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L'Unesco élit son directeur général sur fond de polémique

Les 58 membres du conseil exécutif de l'Unesco élisent, à partir de ce lundi, leur nouveau directeur général. La candidature de l'Égyptien Farouk Hosni, qui fait figure de favori, provoque une vive controverse.

Considérée comme la plus prestigieuse des institutions culturelles mondiales, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science, la culture et la communication (Unesco) commence à désigner, ce lundi, son nouveau dirigeant alors que, depuis des mois, la polémique enfle quant à l’identité du successeur de Koïchiro Matsuura.

Pour beaucoup, l’âge d'or de l'organisation est passé. Malgré d'importantes réalisations, certains de ses secteurs d'activité, comme l’éducation ou les soins à l’enfance, font double emploi avec d’autres programmes de l'ONU - le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), notamment. L’organisme applique, en outre, une politique de réduction des coûts, faute de moyens financiers.

La direction de l'Unesco reste toutefois un enjeu, comme en témoigne la campagne menée par l’Égypte pour placer Farouk Hosni, son ministre de la Culture, à la tête de l'organisation. Le poste de directeur général permet en effet de donner l’impulsion à la politique d'une organisation qui ne rassemble pas moins de 193 États.

Pressions égyptiennes

En Égypte, la candidature de Farouk Hosni mobilise jusque dans les plus hautes sphères de l’État. Depuis deux ans, Le Caire mène une intense campagne diplomatique pour le voir prendre la tête de l’Unesco, allant jusqu’à solliciter, dès 2008, l’appui de la France, qui abrite le siège de l’organisation, lors du sommet de l’Union pour la méditerranée (UPM).

Dans le monde en revanche, nombreux sont ceux qui s’insurgent contre l’éventuelle élection de cet artiste peintre originaire d’Alexandrie, en raison de ses déclarations anti-israéliennes relayées par la presse. Répondant à un élu issu des Frères musulmans, il avait affirmé, en 2008, qu'il "brûlerait lui-même" les livres en hébreu qu'il trouverait dans les bibliothèques égyptiennes.

Dans une tribune publiée dans le quotidien français "Le Monde" du 22 mai 2009, des intellectuels de confession juive comme Claude Lanzmann, Bernard-Henri Lévy et le prix Nobel Élie Wiesel avaient appelé la communauté internationale à "s’épargner la honte que serait la désignation de Farouk Hosni au poste de directeur général de l’Unesco", qualifiant le candidat d'"homme dangereux". Dans une tribune publiée dans le même journal quelques jours plus tard, Farouk Hosni avait répondu à ses détracteurs en affirmant "regretter" ses propos.

En dépit de l’opposition farouche d’une grande partie de la communauté juive, Israël a déclaré en mai, qu’il ne "s’opposerait pas" à cette candidature.

"Le lobbying fait parti du quotidien"

Interrogé sur la campagne égyptienne, un ancien fonctionnaire de l’Unesco, qui souhaite garder l’anonymat, explique que ce genre de pression est "tout à fait normal. Même pour l’élection des membres du conseil exécutif, il en existe. En 33 ans de carrière, j’ai connu trois directeurs généraux et autant de campagnes", explique-t-il.

"Lors de l’élection de Koïchiro Matsuura, le Japon avait fait un lobbying très fort pour voir son candidat l’emporter, et personnes ne s’en était ému", rappelle-t-il, ajoutant que lors de ce même scrutin, l’Égypte avait déjà présenté un candidat qui partait favori, "mais qui n’a pas gagné car le lobbying égyptien n’avait alors pas été aussi important  que celui du Japon".

Favori malgré tout

Malgré les critiques qu'il essuie, Farouk Hosni fait figure de favori du scrutin. Celui-ci peut compter, dit-il, sur le soutien de 32 des 58 pays membres du conseil exécutif de l'Unesco, dont ceux de l’Union africaine et de la Ligue arabe. À la tête du ministère égyptien de la Culture depuis 22 ans, il reste par ailleurs l'initiateur de nombreuses réalisations. C'est notamment lui qui est à l'origine de la création du Musée d'art moderne du Caire et de la rénovation de l'opéra d'Alexandrie. Il bénéficie enfin du soutien de l’ancien ministre français de la Culture, Jack Lang.

Neuf autres candidats se présentent, dont la commissaire européenne Benita Ferrero-Waldner. Considérée comme la principale rivale de Farouk Hosni, elle souffre toutefois, elle aussi, d’un handicap de taille : avoir prit part à un gouvernement de coalition avec l'extrême droite en Autriche, il y a quelques années.

L'élection chargée de départager les prétendants débute le 7 septembre par un vote à cinq tours maximum. Le candidat qui en sortira vainqueur sera, ensuite, confirmé en octobre à l'occasion de la conférence générale de l'Unesco, qui réunit tous les deux ans les 193 membres de l'organisation.