
Le géant chinois de l'électronique Huawei aurait violé l'embargo américain sur le commerce avec l'Iran en passant par Panda International, une entreprise inconnue du grand public mais aux liens avérés avec le pouvoir chinois, d'après des documents obtenus par l'agence Reuters.
C'est l'animal symbole de la Chine et la nouvelle source d'ennuis pour Huawei. Des documents internes au géant de l'électronique chinois, obtenus lundi 2 mars par Reuters, indiquent que le groupe a utilisé la société chinoise Panda International pour dissimuler la vente de matériel informatique américain à l'Iran, en violation des sanctions américaines pesant à l'encontre de Téhéran.
Ces révélations risquent de compliquer la défense de Meng Wanzhou, la directrice financière de géant chinois, arrêtée au Canada en décembre 2018 dans le cadre d'une enquête sur d'éventuelles exportations illégales vers l'Iran. Contacté par Reuters, Huawei a refusé de commenter l'affaire "en raison des procédures judiciaires en cours".
Pas la première société-écran venue
Ces nouvelles informations vont aussi alimenter les critiques adressées par les États-Unis à Huawei. Deux semaines plus tôt, le ministre de la Justice avait accusé – pour la troisième fois – le groupe chinois d'avoir violé l'embargo américain sur le commerce avec l'Iran et la Corée du Nord. Dans l'acte d'accusation, l'administration américaine revenait sur le rôle de Skycom Tech, une société hongkongaise soupçonnée d'être le bras commercial et officieux de Huawei en Iran.
Les documents consultés par Reuters (factures, documentation comptable) suggèrent que le géant chinois a, en réalité, multiplié les canaux parallèles pour commercer avec la République islamique à l'abri des sanctions américaines qui frappent Téhéran depuis les années 1990. Le géant chinois serait ainsi passé à plusieurs reprises par Panda International pour revendre à un opérateur télécom iranien des équipements tels que des serveurs et des logiciels informatiques en 2010. Cette mystérieuse société est aussi intervenue pour le compte de Huawei en Syrie et en Corée du Nord, assure le Washington Post, qui ne précise pas la nature des relations commerciales avec ces deux pays également visés par des sanctions américaines. Panda International est depuis 2014 inscrite sur la liste des entités soupçonnées d'avoir fait des affaires avec des pays visés par des sanctions économiques américaines.
Le recours à cette entreprise pour essayer de brouiller les pistes peut surprendre. Elle n'a, en effet, rien d'une vulgaire société-écran. "Elle est peut-être inconnue du grand public, mais cela fait 16 ans qu'elle existe et opère dans plusieurs pays dont Cuba", souligne le quotidien hongkongais South China Morning Post.
Sur son site, Panda International se présente comme un acteur important de l'import/export qui s'est spécialisé dans la vente de matériel électronique aux entreprises du secteur militaire et des télécoms. La société ne fait pas non plus mystère de sa proximité avec Huawei et se vante même d'être un partenaire privilégié du mastodonte controversé depuis 2007.
En lien direct avec Pékin ?
Panda International se montre, en revanche, beaucoup plus discret sur ses liens avec le pouvoir chinois. Officiellement, la société est une filiale de Panda Electronics Group, un conglomérat côté en Bourse à Shanghai depuis 1996. Spécialisé dans les usines connectées et le développement de "villes intelligentes", ce groupe a conclu plusieurs partenariats avec des entreprises de renommée mondiale comme le géant suédois des télécoms Ericsson et le spécialiste français de l'aérospatiale Thales. En 2002, Panda Electronic a aussi été l'une des premières entreprises "privées" chinoises à développer des activités en Corée du Nord.
Mais, capitalisme à la chinoise oblige, Panda Electronic n'a de privée que la cotation. En réalité, son actionnaire majoritaire est China Electronic Corporation (CEC), l'un des deux principaux groupes publics du secteur de l'électronique. Ce géant industriel emploie environ 10 millions de personnes, ce qui est considérable, même au regard des standards chinois. Il est aux avant-postes de la course à l'innovation technologique, qui fait partie des priorités du président chinois Xi Jinping.
Les révélations de Reuters sur les liens supposés entre Huawei et Panda International sont donc susceptibles de gêner Pékin aux entournures. Le fait qu'une société liée à l'un des plus grands groupes publics chinois, qui plus est dans l'un des secteurs les plus sensibles politiquement, se retrouve mêlé à une affaire de violation d'embargo américain risque d'envenimer encore un peu plus les relations déjà tendues entre Washington et Pékin.