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L'Occident embarrassé par les soupçons de fraudes

Si nombre d'observateurs s'attendaient à ce que les soupçons de fraudes viennent entacher l'élection présidentielle, la communauté internationale, elle, semble avoir été prise au dépourvu. Mais le pire est peut-être à venir...

Alors que les Afghans se rendaient aux urnes au compte-gouttes, le 20 août dernier, dans la rue, il se murmurait déjà que l’élection présidentielle ne se déroulait pas comme prévu. Malgré les quelque 225 millions de dollars investis pour garantir le bon déroulement du scrutin.

Quelques heures après l’ouverture des bureaux de vote, observateurs internationaux, journalistes et diplomates ont eu vent des multiples irrégularités, plus ou moins graves, constatées dans l’ensemble du pays. A peine avait-il glissé son bulletin dans l’urne, que Sarwar Ahmedzaï, l’un des candidats à la présidence, évoquait déjà d’éventuelles fraudes. "Si la commission électorale déclare Hamid Karzaï vainqueur dès le premier tour, c’est qu’il y a eu tricherie, affirmait-il alors. Nous ferons alors tout pour contester l’élection."

Sarwar Ahmedzaï avait vu juste. Plus d’une semaine après la consultation, la Commission électorale afghane indépendante crédite le chef de l’État sortant de 48,6 % des suffrages jusqu'alors comptabilisés (75 % des bulletins). Son principal adversaire et ancien ministre des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah, obtient 31,7% des voix.

Selon la loi afghane, les résultats définitifs de l’élection ne peuvent être publiés avant que toutes les accusations de fraude n’aient été examinées par la Commission des plaintes électorales (ECC). Pour l’heure, près de 2 000 plaintes ont été déposées. Il est donc peu probable que les résultats officiels soient rendus publics le 17 septembre, comme prévu initialement.

A défaut de résultats définitifs, les autorités afghanes devraient annoncer, cette semaine, les résultats partiels récoltés auprès de tous les bureaux de vote du pays. "Bientôt, Karzaï sera crédité de 50 % des voix. Et c’est, pour nous, totalement inacceptable", prévient Sarwar Ahmedzaï, joint par FRANCE 24.

Pieds et mains liés

Si plusieurs candidats sont suspectés d’avoir tenté d’influencer le résultat du scrutin, c’est sur le camp d’Hamid Karzaï que pèsent les plus lourds soupçons. Selon le quotidien américain "The New York Times", des centaines de milliers de bulletins, issus de quelque 800 bureaux de vote fictifs, ont été comptabilisés en faveur d’Hamid Karzaï.

Des iirégularités qui ne surprennent pas outre mesure les observateurs, dont les critiques visent surtout l’incurie de la communauté internationale. "Les chefs d’Etat occidentaux se sentent désorientés et ne savent plus ce qu’ils doivent faire, affirme Alexander Jackson, analyste politique au Conseil international de sécurité et de développement (Icos). La communauté internationale est pieds et mains liés. Elle ne peut plus faire grand-chose à ce stade."

Un deuxième tour ? Une autre élection ?

D’aucuns s’interrogent, en tout cas, sur la position que la communauté internationale adoptera dès l’annonce des résultats officiels. Va-t-elle accepter une victoire d’Hamid Karzaï dès le premier tour ? Ou imposera-t-elle la tenue d’un second tour, au risque de provoquer l’ire du président sortant ? Aux dires de nombreux médias, le chef de l’Etat afghan aurait peu apprécié que l’émissaire américain Richard Holbrooke eut suggéré, au lendemain du scrutin, l’organisation d’un second round.

Dans un pays aussi isolé et dangereux que l’Afghanistan, l’organisation d’un second tour s’avèrera de toute façon laborieuse. Le temps joue contre les autorités afghanes : à l’annonce tardive des résultats officiels s’ajoutent les rigueurs de l’hiver afghan qui risquent de compliquer la tenue d’une nouvelle consultation.

L’option du compromis

En attendant, le palais présidentiel joue la montre, comme il l’a fait tout au long de la campagne électorale. A tel point que le Conseil national de sécurité et développement préconise, en cas de second tour, la mise en place d’un gouvernement temporaire qui pourrait garantir stabilité et sécurité dans le pays.


En l’absence d’un plan B, la menace d’une recrudescence des violences interethniques pèse sur le pays, dans le nord notamment, où cohabitent Patchounes et Tadjiks. Un accord politique pacifique reste cependant envisageable. Il suffirait pour cela qu’Hamid Karzaï confie à Abdullah Abdullah, un poste clé au sein de son administration. Comme les rênes du gouvernement. Mais les choses sont loin d’être aussi simples : Abdullah Abdullah a lui-même écarté cette option. Selon Alexander Jackson, l’ancien chef de la diplomatie afghane ne se contentera pas d’une "position de second rang".