Paul Manafort, l'ancien directeur de campagne de Donald Trump, a été condamné, jeudi, à près de quatre ans de prison pour des malversations financières, découvertes dans le cadre de l'enquête du procureur spécial Robert Mueller.
Paul Manafort, ancien directeur de campagne de Donald Trump, a été condamné, jeudi 7 mars, à près de quatre ans de prison pour des fraudes fiscale et bancaire découvertes dans le cadre de l'enquête sur les soupçons d'ingérence russe dans l'élection présidentielle américaine de 2016.
Paul Manafort a "commis des délits graves", a déclaré le juge T.S. Ellis, qui a fixé la sentence de 47 mois dans un tribunal fédéral d'Alexandria (Virginie), en banlieue de Washington. L'ancien lobbyiste de 69 ans écope d'une peine nettement inférieure aux recommandations du ministère de la Justice, qui avaient suggéré d'imposer entre 19 et 24 ans de prison.
Prenant en compte la jurisprudence "remarquablement légère" dans les affaires de fraude fiscale, le magistrat a justifié son apparente clémence par son désir "d'éviter des disparités" avec d'autres dossiers similaires.
"Ce que vous avez vu aujourd'hui confirme ce que nous disons depuis le premier jour : il n'y a absolument aucune preuve d'une collusion entre Paul Manafort et le gouvernement russe", a déclaré à la sortie du tribunal Kevin Downing, l'avocat du condamné.
L'équipe du procureur spécial Robert Mueller, en charge d'établir s'il y eu collusion entre Moscou et l'équipe de campagne de Donald Trump lors de la présidentielle de 2016, n'a pas commenté une décision qui va largement en deçà de ses préconisations. Il avait demandé une peine significative en relevant que Paul Manafort avait "tenté de reporter sa faute sur les autres", n'avait pas exprimé de remords et continué à mentir.
Il avait, avant 2016, dissimulé au fisc plus de 55 millions de dollars
Le procureur Mueller s'est naturellement intéressé à Paul Manafort, qui a dirigé pendant deux mois la campagne du candidat républicain, mais a aussi au cours de sa carrière entretenu des relations d'affaires avec des Ukrainiens proches de Moscou.
Dans le cadre de son enquête, l'ancien chef du FBI a découvert que Paul Manafort avait, avant 2016, dissimulé au fisc plus de 55 millions de dollars sur une trentaine de comptes à l'étranger. Il a également établi que le consultant avait trompé des banques sur ses finances pour obtenir des prêts.
Ce sont ces fraudes qui ont été jugées cet été à Alexandria devant un jury populaire qui l'avait reconnu coupable de huit chefs d'inculpation.
Affaibli par la goutte et la détention, il est apparu, jeudi, en fauteuil roulant et tenue verte de prisonnier, incapable de se lever devant le juge.
"Ma vie professionnelle et financière est en ruines. Je ressens de la peine et de la honte", a-t-il déclaré, en expliquant avoir eu "le temps de réfléchir" depuis son arrestation. "Je sais que c'est ma conduite qui m'a mené ici", a-t-il ajouté, sans aller jusqu'à s'excuser.
Une autre peine à venir dans un autre dossier
Même s'il s'en sort relativement bien, Paul Manafort n'en a pas fini avec la justice : poursuivi devant un tribunal de Washington dans un dossier parallèle, il sera fixé mercredi sur sa seconde peine.
Dans le cadre de ses investigations, le procureur Mueller a en effet démontré que Paul Manafort avait dissimulé ses activités de conseil pour l'ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch, soutenu par Moscou, en infraction des règles encadrant les activités de lobbying.
C'est ce volet qui fait l'objet d'une procédure distincte devant un tribunal fédéral de Washington. Dans ce dossier, l’ancien directeur de campagne de Donald Trump a accepté de plaider coupable et de coopérer avec Robert Mueller dans l'espoir d'une peine amoindrie.
Donald Trump n'exclurait pas de lui accorder une grâce présidentielle
Mais, selon la justice, il n'a pas tenu ses engagements et a continué à mentir aux enquêteurs, notamment sur ses liens avec un ancien associé, Konstantin Kilimnik, soupçonné par les États-Unis d'être lié aux services de renseignement russes. Il lui aurait notamment transmis des sondages électoraux pendant la campagne présidentielle.
La juge Amy Berman Jackson dira mercredi si ses mensonges méritent une peine plus lourde.
S'il écopait d'une sentence sévère, il lui resterait un espoir : Donald Trump a fait savoir qu'il n'excluait pas de lui accorder une grâce présidentielle.
En novembre, le milliardaire républicain avait loué le "courage" de son ancien directeur de campagne, l'un des rares selon lui à résister aux pressions de Robert Mueller, qu'il accuse de mener une injuste "chasse aux sorcières".
Avec AFP