
Moscou a dépêché des navires de guerre dans l'Atlantique pour localiser l'Arctic Sea, le vraquier battant pavillon maltais qui a disparu alors qu'il ralliait la Finlande à l'Algérie. Le navire a sans doute été piraté, selon son affréteur.
REUTERS - Le mystère qui entoure le sort de l'Arctic Sea, cargo porté disparu dans l'Atlantique, s'est encore épaissi jeudi, son affréteur jugeant possible un acte de piraterie tandis que des experts maritimes soupçonnaient une affaire louche ou une cargaison secrète.
Le Kremlin a ordonné à des bâtiments de guerre russes de participer aux recherches en vue de retrouver ce cargo de 98 mètres et de 4.000 tonnes dont la disparition déconcerte les autorités maritimes d'Europe et d'Afrique du Nord.
Le vraquier sous pavillon maltais, chargé d'une cargaison de bois finlandais évaluée à 1,3 million de dollars, était attendu le 4 août dans le port algérien de Bedjaïa (ex-Bougie). Il ne l'a jamais atteint et semble avoir effectué un dernier contact radio le 28 juillet avant de franchir le pas de Calais, entre la France et la Grande-Bretagne.
Selon Mikhaïl Boytenko, directeur de la revue maritime russe Sovfracht, il se peut que le navire marchand ait transporté une cargaison secrète à l'insu de ses propriétaires ou de ses affréteurs.
"Je crois qu'il y avait probablement à bord de ce navire une cargaison secrète (...), pas de nature criminelle mais secrète, et qu'une tierce partie n'a pas voulu qu'elle parvienne à une autre partie, et qu'en conséquence on a élaboré cette opération de haute précision", a-t-il déclaré à Reuters.
"Je ne pense pas que des pirates aient pris possession du navire, il s'en dégage un très fort relent d'intervention étatique. C'est de la vraie matière de récit d'espionnage, comme un roman de (John) Le Carré."
Une vague d'opérations de piraterie s'est abattue sur les navires marchands au large des côtes de Somalie, où une force navale internationale procède à des patrouilles afin de protéger le trafic maritime. Mais un détournement de bateau dans les eaux européennes serait sans précédent à l'époque moderne.
"Il n'y a pas eu d'incident de cette nature en Europe depuis très longtemps", note Jim Davis, président du Forum international des industries maritimes (IMIF) basé à Londres. "C'est un phénomène exceptionnel dans les eaux européennes."
INQUIÉTUDES POUR L'ÉQUIPAGE
Dans cet ordre d'événements, de rares incidents n'ont affecté en Europe que des yachts privés en Méditerranée. Des inquiétudes se sont exprimées pour les quinze membres d'équipage russes du cargo, les autorités maritimes maltaises ayant dit avoir reçu des informations selon lesquelles l'Arctic Sea aurait été attaqué le 24 juillet dans les eaux suédoises par des hommes masqués se présentant comme des policiers des services antidrogue.
Les autorités suédoises ont affirmé qu'aucun de leurs services n'avait été engagé dans une telle opération.
La marine russe a démenti des informations selon lequelles un de ses bâtiments se serait lancé dans l'océan Atlantique à la poursuite d'un navire marchand ressemblant à l'Arctic Sea non loin de Gilbraltar.
"Mon sentiment est que la navire a probablement été détourné", a déclaré à Reuters Victor Matveïev, directeur de la compagnie finlandaise Solchart, qui exploite le cargo. "Nous espérons bien sûr que tout va bien pour l'équipage."
Selon la police suédoise, un enquêteur a eu un bref échange avec l'équipage le 31 juillet, alors que le navire se trouvait dans l'Atlantique après avoir franchi le pas de Calais. Mais un signal électronique indiquant sa localisation a été coupé.
Maria Lonegard, chef de division de la police criminelle suédoise, a déclaré à Reuters Television que le vraquier avait évolué de façon déconcertante en mer Baltique. Elle a dit ne guère croire à un acte de piraterie à ce stade, le bateau ayant transmis à la compagnie finlandaise, puis à la police suédoise, un message écrit sur la situation à bord. Les services de renseignement russes, le FSB, collaborent à l'enquête et leurs agents se sont installés dans les bureaux de Solchart-Arkhangelsk, société enregistrée comme propriétaire du bateau.
Dans une lettre ouverte au Premier ministre russe Vladimir Poutine, les familles des marins de l'Arctic Sea ont demandé une enquête criminelle sur sa disparition, mais elles observent le silence depuis lors.