur des cours du pétrole. Il conclut, un peu ironique : "Dîtes-moi quelle sera la croissance mondiale, je vous dirai quel sera le montant de la demande en pétrole, et donc le prix du pétrole à moyen et long termes."